Économie

Mali : Asky accusé de vouloir contourner l’embargo

La compagnie aérienne basée à Lomé a été sommée par la Côte d’Ivoire de suspendre ses liaisons entre Abidjan et Bamako. L’arrêt des vols vers cette dernière destination pourrait peser jusqu’à près de 8 % de son trafic.

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Mis à jour le 1 mars 2022 à 10:01

Fondé en 2010, Asky a développé un réseau qui couvre 22 destinations dans 20 pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre. © Ange Obafemi/PANAPRESS/MAXPPP.

Alors que le Mali continue de subir les conséquences des sanctions infligées à son encontre par la Cedeao et l’Uemoa, le transporteur aérien panafricain Asky, basé à Lomé, a été sommé par les autorités ivoiriennes de suspendre ses liaisons entre Abidjan et Bamako. Dans un courrier daté du 24 février dernier, adressé au directeur général d’Asky et consulté par Jeune Afrique, Sinaly Silué, patron de l’Autorité nationale de l’aviation civile de Côte d’Ivoire, a interpellé la compagnie aérienne Asky sur ses activités au sujet de la ligne Abidjan-Bamako (voir la copie ci-dessous).

« J’ai été saisi de ce que Asky opère sur la liaison Abidjan/Bamako via Conakry au mépris de la décision prise à l’issue du 4e sommet extraordinaire de la conférence des chefs d’État et de gouvernement de la Cedeao sur la situation au Mali (…). Je vous demande, par conséquent de suspendre (…) l’exploitation des droits de trafic sur la liaison Abidjan/Bamako et vice versa », ordonne le dirigeant ivoirien.

La ligne Abidjan/Bamako est l’une des plus rentables du réseau ouest-africain

Le blocus aérien décidé par les pays de la Cedeao – à l’exception notable de la Guinée – contre le Mali est un coup dur pour les compagnies nationales qui opèrent en direction de Bamako, admettent les responsables du secteur.

Courrier à Asky. © DR

Courrier à Asky. © DR

Contacté par Jeune Afrique, le directeur commercial d’Asky a toutefois botté en touche : « Je ne peux pas donner des informations, ni commenter la décision », a-t-il répondu. Selon nos informations, l’arrêt des vols vers Bamako pourrait peser jusqu’à près de 8 % du trafic de la compagnie qui tire principalement ses revenus du Cameroun (15 %) et du Togo (12 %).

Le sixième marché en volume

L’embargo imposé aux compagnies aériennes enlève une bonne partie du trafic d’Asky. « Le Mali étant le sixième marché en termes de volume derrière le Cameroun, le Togo, le Nigeria, le Sénégal et le Gabon, Asky perd au moins 8% de trafic. Cela va aggraver les difficultés de la compagnie qui tire jusqu’à 88 % de son business des correspondances », constate un consultant et expert du secteur aéronautique ouest-africain qui a requis l’anonymat. Pour notre interlocuteur, la ligne Abidjan/Bamako est l’une des « grandes niches » du réseau ouest-africain, une des plus rentables avec celle reliant Bamako et Dakar, au Sénégal. « L’aviation civile ivoirienne n’a pas de raison de laisser Asky prendre le trafic entre Abidjan et Bamako tandis qu’Air Côte d’Ivoire ne peut le faire », décrypte notre consultant.

Fondé en 2010, Asky a su développer un réseau qui couvre 22 destinations dans 20 pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre. La compagnie réalise d’ordinaire 210 vols hebdomadaires avec une moyenne de 11 500 passagers transportés autour de son hub de Lomé, qui se positionne progressivement comme une plateforme régionale. Le réseau d’Asky est connecté à celui de son partenaire stratégique – Ethiopian Airlines – et les horaires des vols sont établis de manière à permettre des liaisons rapides pour les passagers de Lomé vers le reste du monde grâce aux dessertes de la compagnie d’Addis-Abeba. Avec une flotte composée de neuf aéronefs, Asky estime avoir transporté plus de 3,5 millions de passagers depuis sa création.