Politique

Mali-France : Emmanuel Macron rappelle tous ses coopérants

Deux semaines après l’annonce du retrait définitif des troupes de Barkhane, le chef de l’État français a décidé de retirer les coopérants français des ministères maliens.

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Mis à jour le 2 mars 2022 à 09:58

Emmanuel Macron, en février 2022. © Ian LANGSDON / POOL / AFP

Ils sont les petites mains invisibles qui aident et conseillent les autorités maliennes dans les différents ministères. Dès le 28 février, l’ambassade de France devait s’entretenir avec les autorités maliennes pour les informer de la volonté d’Emmanuel Macron de retirer tous les coopérants français en fonction dans les différents ministères maliens comme au sein de l’état-major.

Sentiment anti-français

Ce mardi 1er mars, le diplomate français rencontrera également le colonel-major Daoud Aly Mohammedine, le ministre de la Sécurité et de la Protection civile dont le ministère compte plusieurs coopérants. Si la mission de ces experts doit s’achever dans les 48 heures, ils ont jusqu’à la fin du mois de mars pour plier bagage et rentrer en France. Cette décision a valeur de symbole : elle intervient en pleine crise entre Paris et Bamako, alors que la France vient d’annoncer qu’elle retirait ses troupes du Mali.

Depuis plusieurs mois, les relations entre le Mali et la France engagée militairement au Sahel, se sont fortement dégradées, et particulièrement depuis le déploiement de mercenaires appartenant à la nébuleuse russe Wagner. Une arrivée qui n’a guère rassuré Paris qui, neuf ans après avoir lancé l’opération Serval, a été contraint de se retirer militairement du pays.

« En raison des multiples obstructions des autorités de transition maliennes, le Canada et les États européens opérant aux côtés de l’opération Barkhane et au sein de la task force Takuba estiment que les conditions politiques, opérationnelles et juridiques ne sont plus réunies pour poursuivre efficacement leur engagement militaire actuel », avait annoncé la présidence française dans un communiqué rendu public le 17 février dernier.

Le 31 janvier, l’ambassadeur de France au Mali, Joël Meyer, a été sommé de quitter Bamako. Mais selon nos informations, la décision de faire partir les coopérants français avait été prise par Paris auparavant. Le diplomate avait demandé de « réduire » le nombre d’experts français dans le pays pour des « raisons de sécurité ». Selon des sources proches du dossier, ces départs devraient également toucher l’Agence française de développement (AFD), dont le bureau à Bamako compte une vingtaine de personnes.

Défiance

« Depuis la montée du sentiment anti-français au Mali, une certaine défiance s’est installée entre les coopérants et les autorités maliennes. Ces hommes sont suspectés de faire de l’espionnage au compte de la France, confie à Jeune Afrique, une source diplomatique en fonction à Bamako. L’escalade diplomatique a fini par rompre la confiance entre les deux camps. »

Si le départ de ces experts s’explique par le contexte de tension, force est de constater que ce retrait va engendrer un manque à gagner pour les autorités maliennes. « Bamako n’avait pas intérêt à chasser ces experts, très utiles pour eux. Assimi Goïta profite de leur savoir-faire sans pour autant les rémunérer », précise notre source diplomatique.