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Abdelmajid Charfi

Refonder l'islam sur la base du souffle prophétique et à la lumière des sciences contemporaines, c'est ce à quoi cet universitaire tunisien s'emploie avec opiniâtreté depuis un quart de siècle.

Derrière sa réserve naturelle, Abdelmajid Charfi cache une détermination à toute épreuve. Il lui en faut pour exposer et justifier ses positions sur la rénovation de l’islam. Remonter au message coranique en le dégageant de la gangue des interprétations et des perversions auxquelles il a donné lieu, c’est ce à quoi l’universitaire tunisien s’emploie avec opiniâtreté depuis un quart de siècle. En visite en France en ce mois de février pour une série de conférences, le tout jeune retraité de 66 ans a participé à l’une de nos conférences de rédaction hebdomadaires. Une manière pour Abdelmajid Charfi de rappeler son attachement à Jeune Afrique, dont il connaît parfaitement l’histoire, depuis ses prémices, à Tunis, quand il s’appelait Afrique-Action.
Né à Sfax, en 1942, Abdelmajid Charfi commence sa carrière comme professeur d’arabe, avant d’aller décrocher une agrégation en France puis d’obtenir son doctorat ès lettres à Tunis en 1982. Sa modestie dût-elle en souffrir, « Si Abdelmajid » affiche un CV à en faire rêver plus d’un. Professeur de civilisation arabe et de pensée islamique à l’École normale supérieure (ENS) de Tunis, doyen de la Faculté de lettres et sciences humaines de la même ville (1983-1986), chargé de mission au ministère de l’Enseignement supérieur (1988-1989), il préside également le jury d’agrégation d’arabe de 1995 à 1998. Il a été aussi, entre autres, membre du Conseil économique et social (1993-1997), titulaire de la chaire Unesco de religions comparées (1999-2003). Les cours qu’il a donnés dans les universités du monde entier (Paris, Rome, Berlin, Leiden) ne se comptent plus. À quoi s’ajoute la participation au comité de rédaction de revues telles que Ibla (Tunis), Islamochristiana (Rome), Prologues (Casablanca).

Des livres qu’il a fait paraître, L’Islam, entre le message et l’histoire (publié en arabe à Beyrouth avant de sortir en français chez Albin Michel en 2004) a eu le plus grand écho. L’un de ses objectifs est de chercher des solutions qui permettent au musulman contemporain de se réconcilier avec sa religion. Ainsi s’intéresse-t-il tout particulièrement à la partie législative du Coran, faisant remarquer que la Révélation ne parle jamais de la charia dans le sens de loi divine, mais lui donne celui de « voie ». Le mot prescription est un terme de droit islamique qui n’a aucun fondement dans le message coranique. Mohammed parle de ce qui était bien et de ce qui était mal au moment où la Révélation est survenue. Au musulman d’en déduire son code de conduite. Non pas en prenant les versets au pied de la lettre mais en recherchant leur esprit afin de réserver le culte à Dieu et à lui seul. L’histoire de l’islam montre que les choses se sont passées autrement. Le message coranique appelant à la liberté de conscience du croyant a été détourné en un corpus juridique intangible quand il n’a pas servi à la légitimation du pouvoir politique.
Abdelmajid Charfi n’est pas le seul à travailler à la refondation de l’islam sur la base du souffle prophétique et à la lumière des sciences contemporaines. Mais il est indubitablement l’un de ceux dont la réflexion a atteint la plus grande cohérence. On en aura la confirmation avec son nouveau livre, La Pensée islamique, rupture et fidélité, qui paraîtra au début d’avril chez Albin Michel.

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