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Guy Penne

L'ancien « monsieur Afrique » de l'Élysée (1981-1986) n'a pas coupé les ponts avec le continent. Et reste un ardent défenseur d'une certaine idée des relations franco-africaines.

« Un article dans Jeune Afrique ? Venez déjeuner avec moi demain au restaurant du Sénat. » Ce n’est pas à 83 ans passés que l’on va changer Guy Penne. Fidèle à sa jovialité toute méditerranéenne – il est pourtant né à Bondy, dans la banlieue parisienne -, l’ancien conseiller de François Mitterrand chargé des Affaires africaines de 1981 à 1986, devenu par la suite sénateur des Français de l’étranger jusqu’en 2004, a l’espièglerie d’un éternel adolescent. Mais qu’on ne s’y trompe pas. Derrière cette bonhomie se cache un personnage rusé qui concentre, à lui tout seul ou presque, vingt-cinq ans de relations entre la France et l’Afrique. Un pan entier de sa vie sur lequel il rechigne à tirer un trait. Autrefois surnommé le « Foccart de gauche », cet ancien doyen de chirurgie dentaire à l’université Paris-VII se rend avec la même assiduité dans les grandes villes du continent : Abidjan, Yaoundé, Bangui, Antananarivo, Libreville, Brazzaville, Lomé et, bien sûr, Ouagadougou.

Toujours influent, Guy Penne ? D’une certaine manière. Même libéré de ses mandats, ce grand manitou de la « Françafrique » est toujours aussi consulté. Président d’une société de conseil qui porte son nom, il n’hésite pas à ouvrir son épais carnet d’adresses. Pour « rendre service ». À son pays surtout, qui, selon lui, en aurait grand besoin. « Il ne se passe pas une semaine sans qu’un chef d’État ne me mette en garde contre la perte d’influence de la France. Si ça continue, on va se fâcher avec tout le monde. Il faut absolument nous réveiller ! Il en va de notre intérêt. » Depuis son intronisation par Mitterrand, Penne, qui ne connaissait rien du continent, est demeuré l’ardent défenseur d’une certaine idée des rapports franco-africains. « Il faut bien que quelqu’un se dévoue, ironise-t-il à l’endroit de sa famille politique, le Parti socialiste (PS). Il n’y a aucun renouvellement de génération. Au PS, les jeunes se désintéressent de l’Afrique et les vieux ne disent que des conneries. »
À l’époque où il était le « monsieur Afrique » de l’Élysée, Guy Penne faisait lui aussi l’objet de certaines attaques venant de son propre camp. « Je ne regrette strictement rien de ce que j’ai fait et l’assume totalement. » Et même un peu plus. Ainsi, lorsqu’il qualifie le maréchal Mobutu, l’ancien président de ce qu’on appelait alors le Zaïre, de personnage « supérieurement intelligent qui a laissé un pays debout » ou lorsqu’il va se recueillir, comme l’an passé, sur la tombe du président togolais Gnassingbé Eyadema. « Je n’étais pas retourné au Togo depuis quinze ans. J’y ai vu Faure, qui est le fils de son père mais qui ressemble à sa mère. »
Préférant toujours la diplomatie du tutoiement et de la tape dans le dos à celle de l’austérité des salons officiels, Penne fait encore, en Afrique, office de grand sage. « Je connais plus ou moins tout le monde et tout le monde me connaît. Mais je suis lucide. Lorsqu’on mange à la table du diable, il faut le faire avec une longue cuillère. » C’est toutefois au Burkina qu’il porte le plus d’affection. « Une démocratie exemplaire et un pays bien géré. » Aussi a-t-il accepté sans hésiter, à la demande du chef de l’État Blaise Compaoré, de présider l’association Amitié France Burkina Faso (AFBF), créée en 2005. Mais c’est au Cameroun qu’il a effectué son dernier voyage, il y a quelques semaines, chez un autre « grand ami », le président Paul Biya, arrivé comme lui aux affaires au début des années 1980.

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