Économie

Cameroun : pourquoi Louis Paul Motaze retourne sur le marché financier régional

Quatre ans après sa dernière opération, le pays va lancer un emprunt obligataire d’au moins 150 milliards de francs CFA au premier semestre de 2022. Une opération pilotée par Louis Paul Motaze, le ministre des Finances.

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Par - à Douala
Mis à jour le 28 février 2022 à 17:19

Louis Paul Motaze est le ministre des Finances du Cameroun. © World Bank Group/Flickr/Licence CC

La nouvelle avait quasiment été annoncée en décembre dernier, à Douala, à l’occasion des célébrations du dixième anniversaire de la présence du Cameroun sur le marché financier régional : le pays lancera un emprunt obligataire en 2022, d’un montant compris entre 150 et 200 milliards de francs CFA [entre 228,6 et 304,8 millions d’euros]. La nouvelle a été officialisée, le 17 février, par Louis Paul Motaze, le ministre des Finances, lors de sa rencontre annuelle avec les investisseurs, au cours de laquelle il a présenté le plan de financement de l’État.

Cette opération sera une première depuis l’unification des places boursières de Douala et de Libreville en juillet 2019. Certes, le Cameroun était sur le point de lever ces 150 milliards l’an passé. Mais les ennuis de santé de Louis Paul Motaze – atteint du Covid-19, il avait dû être évacué en Suisse pour y être soigné – avaient compromis le processus.

« Il devenait politiquement inconvenant que le pays qui héberge la nouvelle bourse régionale n’ait pas encore levé de fonds par appel public à l’épargne, alors que le Gabon et le Congo ont réussi leurs emprunts obligataires respectifs l’année dernière », estime un analyste financier.

Maîtrise des coûts

La dernière opération du Cameroun remonte à 2018. Le pays avait alors sollicité et obtenu 200 milliards de francs CFA. Cette même année, Samuel Tela avait été nommé directeur de la Trésorerie au ministère des Finances.

Depuis, et sous son impulsion, le Cameroun opte systématiquement pour un marché monétaire en plein essor, en recourant à des bons du trésor assimilables (BTA) et à des obligations du trésor assimilables (OTA), au détriment des emprunts obligataires, jugés onéreux.

Cette opération devrait nous permettre d’économiser entre 1,5 et 1,7 milliard de francs CFA

Au-delà des délais – il faut quatre mois pour monter un appel public à l’épargne, contre un mois pour l’émission d’une obligation du trésor –, les frais inhérents à un emprunt obligataire (plus de 4 milliards de francs CFA) sont bien supérieurs à ceux d’une opération sur une OTA (18 millions de francs CFA).

C’est la raison pour laquelle Louis Paul Motaze a envoyé ses collaborateurs à la rencontre des différents acteurs du marché pour parvenir à une « maîtrise des coûts » lors du prochain emprunt obligataire. Ces acteurs semblent disposés à faire un effort pour réduire le coût de leurs redevances et de leurs commissions. « Nous devrions économiser entre 1,5 et 1,7 milliard de francs CFA », se félicite un cadre du ministère des Finances.

En outre, la maturité de cette opération sera allongée à sept ans, au lieu des cinq ans habituels, afin de faire baisser la pression sur les dates de remboursement. « L’échéance du récent eurobond a été repoussée à 2032. Avec un emprunt local à sept ans, nous tombons sur une année 2029 vierge, pour l’instant, en termes de remboursements. C’est un énorme répit pour nous », ajoute le fonctionnaire.

La notification, par la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac), d’une pondération nulle sur les opérations du Cameroun au cours de cette année doit intervenir dans les prochains jours, afin d’inciter les banques locales à s’engager.

Rappel à l’ordre

Le retour du Cameroun sur le marché financier régional s’explique aussi par un essoufflement observé sur le marché des titres publics de la Banque centrale. Près de 80% des BTA et des OTA émis dans la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) sont détenus par les banques et leurs filiales, spécialistes en valeur du trésor (SVT).

Cet engouement dû à leur forte rentabilité commence à montrer ses limites. Nombre d’établissements risquent en effet d’être en porte-à-faux avec les normes prudentielles, ce qui entraînerait un rappel à l’ordre du régulateur bancaire.

Une préoccupation plus marquée au Cameroun et dont Louis Paul Motaze s’est fait l’écho en constatant que plusieurs émissions de janvier et février ont connu un taux de couverture inférieur à 50%. Une situation que l’argentier met sur le compte de l’inquiétude des banquiers à propos du rapatriement annoncé des dépôts des administrations publiques vers le compte unique du Trésor.

L’argument est loin de porter chez les investisseurs, qui mettent plutôt en avant la faible rentabilité des titres publics camerounais. Un BTA du Cameroun à trois mois est rémunéré à 2% contre respectivement 7,38% et 7,77% pour le même titre du Congo et du Gabon.

« Nous devons faire un effort sur ce point », reconnaît le fonctionnaire du ministère des Finances. D’ailleurs, les avertissements du marché se multiplient. Le pays a sollicité 15 milliards de francs CFA au début de la semaine dernière sur le marché monétaire mais n’en a récolté que 13. Au regard des besoins pressants de trésorerie, la menace porte surtout sur les ressources à court terme que constituent les BTA.

C’est la raison pour laquelle la fenêtre d’émission de l’emprunt obligataire devrait s’ouvrir au premier semestre de cette année. Une période qui risque d’être fort embouteillée puisque le Gabon, le Tchad et la Guinée Équatoriale frappent également à la porte.