Politique

QAnon : le mouvement complotiste pro-Trump est-il né en Afrique ?

Deux chercheurs affirment que la mouvance conspirationniste, en vogue aux États-Unis, serait en réalité apparue en Afrique du Sud…

Mis à jour le 25 février 2022 à 14:31
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Selon une récente étude, Johannesburg serait le vrai berceau de QAnon. © Damien Glez

Populismes de tous les pays, influencez-vous ! Dans ce premier quart du XXIe siècle, bien tristes sont les boomers biberonnés à l’internationalisme humaniste et humanitaire. D’un « tsar » russe aussi confiné qu’expansionniste à un élu sud-américain écocriminel, l’heure n’est guère à la nuance politique. Dans cette « internationale nationaliste », l’Afrique n’échappe pas à la tendance, d’un putschiste en treillis à un bidouilleur de constitution en costume. Le continent serait même à l’origine de mouvements conspirationnistes habituellement considérés comme typiquement occidentaux.

« Q » à Johannesburg

L’ingénieur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) Florian Cafiero et le maître de conférences en philologie computationnelle Jean-Baptiste Camps se sont notamment intéressés à la mouvance d’extrême droite QAnon. Soutien de Donald Trump, ce mouvement parfois qualifié de secte promeut une théorie selon laquelle une guerre secrète opposerait le milliardaire américain à « l’État profond », aux milieux financiers et aux médias, accusés de commettre des crimes pédophiles, cannibales et sataniques. Copieusement américano-centrée, la mouvance est censément allergique à tout ce qui vient d’Afrique. Et pourtant…

Selon cette étude, principalement réalisée sous l’angle linguistique, le pseudonyme « Q » – dont étaient signés les premiers messages vecteurs de la théorie QAnon – n’aurait pas été créé, comme présumé, par Ron Watkins. L’ancien administrateur américain du site de partage d’images 8kun n’aurait « squatté » la signature qu’après le journaliste quinquagénaire Paul Furber, créateur initial de l’avatar à l’automne 2017, depuis… Johannesburg.

Un trumpisme afrocompatible ?

Évidemment, le populisme n’affichant que la partie émergée de son iceberg raciste et fascisant, le Sud-Africain et l’Américain nient tous les deux en bloc. Mais le trumpisme – tout à la fois fruit et géniteur d’un conspirationnisme sincère ou opportuniste – a démontré sa capacité à infuser aussi sur le continent africain. En 2018, le président Yoweri Museveni ne déclarait-il pas : « J’aime Trump parce qu’il parle avec franchise aux Africains » ?

Et ceci en dépit de propos du 45e président américain, qui qualifiait certaines nations du continent de « shithole countries » (« pays de merde »). Trump excluait-il l’Ouganda de cette catégorie scatologique ? Il n’aurait peut-être pas su répondre lui-même à cette question, lui qui démontra, en employant le nom « Nambie », qu’il ne faisait guère la différence entre des pays comme la Gambie et la Namibie.

Si le Trumpisme, toujours vivace – l’homme vient de lancer son ersatz de Twitter, Truth Social – a démontré son afrocompatiblité, pourquoi des mouvances complotistes constitutives de son idéologie brouillonne ne se nourriraient-elles pas de racines africaines ?