Économie

À Doha, l’Opep du gaz voit l’avenir en vert

Pour le Forum des pays exportateurs de gaz (FPEG), il est l’énergie stratégique pour répondre aux enjeux climatiques. Un plaidoyer à l’intention des investisseurs.

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Mis à jour le 28 février 2022 à 11:56

L’émir du Qatar accueille le président iranien Ebrahim Raisi à Doha, le 21 février 2022. © Iranian Presidency/ZUMA Press/ZUMA/REA

Mardi 22 février, les représentants des treize pays membres du Forum des pays exportateurs de gaz (FPEG) se sont réunis à Doha pour la sixième édition du sommet annuel, placé cette année sur le thème de l’avenir énergétique. En pleine crise entre la Russie – seul pays européen du FPEG – et l’Occident, l’organisation réaffirme sa volonté de promouvoir le gaz naturel comme « source d’énergie abondante, abordable, propre et fiable », tout en fustigeant les pratiques « protectionnistes » des pays importateurs.

Sur le volet environnemental, la « déclaration de Doha » souligne la volonté du Forum de renforcer les qualifications environnementales du gaz naturel, en s’efforçant notamment de réduire le torchage : enjeu énergétique majeur, cette pratique inhérente à l’extraction pétrolière entraîne chaque année un manque à gagner de 82 milliards de dollars pour les pays producteurs, sans parler de son impact environnemental négatif.

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Une énergie fossile « propre »

Selon une étude de Global Data publiée le 31 août 2021, les pays du FPEG ont brûlé près de 13 milliards de pieds cubes de gaz par jour, une quantité suffisante pour alimenter le Japon pendant un an, mais qui est gaspillée à cause du coût élevé de la captation du gaz lors de l’extraction du pétrole, du manque d’accès à de meilleurs marchés pour les pays producteurs et du faible volume de gaz produit sur les sites pétroliers individuels. Avec le problème du méthane contenu dans le gaz, cette problématique met à mal l’engagement climatique du Forum.

Le MACF, projet phare du Pacte vert pour l’Europe, montré du doigt par les producteurs de gaz

Même en étant l’énergie fossile la moins polluante, loin derrière le pétrole et le charbon, le gaz naturel peut-il être réellement considéré comme une énergie propre et durable ? Selon Francis Perrin, directeur de recherche spécialiste des problématiques énergétiques à l’Institut des relations internationales et stratégique (IRIS), la déclaration du FPEG illustre un raisonnement « logique » qui démontre la volonté des pays membres d’être perçus comme des acteurs décisifs des enjeux environnementaux.

« Le gaz naturel est, du point de vue des émissions de CO2, la meilleure énergie fossile, ou la moins mauvaise. Il est logique que le FPEG mette en avant ses avantages dans la transition énergétique et qu’il développe un argumentaire en vue de montrer au monde que le gaz compte non seulement sur le court terme, mais a aussi un avenir. Et si le gaz a un avenir, cela veut dire que ces pays-là sont importants. »

Taxe carbone aux frontières de l’UE

Autre point important de la déclaration de Doha, la situation économique des pays exportateurs de pétrole. Sans nommer les parties visées, le FPEG exprime sa « profonde inquiétude » quant aux « restrictions économiques unilatérales, […] l’application extraterritoriale de lois et réglementations nationales contre les pays membres ». Selon le FPEG, la question du climat serait utilisée pour « l’introduction de pratiques discriminatoires et la mise en place de mesures protectionnistes en contradiction directe avec les règles du commerce mondial ». Une allusion à peine voilée au projet de la Commission européenne de mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) : projet phare du Pacte vert pour l’Europe, il vise à imposer aux produits importés, la tarification carbone en vigueur sur les produits européens qui polluent le plus, comme un système « d’écluse climatique » aux frontières de l’Europe.

Le manque d’investissements aujourd’hui rendra le gaz trop cher demain

« L’Union européenne veut arriver à la neutralité carbone en 2050. Des observateurs ont pointé le fait que si l’on continue de commercer sans rien changer avec des pays qui développent des énergies fossiles, on risque d’avoir un problème de compétitivité », note Francis Perrin. « Cela évoque d’autres industries en Europe, à qui on impose des contraintes de plus en plus fortes en termes de limitation des émissions de carbone », ajoute le chercheur pour qui le mécanisme d’ajustement carbone rétablit un équilibre.

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Investir ou payer le prix fort

Dernier volet important de la déclaration de Doha, le besoin criant d’investissements dans le secteur gazier. Deux ans à peine après le début de la pandémie, les conséquences de la réduction des investissements a désorganisé la chaîne de valeurs au niveau mondial, de l’exploration des gisements à la consommation, en passant par la production et le transport.

Le 16 février dernier, c’est justement sur le sujet capital des investissements que s’est exprimé Mohamed Hamel, le secrétaire général du FPEG, à l’occasion d’un colloque sur les perspectives énergétiques. Il a martelé que l’industrie du gaz naturel requiert « une juste valeur et un partage équitable des risques entre toutes les parties prenantes afin de garantir la sécurité de la demande et de l’approvisionnement » sans quoi « le manque d’investissements aujourd’hui rendra le gaz trop cher demain ». Une problématique que comptent aborder les pays membres du FPEG lors de la prochaine COP 27 qui aura lieu du 7 au 18 novembre 2022 à Charm el-Cheikh en Égypte.