Économie

Ukraine-Russie : ces groupes actifs en Afrique à qui la crise peut profiter

Face à la situation en Ukraine, la banque Barclays a calculé que les multinationales pétrolières et minières opérant en Afrique pourraient engranger des bénéfices sur les marchés d’actions.

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Mis à jour le 25 février 2022 à 10:38

La mine de platine Unki d’Anglo American au Zimbabwe, 2019. © Philimon Bulawayo/REUTERS

Deux éléments majeurs de la guerre qui se déroule entre Kiev et Moscou auront un impact sur les marchés boursiers du monde entier : la Russie est un important fournisseur de pétrole à destination de l’Union européenne, et les prix du brut sont à leur plus haut niveau en sept ans. Faute d’une désescalade rapide des tensions, les prix resteront élevés pour l’instant, avertissait Barclays dans une étude publiée le 16 février [depuis, la situation s’est brusquement emballée suite à l’entrée de troupes russes en Ukraine, le 24 février au matin].

Pour les analystes de la banque britannique, cette situation de crise devrait profiter aux fournisseurs de pétrole « alternatifs » dont font partie les pays africains.

Des gagnants et des perdants

Equinor, Shell et TotalEnergies feraient partie de ceux qui tireront leur épingle du jeu, selon Barclays. Les entreprises minières telles que BHP, Anglo American et Rio Tinto ont également tendance à mieux se porter lorsque le prix du pétrole augmente, tandis que Barry Callebaut et Nestlé risquent de subir des pertes en tant que titres de consommation.

Le secteur de l’énergie est recommandé comme couverture contre le risque géopolitique

Sur le marché boursier, Barclays recommande plutôt les actions du secteur de l’énergie comme couverture contre le risque géopolitique. La banque a établi une liste de corrélations entre la performance des actions et le prix du pétrole : les entreprises qui tirent une partie de leurs ressources de pays africains affichent les corrélations les plus élevées.

Equinor, qui compte l’Angola comme l’une de ses principales sources de pétrole, présente la corrélation la plus élevée parmi les titres boursiers couverts par Barclays, avec un taux de 45 %.

BHP, qui a annoncé en janvier un investissement de 100 millions de dollars dans un projet d’extraction de nickel en Tanzanie, est le groupe minier dont le cours des actions présente la plus forte corrélation avec le pétrole, à 39 %. Légèrement devant Shell (38 %) et Total Energies (37 %).

Anglo American, qui possède des mines en Afrique du Sud, au Botswana, au Zimbabwe et en Namibie, a une corrélation de 33 %.

Rio Tinto, qui détient une participation majoritaire dans Richards Bay Minerals, le plus grand producteur de sables minéraux d’Afrique du Sud, présente une corrélation de 24 %.

Barry Callebaut et Nestlé, qui s’approvisionnent tous deux en cacao en Afrique de l’Ouest, font partie des perdants probables avec une corrélation négative respectivement de -26% et -24 %.

Balance des risques

Une hausse du pétrole entraîne une inflation plus forte et à plus long terme, ce qui constituerait probablement une contrainte importante pour les investisseurs internationaux dans les actifs à risque africains. Cependant, un conflit en Ukraine n’est pas un fait nouveau, et le risque d’invasion a déjà été pris en compte par les marchés, selon la banque britannique.

Une hausse du pétrole entraîne une inflation plus forte et à plus long terme

Les baisses précédentes des bourses en période de conflit militaire ont généralement été de courte durée, selon Barclays, qui cite les reprises après la guerre du Golfe, les attentats du 11 septembre, la guerre d’Irak et l’annexion de la Crimée par la Russie. Les analystes financiers soulignent que les cours de l’énergie et des entreprises du secteur de la défense se portent généralement mieux pendant les conflits.

Pour établir ce scénario de crise, la banque Barclays s’appuie sur l’enquête AAI sur le ressenti des investisseurs qui a vu, à la mi-février, la part des investisseurs haussiers tomber à 19,2%, son niveau le plus faible depuis mai 2016. [Ce taux est remonté à 23,4% le 23 février, en revanche, la part des investisseurs anticipant une baisse a grimpé de 10 points à 53,7%]. L’AAI n’est passé sous la barre des 20 qu’à 31 reprises depuis 1988, soit 1,7 % des occurrences, précise Barclays. Les actions ont fortement rebondi à chaque fois, à la seule exception de la crise financière mondiale de 2008.

Sur la base des données historiques, la balance des risques penche actuellement en faveur des actions des plus grands opérateurs pétroliers et miniers d’Afrique.