Économie

Électrification : Maroc, Sénégal, RDC… Qui sont les bons et les mauvais élèves ?

600 millions d’Africains sont privés d’accès à l’électricité ou subissent des délestages récurrents, en particulier au sud du Sahara et dans les zones rurales. Qu’est-ce qui explique une telle situation ? Comment en sortir ? L’Afrique est-elle condamnée à avoir recours aux énergies fossiles pour produire son énergie ? Analyse en infographies.

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Mis à jour le 24 février 2022 à 18:34

© JA

« Le continent a besoin d’électricité. Le continent a besoin de valoriser ses ressources naturelles. On attend de l’Europe une solidarité sur ce point précis. » À la tribune du sommet Union africaine-Union européenne, le 17 février dernier à Bruxelles, le chef de l’État sénégalais Macky Sall n’a pas mâché ses mots pour souligner l’urgence qu’il y avait à mener le chantier de l’électrification sur le continent. Le président en exercice de l’UA le sait, c’est un défi titanesque, dans une Afrique où 600 millions de personnes (sur 771 millions d’habitants) sont privées d’accès à l’électricité.

Incontournables énergies fossiles

Et si d’importants efforts ont été fournis dans le secteur des énergies renouvelables, notamment au Sénégal, où il a lui-même inauguré plusieurs centrales solaires ces dernières années, Macky Sall a aussi insisté sur un point : la démocratisation de l’accès à l’électricité en Afrique ne peut se passer, pour l’heure, du recours aux énergies fossiles. « Nous sommes pour le maintien du financement de l’industrie gazière et pour les hydrocarbures, pour une transition énergétique juste et équitable, tenant compte des besoins et contraintes spécifiques du continent », a-t-il notamment plaidé auprès de ses partenaires européens.

La production actuelle repose à 80 % sur des énergies non renouvelables

Un continent où la situation est pour le moins contrastée. Rien de commun, par exemple, entre les pays du Maghreb, qui frôlent les taux d’accès de 100 %, l’Afrique du Sud, dont 85 % de la population est reliée au réseau, et des États tels que le Niger ou la RDC, qui peinent à dépasser les 20 %.

Inégalités entre nations, mais aussi entre urbains et ruraux. Dans les régions les moins connectées – ou qui souffrent de délestages récurrents faute d’une production suffisamment stable –, le recours aux groupes électrogènes alimentés au diesel est quasi systématique.

La production actuelle, très en deçà des besoins réels au niveau continental, repose à 80 % sur des énergies non renouvelables. Dans certains pays, la quasi-totalité dépend des hydrocarbures ou du charbon, comme en Algérie (99 %) ou en Afrique du Sud (90 %). Le vent commence cependant à tourner, doucement. La stratégie de renforcement du mix énergétique a ainsi donné naissance à de nouvelles infrastructures, telle la centrale solaire Noor de Ouarzazate, au Maroc.

Des réseaux à améliorer et interconnecter

L’Agence internationale de l’énergie insiste par ailleurs sur la nécessité d’exploiter l’énorme potentiel hydroélectrique du continent. L’Éthiopie, qui a commencé à exploiter le grand barrage de la Renaissance le 20 février – dont la mise en service suscite bien des questions au plan géopolitique –, dépend d’une source d’énergie électrique 100 % renouvelable.

Mais cet exemple montre aussi qu’augmenter sa production ne suffit pas : le pays connaît en effet une surproduction, non pas en raison d’une demande insuffisante, mais faute d’infrastructures de transport de l’énergie. Le manque de réseaux cohérents et interconnectés empêche le transfert interétatique, ainsi que l’alimentation des espaces ruraux. Ces infrastructures inadaptées, ainsi que les prix du fioul élevés et la faiblesse des investissements conduisent, sur le continent, à une hausse des tarifs, qui comptent parmi les plus importants de la planète. Comment le continent peut-il sortir de cette ornière ? Qui sont les bons et les mauvais élèves de la production électrique ? Les pays africains sont-ils condamnés à avoir recours aux énergies fossiles pour combler le retard pris sur l’électrification ? Toutes les réponses à découvrir ci-dessous, en infographies.