Économie

Côte d’Ivoire : que va faire l’énergéticien Karpowership à Abidjan ?

Grâce à un nouveau contrat pour l’installation d’une centrale flottante de 200 MW dans le plus grand port ivoirien, le groupe turc se renforce en d’Afrique de l’Ouest. Et veut s’étendre plus au sud.

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Mis à jour le 25 février 2022 à 08:55

En 2019, le Sénégal a loué à Karpowership, pour cinq ans, le bateau Powership Ayşegül Sultan, centrale électrique flottante génératrice d’énergie à base de fuel. © ISA HARSIN/SIPA.

Et un pays de plus en Afrique de l’Ouest pour Karpowership. La société turque, spécialisée dans les centrales électriques flottantes et appartenant au groupe Karadeniz Energyt, vient de décrocher un contrat en Côte d’Ivoire pour la fourniture d’une centrale d’urgence d’une capacité maximale de 200 MW. Son attribution, validée en conseil des ministres fin janvier, est le résultat d’un appel d’offres lancé l’an dernier après une période de délestages survenue en mai.

Un malheureux concours de circonstances – la conjugaison d’une sécheresse réduisant la production d’énergie hydraulique, de retards d’investissements dans des centrales à cause du Covid-19 et d’une panne grave sur une machine de la centrale d’Azito – avait entraîné des coupures pendant plusieurs semaines.

Cette situation, devenue rare en Côte d’Ivoire ces dernières années grâce à un fort investissement public et privé dans les capacités de production, a entaché son image de bon élève en Afrique de l’Ouest sur le plan énergétique. Ayant presque doublé sa puissance installée en dix ans, le pays est l’un des seuls dans la région à produire suffisamment pour pouvoir exporter chez ses voisins, dont le Burkina Faso et le Mali.

L’atout de la flexibilité

Selon les informations recueillies par Jeune Afrique, la durée du contrat – dont le montant n’a pas été dévoilé ni le prix de vente de l’électricité – est de quatre ans. La capacité fournie, 100 MW a minima, pourra être doublée.

À la fin du contrat, les unités seront envoyées ailleurs, ce qui évite au pays d’avoir des actifs échoués

« Cette unité flottante de production électrique est prévue pour être installée sur la lagune, en zone portuaire, en face de la centrale d’Azito, a précisé le communiqué du conseil des ministres. L’énergie produite sera évacuée à travers une ligne de 225 kV d’environ 800 mètres raccordée au poste 225 d’Azito. »

« Ce genre de solution, qui fonctionne au fioul lourd (HFO), est souvent utilisée sur une durée limitée, environ quatre ou cinq ans, le temps de construire des infrastructures plus durables ou de développer son portefeuille d’énergies renouvelables », commente un connaisseur du secteur, mettant en avant son principal avantage, la flexibilité. « Le déploiement est rapide, la capacité modulable, via l’ajout d’une ou de plusieurs unités. À la fin du contrat, les unités seront envoyées ailleurs, ce qui évite au pays d’avoir des actifs échoués », reprend-il tout en soulignant qu’en l’absence du prix du contrat il est impossible de vérifier que l’opération est un bon calcul sur le plan économique pour le pays.

GE, Aggreko et TotalÉnergies

En parallèle avec ce premier contrat, le groupe turc est en discussion pour fournir une centrale de réserve permanente de 200 MW et une unité flottante de stockage et de regazéification (Floating storage and regasification unit, FSRU). Cette solution permet d’utiliser du gaz naturel liquéfié (GNL, importé ou issu de la production de pétrole) pour produire de l’électricité, ce que l’on appelle le « LNG to power ». Plusieurs autres acteurs avaient présenté des offres, dont General Electric, Aggreko et Wärtsilä sur la partie centrale d’urgence ; TotalÉnergies et Socar (la compagnie nationale pétrolière et gazière d’Azerbaïdjan) sur le volet « LNG to power ».

« La solution LNG to power proposée est largement inspirée de celle lancée en 2019 au Sénégal et en cours de mise en œuvre, indique Ali Hjaiej, vice-président en charge du business development au sein de Karpowership. Sur le continent, le gaz est la solution thermique la plus propre pour assurer une transition énergétique rapide et efficace. » En août 2019, l’entreprise turque a signé un contrat « LNG to power » avec la Société nationale d’électricité du Sénégal (Sénélec) pour fournir durant cinq ans et demi une unité de 235 MW (le Powership Ayşegül Sultan). Déployée en octobre de cette même année, l’unité, qui fonctionne au HFO, assure près de 15 % de la production du pays.

En mai 2021, elle a été rejointe par un FSRU, ce qui va permettre de remplacer le HFO par du GNL lors de la production d’électricité, moins coûteux et moins nocif pour l’environnement. À terme, le Sénégal devant produire du gaz grâce à l’exploitation de gisements récemment découverts, le GNL importé doit à son tour être remplacé par du gaz local.

Forte présence en Afrique de l’Ouest

Attributaire de contrats pour 1 220 MW en Afrique du Sud et signataire d’un contrat d’achat d’électricité avec la Société d’électricité de République démocratique du Congo (la Snel) en 2021, Karpowership est désormais présent dans tous les pays côtiers de l’Afrique de l’Ouest du Ghana au Sénégal, à l’exception du Liberia.

Le groupe revendique une capacité installée au niveau mondial de 6 000 MW dont 1 600 MW en Afrique. Suivant plusieurs dossiers au Nigeria et souhaitant s’étendre en Afrique centrale, avec le Cameroun en ligne de mire, Karpowership vise une capacité installée sur le continent de 3 000 MW.