Politique

Turquie-Afrique : des hommes d’affaires dans le sillage d’Erdogan à Kinshasa et à Dakar

En RD Congo et au Sénégal du 20 au 22 février, Recep Tayyip Erdogan, le président turc, était accompagné d’un aréopage de patrons. Les dessous d’une diplomatie qui mêle amitié, business et sport.

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Mis à jour le 24 février 2022 à 07:43

Recep Tayyip Erdogan et Macky Sall, à l’inauguration du stade Abdoulaye-Wade, à Diamniadio, près de Dakar, le 22 février 2022. © Photo by Turkish Presidency / Murat Cetin / Anadolu Agency via AFP

Pour sa première tournée africaine en 2022, Recep Tayyip Erdogan avait choisi la RD Congo (20 février), le Sénégal (21-22 février) et la Guinée-Bissau (23 février). Mais, le 22 dans la soirée, il a dû annuler son déplacement à Bissau et regagner d’urgence la Turquie pour assister à une réunion de l’Otan sur la crise ukrainienne, qu’il devait suivre en visioconférence depuis Ankara. En outre, lors de l’étape dakaroise, il a perdu son chef de la sécurité, Hayrettin Eren, qui a succombé à une crise cardiaque.

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Le choix d’Erdogan de se rendre à Kinshasa et à Dakar n’est pas une surprise. La RD Congo offre des perspectives prometteuses à des entrepreneurs turcs plus que jamais en quête de nouveaux marchés, compte tenu des difficultés économiques que traverse leur pays. Quant au Sénégal, où Erdogan a déjà fait quatre visites officielles (2013, 2016, 2018 et 2020), il est devenu un bastion des compagnies turques de BTP.

Avion privé

Comme à son habitude depuis ses premiers voyages en Afrique en 2005, Recep Tayyip Erdogan était accompagné d’une imposante délégation d’hommes d’affaires, ainsi que de six ministres, dont Mevlüt Çavusoglu (Affaires étrangères), Hulusi Akar (Défense) et Süleyman Soylu (Intérieur).

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Parmi les nombreux dirigeants d’entreprise turcs qui avaient fait le déplacement, l’un de ceux qui sillonnent le plus le continent, Selim Bora, qui avait affrété un avion privé pour transporter ses propres invités. Son groupe, Summa, qui a construit de nombreuses infrastructures en Afrique (au Sénégal, au Rwanda, au Niger, en Guinée Équatoriale, etc.), était en effet à l’honneur. C’est dans le stade Abdoulaye-Wade de Diamniadio, à Dakar, qu’il vient d’achever, qu’aura lieu, le 29 mars, le match Sénégal-Égypte, qualificatif pour le Mondial 2022 au Qatar.

Un motif de fierté pour la Turquie aussi, puisque Gianni Infantino, le président de la Fifa, Patrice Motsepe, celui de la CAF, et pas moins de six chefs d’État ont assisté, le 22 février, à l’inauguration de cette enceinte sportive de 50 000 places : Recep Tayyip Erdogan et Macky Sall, mais aussi le Gambien Adama Barrow, le Rwandais Paul Kagame, le Bissau-Guinéen Umaro Sissoco Embaló et le Libérien George Weah, ancienne gloire du football.

Lui-même footballeur dans sa jeunesse, à un niveau semi-professionnel, le président turc a donc joué à la fois la carte du prestige, du sport et du business.

Nihat Özdemir, patron du géant Limak, qui cogère avec Summa l’aéroport international Blaise-Diagne de Dakar, se trouvait également en terrain connu. En plus de la direction de son groupe (60 700 employés dans le monde, présent dans 14 pays d’Afrique), il préside la Fédération turque de football.

Autre invité de marque, Fuat Tosyali, patron du groupe Tosyali, champion de la sidérurgie, solidement implanté en Algérie. Proche de Recep Tayyip Erdogan, il préside par ailleurs le Conseil d’affaires Turquie-Sénégal.

Ahmet Çalik, patron du holding Çalik (15 000 employés dans le monde), a, pour sa part, précédé de quelques heures la délégation officielle à Kinshasa et à Dakar. Actif en Afrique dans plusieurs secteurs (énergie, banque, textile, BTP, mines, télécoms…), le groupe, dont la filiale, Çalik Enerji, a notamment construit au Cap-des-Biches, près de Dakar, la plus grande centrale électrique de l’Afrique de l’Ouest, nourrit de nouveaux projets. Selon nos sources, le holding a signé avec la RD Congo des protocoles d’accord portant sur différents projets d’infrastructures dans le domaine du transport.

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Comme il le fait désormais systématiquement auprès de ses pairs afin de promouvoir son industrie de la défense, Erdogan a proposé à Félix Tshisekedi l’appui de la Turquie en matière de lutte antiterroriste. Des accords portant sur la sécurité ont ainsi été signés.

Blindés légers

Si Ismail Demir, le président de l’Industrie turque de la défense (SSB), était bien présent à Kinshasa et à Dakar, la plupart des contrats sont en réalité négociés pendant ou après la Foire internationale de l’industrie de la défense (Idef), qui se tient chaque année à Istanbul. En 2021, Erdogan l’avait inaugurée avec le président sierra-léonais, Julius Maada Bio, qui se trouvait en visite privée en Turquie.

Ce 21 février, Fuat Katmerci, l’un des dirigeants de la firme d’armement Katmerciler, a confirmé à JA que, bien qu’aucun de ses cadres ne se soit rendu à Kinshasa et à Dakar, « le président Erdogan [était] informé des commandes que la RD Congo a passées [auprès de Katmerciler] ». En 2021, sa société a vendu 118 blindés légers Hizir au Kenya, pour un montant de 91,4 millions de dollars, ainsi que plusieurs de ces mêmes blindés à l’Ouganda, pour un montant de 6,3 millions de dollars.