Politique

Côte d’Ivoire : la renaissance de Kong, la ville des Ouattara

Capitale d’un ancien empire tombée en désuétude, cette bourgade du Nord ivoirien s’est redynamisée grâce à d’importants investissements de l’État. Mais elle doit aujourd’hui faire face à la menace jihadiste.

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Par - envoyée spéciale à Kong
Mis à jour le 25 février 2022 à 14:14

La grande mosquée de Kong, en 2019 © SIA KAMBOU/AFP

L’une des premières choses qui frappe lorsqu’on arrive à Kong, c’est sa grande mosquée. Avec sa couleur rouge ocre, elle veille sur la ville. Érigée au XVIIIe siècle, détruite vers 1897 par Samory Touré, puis reconstruite au XXe siècle, elle est l’une des fiertés de la ville. Les jours de grande affluence, elle peut accueillir jusqu’à 400 personnes et fait partie, depuis l’année dernière, des mosquées de style soudanais du nord de la Côte d’Ivoire à être inscrites au patrimoine mondial de l’Unesco.

Aboubakary Barro, le maire résident de Kong – il représente sur place le maire élu, Berté Abdrahamane Tiémoko, qui vit à Abidjan –, aime raconter l’histoire et l’architecture atypique de ce trésor bien entretenu. C’est son ancêtre, l’imam Barro, qui en est le fondateur. Il repose désormais près de la petite mosquée, la plus ancienne de la ville. C’est toujours sa famille qui est en charge de sa gestion.

« Ouattara, c’est notre fils »

Si à Kong, l’islam est l’affaire des Barro, la chefferie est celle d’une autre famille : les Ouattara, patronyme d’une grande partie de la population. Du haut du toit de la mosquée, on aperçoit un ancien portail qui symbolisait l’entrée du quartier du pouvoir. Les cavaliers l’empruntaient pour aller au combat. Elle matérialise encore symboliquement ce territoire, mais  elle a été rattrapée par de nouvelles constructions. La cité marchande, jadis à la tête d’un royaume prospère qui s’étendait à l’ouest du Burkina et au sud du Mali, peine à conserver les vestiges de son passé glorieux. De la case qui a servi de pied-à-terre à l’explorateur français Louis-Gustave Binger, il ne reste que les murs. Ils laissent deviner la taille de la bâtisse, imposante pour l’époque.

Je n’appartiens plus à Kong, mais à la Côte d’Ivoire. En lieu et place, je vous donne mon petit frère

Le toit s’est depuis effondré, transformant les lieux en terrain de jeu pour les animaux errants et les margouillats, à quelques mètres de la mairie. « Il a bien été reçu ici lors de son séjour et voulait faire de Kong la capitale », raconte un habitant. Mythe ou réalité ? Tous ici sont convaincus d’une chose : la grandeur passée de leur ville. Une aura qu’ils sont en train de retrouver grâce à « leur enfant », devenu président en 2011, Alassane Ouattara. Qu’importe que le président ivoirien ne soit pas réellement né ici mais à Dimbokro, dans le centre – Kong est le village de son père. « C’est notre fils et nous sommes fiers de lui », glisse Fakhari Ouattara, le chef du village. À Kong, nous sommes bien sur les terres des Ouattara. « Ici, on est à 99,99 % RHDP [Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), le parti au pouvoir]« , ironise Aboubakary Barro.

« Photocopie » veille

Pour la première fois, en 2018, la ville a élu à sa tête un homme qui n’est pas de la famille du président. Mais bien sûr, Berté Abdrahamane Tiémoko avait obtenu la bénédiction du clan Ouattara. On aimerait voir Alassane Ouattara plus souvent ici, « mais on doit bien le laisser à la Côte d’Ivoire, confie le maire résident. Il nous avait prévenu lors de son arrivée au pouvoir, en 2011. » Selon Aboubakary Barro, l’intéressé avait alors déclaré au village :  »Je n’appartiens plus à Kong, mais à la Côte d’Ivoire. En lieu et place, je vous donne mon petit frère ».

Téné Birahima Ouattara, surnommé « Photocopie » pour sa ressemblance avec son ainé, est alors élu député. Puis de 2013 à 2018, il est maire de la commune avant de prendre la tête du conseil général de la région du Tchologo. Désormais ministre de la Défense, il continue de venir à Kong. Il y passe parfois la semaine dans sa résidence et se promène dans le village. « Certaines personnes qui ont du mal à le voir à Abidjan profitent de ses séjours ici pour l’approcher car il y a moins de protocole », glisse un notable du village. Désormais à la tête du conseil régional, Téné Birahima Ouattara est aussi le propriétaire du seul hôtel de la ville.

Une ville désenclavée

L’arrivée au pouvoir de l’enfant du pays s’est fait sentir dans Kong. La bourgade a connu un essor et un regain de dynamisme. Le bitumage de la route reliant Nasian, sur la route pour Ferkessédougou, à Kong a permis de désenclaver la ville. Celui des axes Dabakala – Kong, au sud, et Ngolodougou – Kong, au sud-ouest, prévus d’ici à 2024, devraient accélérer cette tendance.

 Avec l’arrivée au pouvoir d’Alassane Ouattara, des infrastructures et des routes ont été construites

« Après l’indépendance du pays, nous avions été oubliés. Il n’y avait qu’une seule compagnie de transport qui faisait le trajet entre Kong et Ferkessédougou. Mais avec l’arrivée au pouvoir d’Alassane Ouattara, des infrastructures et des routes ont été construites. Cela nous permet de nous développer », se réjouit Fakhari Ouattara, le chef du village. Tous veulent croire à la relance économique. « Pour atteindre Kong, c’était un parcours du combattant. Les productions agricoles comme la mangue et l’anacarde avaient du mal à être exportées. Par le passé, il y a même un pont qui s’est écroulé au passage d’un camion. Le commerçant a perdu tout son chargement. Cela n’encourageait pas les opérateurs économiques à venir. Maintenant, les gens reviennent car ils savent qu’ils ont une voie d’accès sécurisée et rapide », assure un agriculteur.

Le regain de dynamisme se fait également ressentir dans le domaine de l’immobilier. Des villas poussent le long des axes principaux de la ville et la « Cité des cadres de Kong », construite par la Société ivoirienne de construction et de gestion immobilière (Sicogi), contribuent à effacer peu à peu l’image de gros village qu’a longtemps traînée Kong. Depuis qu’elle est le chef-lieu du département, de nombreux fonctionnaires sont venus la repeupler. Et si leur venue a un temps fait flamber les prix, la situation est depuis revenue à la normale.

Menace terroriste

À ces fonctionnaires, il faut également ajouter des nouveaux venus en treillis militaire. Depuis quelques années, la présence des forces de défense et de sécurité a été renforcée à Kong. Alors que la menace terroriste s’est intensifiée, deux nouvelles bases sont en construction – en plus des deux déjà existantes – en périphérie de la ville afin de servir de postes de commandement pour le Nord. « Au début, la population était inquiète de ce déploiement militaire. Mais avec l’attaque de Kafolo qui a fait 14 morts en juin 2020, elle a compris l’urgence de la situation, confie le maire résident. On leur a demandé de contribuer à la lutte contre les jihadistes en donnant des informations. L’idée n’est pas de stigmatiser des gens, mais que les forces de l’ordre soient alertées s’il se passe quelque chose d’inhabituel. »

Kong se porte bien et a retrouvé une splendeur. Est-elle favorisée parce qu’elle est la ville du président ? Non, y répond-on à l’unisson. « Il n’a pas fait de favoritisme. Il a fait ce qu’il y avait lieu de faire en tenant compte de critères techniques. Lorsque Alassane Ouattara a été élu président, les habitants de Kong ont commencé à se plaindre car ils avaient le sentiment d’être un peu oubliés par leur « enfant ». Mais désormais, comme dans d’autres régions, nous voyons la différence. C’est un développement intégré, qui n’est pas dirigé vers des amis, mais vers le pays tout entier », défend un élu local.