Économie

Ecobank : Gwendoline Abunaw, une Camerounaise au centre du dispositif ETI

Nommée à la fin de 2021 à la tête de la région Cemac d’Ecobank Transnational Incorporated, la banquière trouve la force de son parcours professionnel et personnel solidement enraciné dans le pays qui l’a vu naître.

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Mis à jour le 2 mars 2022 à 14:45

Gwendoline Abunaw est DG d’Ecobank Cameroun et responsable du cluster Cemac pour le groupe bancaire panafricain. © Ecobank.

Formée sur les bancs de l’University of Buea, première université anglophone du Cameroun, Gwendoline Abunaw, aujourd’hui à la tête de la quatrième banque du pays, incarne parfaitement le sens du mot « héritage ». Ce terme qui percute l’esprit lorsque cette native de Yaoundé l’emploie dans la langue de Shakespeare (legacy), se présente comme le fil rouge de son parcours.

Abunaw, naît Nzo-Nguty de parents originaires de la région du Sud-Ouest dans la seconde moitié des années 1970. Et si elle quitte durant sa prime-enfance le Cameroun avec sa famille, qui tente l’aventure américaine après un premier pas en Éthiopie, elle y reviendra finalement à l’âge de 14 ans. Son père, Bernard, ancien secrétaire général adjoint de l’Assemblée nationale (1998-2002) vient de Nguti, petite ville située à 150 km de Douala.

Première femme directrice générale d’Ecobank Cameroun – elle a été nommée à ce poste en 2017 –, elle est depuis la fin novembre 2021 à la tête de la région de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) du groupe bancaire panafricain. La dirigeante, qui est aussi à l’origine de la Paragon Women Association of Ecobank (une association de femmes salariées du groupe qui vise à promouvoir l’indépendance financière et l’évolution de leur carrière, créée en 2010), a grandi dans un foyer très féminin – elle est la cadette de quatre sœurs. « Nous avons été éduquées exactement de la même manière que si nous avions été des garçons », décrit-elle toutefois pour expliquer les racines de son engagement et de ses « compétences naturelles », comme elle se plait à les appeler.

Spécialiste de la banque d’affaires

Ces « compétences », d’ailleurs, se sont développées au fur et à mesure de ce que d’aucuns qualifient de « trajectoire impeccable ». Après l’obtention de son bachelor en banque et finance à Buéa en 1998, la jeune diplômée entre en stage au sein de la filiale locale de la banque Standard Chartered. Elle en sortira trois ans plus tard, au cours desquels elle est cooptée pour intégrer le programme de formation interne (management trainee program).

Durant cette période, la désormais banquière se marie, à l’âge de 21 ans, et met deux enfants au monde – elle en aura trois au total. En 2001, elle décide de faire une « pause familiale » pour suivre son époux – lui aussi camerounais – appelé à travailler à Londres. Mais le statut de jeune mère au foyer ne devait pas suffisamment épuiser l’énergie qu’elle ressent alors en elle. « J’ai profité de cette expatriation pour suivre un MBA en finance à la London Metropolitan University », raconte-t-elle. « Quand on est une femme mariée, avec des enfants, c’est une décision très difficile, mais ce n’est pas impossible à réaliser. Il faut travailler intensément, rester concentrée et surtout être très organisée. » Abunaw ressort diplômée en 2003, et retourne dans la foulée en Afrique.

Son premier vrai poste se concrétise à Ecobank Cameroun, où elle signe pour un an en tant que responsable du service clients. Débauchée par Citibank en 2005, Gwendoline Abunaw y apprend les ficelles du corporate banking (service bancaire aux entreprises) durant plus de cinq années. À cette époque, le Cameroun compte moins de dix établissements bancaires, le potentiel de développement est substantiel, elle gravira rapidement les échelons jusqu’à devenir resident vice-president de la banque américaine.


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Des revenus en hausse

C’est durant cette période également que Gwendoline Abunaw fait ses marques dans le milieu des affaires à Douala. « C’est une femme engagée dans sa carrière, dotée d’un très bon sens du relationnel et réputée efficace sur le volet commercial », commente à son propos une notable camerounaise. D’autres louent son allant, sa courtoisie et son élégance. Des qualités qui associées à son expérience à Citibank Cameroun ont sans doute largement contribué à inciter les dirigeants d’Ecobank à démarcher leur ex-employée pour qu’elle revienne au sein du groupe. Un grand défi, puisque la Camerounaise a pour mission de monter localement l’activité corporate et investissement, dans le but de l’étendre à l’ensemble du réseau au niveau de la Cemac.

« Les mentalités ont commencé à évoluer sur la place bancaire de Douala et plusieurs banques ont choisi des femmes à des postes de direction »

Et l’affaire se concrétise : très rapidement, son équipe passe de cinq personnes à une dizaine de collaborateurs. Elle devient directrice des grandes entreprises de la zone Cemac en 2014, avant d’être nommée, un an plus tard, DG adjointe d’Ecobank Cameroun. « Les mentalités ont commencé à évoluer sur la place bancaire de Douala et plusieurs banques ont choisi des femmes à des postes de direction », raconte-t-elle. Et de citer en exemple le cas de sa compatriote Josiane Tchoungui, nommée adjointe au directeur général de BGFIBank Cameroun fin 2013 avant de prendre la direction générale d’Orabank Bénin en 2018.

C’est également le cas de la Sénégalaise Marème Mbaye Ndiaye, nommée DG d’Ecobank au Rwanda en 2015, avant d’être promue directrice de cabinet du DG d’Ecobank Transnational Incorporated (ETI), le holding bancaire basé à Lomé et piloté par le Nigérian Ade Ayeyemi. Débauchée par Société générale en 2018 pour diriger sa filiale au Cameroun, Marème Mbaye Ndiaye est depuis juillet 2021 à la tête du pôle Afrique centrale et de l’Est au sein du groupe français.

Gwendoline Abunaw, elle, prend finalement en 2017 les rênes de la branche camerounaise d’Ecobank. Sixième filiale du groupe, c’est la première contributrice de la région Cemac en chiffre d’affaires et la deuxième pourvoyeuse de revenus des 18 pays de la zone « Cesa » (Central, Eastern, and Southern Africa). Sous le mandat de sa nouvelle dirigeante, les revenus passent de 66 millions de dollars en 2016 à 74 millions de dollars en 2018, record enregistré depuis l’ouverture de la banque au Cameroun. De même, les bénéfices après impôts passent d’environ 20 millions en 2017 à 29,5 millions de dollars en 2019. Et malgré l’impact de la pandémie sur les économies et le secteur bancaire, Ecobank Cameroun réalise un résultat avant impôt de plus de 27 millions de dollars en 2021.

Membre du groupe des « jeunes » dirigeants qui montent

Des performances et un leadership qui satisfont les dirigeants d’Ecobank. « Malgré la crise du Covid-19, les indicateurs de la région que Gwendoline Abunaw commande sont bons. Et avant cet événement, la rentabilité de fonds propres (ROE) s’est améliorée passant de 30 % en 2017 à 45 % en 2019 », reconnaît Alain Nkontchou, le président du conseil d’administration d’ETI. Avant d’ajouter : « C’est aussi pour cela qu’elle fait partie d’un groupe de “jeunes” dirigeants qui montent dans la banque. »

« Ce ne sont pas les chiffres seuls qui génèrent l’adhésion, mais bien la capacité à fédérer autour d’une vision et d’un projet commun »

Pourtant, le parcours de la quadragénaire camerounaise ne s’est pas fait sans accros. Notamment, la banquière a dû faire face à pic de retrait d’argent sans précédent en quatre jours, à la suite d’une folle rumeur partie des réseaux sociaux en août 2017 et annonçant le départ d’Ecobank du pays. Mais que ce soit vis-à-vis des clients de la banque ou de ses salariés, Gwendoline Abunaw sait user des mêmes ressorts.

« Ce ne sont pas les chiffres seuls qui génèrent l’adhésion, mais bien la capacité à fédérer autour d’une vision et d’un projet commun », confie-t-elle au sujet de sa force de conviction. Là encore, ce trait de caractère puise sa source dans l’enfance. « Un héritage des séances de prise de parole en public à la maison », poursuit-elle se remémorant, dans un sourire, les nombreuses fois au cours desquelles, jeune fille, elle a dû préparer un argumentaire solide pour obtenir de son père une autorisation de sortie. Il n’est pas difficile d’y trouver les fondements de son charisme.