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Idriss Déby Itno, au palais présidentiel de N’Djamena. © Vincent Fournier/JA

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Décès d’Idriss Déby Itno : le Tchad sous le choc

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Tchad : Mahamat Idriss Déby Itno face aux siens

Au pouvoir depuis dix mois, le président de la transition qui a a succédé à son père doit faire face à des envies d’indépendance qui s’expriment jusqu’au sein de sa propre famille.

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Par - à N'Djaména
Mis à jour le 5 avril 2022 à 16:15

Le président de transition tchadien Mahamat Idriss Deby Itno au palais de l’Élysée, à Paris, le 12 novembre 2021. © LUDOVIC MARIN/AFP

« Il y a un malaise perceptible au sein de la famille. » L’analyse est celle d’un fin connaisseur de la politique tchadienne et s’appuie sur deux évènements qui n’ont, à première vue, pas grand chose à voir l’un avec l’autre.

Il y a d’abord eu, le 12 février dernier, la création d’un nouveau parti politique, baptisé « Les Patriotes ». Si cela n’est pas anodin, c’est parce que le leader de cette formation n’est autre que Nassour Ibrahim Koursami, beau-fils de Daoussa Déby, frère aîné du défunt président Idriss Déby Itno, et qui entretient en outre des liens de parenté avec les Itno.

Quelques jours plus tard, c’est la diffusion d’un audio qui a défrayé la chronique dans les salons cossus de la capitale tchadienne. On y entend le chef rebelle Timan Erdimi discuter avec un ancien conseiller du président centrafricain, Faustin-Archange Touadéra.

Le premier commente avec le second la possibilité de bouter hors du palais Mahamat Idriss Déby Itno et « ses Français » avec l’aide de Wagner, la société paramilitaire russe très implantée dans les cercles du pouvoir à Bangui. Timan Erdimi, qui était déjà en guerre ouverte contre Idriss Déby Itno, est un cousin de l’actuel président.

Le gouvernement de transition a estimé que Timan Erdimi s’excluait de lui-même du pré-dialogue qui doit avoir lieu dans quelques jours à Doha

La réaction de N’Djaména n’a pas tardé. Par la voix de son ministre de la Communication et porte-parole, Abdéramane Koullamalah, le gouvernement de transition a estimé que Timan Erdimi s’excluait de lui-même du pré-dialogue qui doit avoir lieu dans quelques jours à Doha. Pré-dialogue qui doit notamment permettre de préparer la participation des mouvements rebelles tchadiens au dialogue national inclusif que N’Djaména compte organiser au mois de mai.

Parer les coups

En arrivant au pouvoir, Mahamat Idriss Déby Itno savait bien que, comme son père avant lui, il devrait parer les coups, y compris de son propre camp. Plusieurs membres de sa famille se sont en effet laissés tenter par l’aventure politique. Selon nos informations, deux frères du président de la transition, Zakaria Déby Itno et Seid Idriss Déby, ne seraient pas étrangers à la création de l’Union des démocrates pour le développement (UDD), fin 2021.

La mort d’Idriss Déby Itno a libéré l’expression des ambitions de ceux qui n’osaient pas affronter le maréchal

Avant eux, d’autres membres de la famille avaient déjà pris leur liberté, dont l’ancien ministre Abdelkérim Siddick Haggar (Union pour la refondation du Tchad) et Yaya Dillo Betchi (Parti socialiste sans frontière). L’annonce de la candidature de ce dernier à la présidentielle d’avril 2021 face à Idriss Déby Itno avait provoqué des remous au sein de l’entourage du président tchadien. En février 2021, son domicile avait d’ailleurs été attaqué par la garde républicaine, séquence dans laquelle sa mère avait perdu la vie.

Pour de nombreux analystes, la mort d’Idriss Déby Itno, en avril dernier, a libéré l’expression des ambitions de ceux qui, jusque-là, n’osaient pas affronter le maréchal.  Pour d’autres, c’est la légitimité du président de la transition qui pose problème. Ceux-là soulignent qu’il n’est pas 100 % zaghawa et que sa conduite des affaires a considérablement réduit l’influence de sa communauté. Une situation que beaucoup sont prêts à combattre soit par les armes donc, comme Timane Erdimi, soit en s’engageant en politique.