Politique

Bénin : Patrice Talon – Lionel Zinsou, les dessous d’un rapprochement

L’ancien Premier ministre est arrivé le 18 février à Cotonou à bord de l’avion présidentiel et à l’invitation du chef de l’État. Il n’était plus rentré dans son pays depuis 2019. Voici comment ce retour s’est négocié.

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Mis à jour le 19 février 2022 à 19:39

Patrice Talon, le président béninois, et Lionel Zinsou, l’ancien Premier ministre. © Photomontage : JA/ Photo : présidence Bénin ; Denis ALLARD/REA

Selon nos informations, Patrice Talon a personnellement téléphoné à Lionel Zinsou pour lui proposer de le rencontrer en marge du sommet Union européenne – Union africaine, qui s’est tenu les 17 et 18 février à Bruxelles.

Le 17, l’ancien Premier ministre de Thomas Boni Yayi, qui était alors à Paris – où il vit depuis ses démêlés judiciaires dans son pays -, a donc fait le déplacement jusque dans la capitale européenne. La rencontre entre les deux hommes s’est tenue à l’hôtel Amigo, où Patrice Talon et sa délégation étaient descendus le temps du sommet.

Une mission pour Marie-Cécile Zinsou

Au terme de l’entretien, le chef de l’État a proposé à Lionel Zinsou de repartir avec lui à Cotonou, ce que ce dernier a accepté. Il l’a par ailleurs convié au vernissage de l’exposition des 26 oeuvres des Trésors royaux d’Abomey (restitués par la France au Bénin le 10 novembre dernier), qui aura lieu le 19 février dans les locaux de la présidence béninoise. Elle a été dévoilée la veille en avant-première à des journalistes et acteurs du monde de l’art, triés sur le volet.

L’ancien Premier ministre est également invité au dîner officiel qui se tiendra au palais de la Marina à l’issue du vernissage. Marie-Cécile Zinsou, sa fille, sera également présente. Nommée par Emmanuel Macron à la présidence de la Villa Médicis en octobre dernier, la présidente de la Fondation Zinsou a été en pointe sur le combat mené par le Bénin pour obtenir de la France les œuvres restituées lors de la conquête coloniale. Elle a notamment participé à un intense travail de lobbying auprès des autorités françaises pour que la promesse faite en novembre 2017 par Emmanuel Macron lors de son discours de Ouagadougou soit concrétisée.

Selon nos informations, Patrice Talon a l’intention de confier à la collectionneuse une mission officielle dans le domaine culturel, dont les contours restent encore à préciser.

Gestes d’apaisement

Le président béninois a également convié à ce vernissage l’ancien président Nicéphore Soglo. Les relations entre les deux hommes ont pourtant été plus que tendues ces dernières années. Près de six mois après avoir reçu son prédécesseur Thomas Boni Yayi, Patrice Talon semble donc bien décidé à multiplier les gestes d’apaisement à destination de ses opposants les plus farouches.

Au lendemain des attaques terroristes dans le parc du W, qui ont fait neuf morts parmi les rangers de l’ONG African Parks – dont un Français – et les soldats béninois, Thomas Boni Yayi et Nicéphore Soglo ont tout deux appelé à l’unité du pays et, face à la montée du risque jihadiste, à dépasser les querelles partisanes.

Cofondateur et associé de l’ex-patron de la Banque africaine de développement (BAD) Donald Kaberuka au sein de la banque d’investissement Southbridge, Lionel Zinsou s’est éloigné depuis plusieurs mois de la scène politique béninoise. Et, sans pour autant apporter un soutien public à Patrice Talon, il a également pris ses distances avec son ancien mentor Thomas Boni Yayi. En janvier 2021, dans un entretien accordé à Jeune Afrique, il n’hésitait d’ailleurs pas à saluer les succès du gouvernement béninois en matière budgétaire, au lendemain de l’émission réussie d’un Eurobond conduit par le ministre des Finances Romuald Wadagni.

Avenir judiciaire

Reste une inconnue : sa situation judiciaire. Car si le président béninois semble bien décidé à enterrer la hache de guerre avec l’ancien Premier ministre, ce dernier est toujours sous le coup d’une condamnation pour « dépassement de frais de campagne ». Condamné (par contumace) en première instance à six mois de prison avec sursis et cinq ans d’inéligibilité, Lionel Zinsou avait cependant vu sa peine réduite par la Cour d’appel de Cotonou, qui l’a condamné en février 2020 à quatre ans d’inéligibilité et à cinq millions de francs CFA d’amende (7 600 euros), mais n’a pas prononcé de peine de prison. Selon un proche de Patrice Talon, cette question devrait être tranchée très rapidement en faveur de l’ancien Premier ministre.