Politique économique
Série Villes et climat. © LEGNAN KOULA/EPA/MAXPPP

Cet article est issu du dossier

Comment les villes africaines font face au risque climatique

Voir tout le sommaire
Politique

Sécheresse au Maroc : l’exécutif ouvre les vannes

Le gouvernement a dévoilé sa stratégie pour sauver la saison agricole. Focus sur ces mesures d’urgence et sur les projets en cours pour optimiser la gestion hydrique du royaume.

Réservé aux abonnés
Mis à jour le 16 mars 2022 à 10:40

Aziz Akhannouch © DR

Après la réception d’Aziz Akhannouch par le roi Mohammed VI, le 16 février, un plan d’urgence pour contrer les conséquences du déficit pluviométrique a été présenté le 18 février à Rabat. Lors de cette réunion présidée par le Chef du gouvernement Aziz Akhannouch, il a été annoncé que 10 milliards de dirhams (environ 1 milliard d’euros), allaient être investis pour contrer les effets dévastateurs de la sécheresse sur les récoltes agricoles.

Selon le communiqué officiel, ce programme spécial s’articule autour de trois axes : « la protection du capital animal et végétal et la gestion de la rareté des eaux ; l’assurance agricole ; l’allègement des charges financières des agriculteurs et des professionnels ». Le Fonds Hassan II pour le développement économique et social, contribuera à ce programme d’action, à hauteur de 3 milliards de dirhams (281 millions d’euros).

Sur les 10 milliards de dirhams, six seront consacrés au financement et à la restructuration de la dette des agriculteurs. Trois milliards serviront à soutenir l’élevage, pour « atténuer l’impact de la hausse des prix des aliments du bétail et de la régression des disponibilités en fourrage ».

Ainsi, 7 millions de quintaux d’orge subventionnés et 400 000 tonnes d’aliments composés seront distribués aux éleveurs de vaches laitières. Dans cette enveloppe budgétaire, 300 millions de dirhams (25 millions d’euros) seront également consacrés à la vaccination et aux traitements vétérinaires.

Filet de sauvetage

Également présent à la réunion, Mahmoud Oudrhiri, à la tête de la Mutuelle agricole marocaine d’assurances (MAMDA), a confirmé l’accélération « du rythme de l’expertise », ainsi que du « rythme des indemnités » et ce, à partir du 21 février avec une « priorisation des zones touchées ».

Une mesure majeure de l’axe « assurance agricole », évoqué dans le programme d’urgence avec un budget d’1 milliard de dirhams (93 millions d’euros). Une assurance multirisque climatique permet également l’indemnisation des agriculteurs contre divers risques agricoles incluant la sécheresse et son impact mortifère sur les cultures automnales. Elle est régie depuis 2011 par la convention conclue entre les ministères de l’Agriculture et des Finances et la MAMDA.

Un projet du ministère de l’Eau prévoit d’ici à 2027 le déblocage de 27 milliards de dirhams (2,5 milliards d’euros) pour améliorer l’irrigation dans les zones rurales

Le programme dévoilé par le gouvernement aborde également deux points importants : « la réhabilitation des périmètres de petite et moyenne hydraulique pour l’entretien des équipements », et « la création d’opportunités d’emploi », à travers divers projets de développement infrastructurel, comme la mise à niveau de canalisations, l’aménagement et l’équipement de points d’eau, l’acquisition de citernes et de camions citernes et l’installation de systèmes d’irrigation, pour un budget total de 600 millions de dirhams (56 millions d’euros).

Lors d’un webinaire organisé par la Chambre de Commerce britannique au Maroc le 18 février, le chef de la division des ressources en Eau de la Direction générale de l’eau, Driss Hasnaoui a défendu la stratégie menée par le gouvernement au long terme et évoqué les projets en cours d’étude pour optimiser la gestion hydrique.

Les nouveaux objectifs de la stratégie hydrique

Alors que plusieurs spécialistes remettent en question la politique des barrages, le professeur Hasnaoui, se félicite de cette stratégie de Grande Hydraulique, qui a « porté ses fruits pendant les périodes de grande sécheresse par le passé. Le seul point faible de la gestion hydrique actuelle, insiste-t-il, « c’est l’accès inégal à l’eau potable, par le manque de moyens matériels et à cause des grandes disparités en termes d’infrastructure, notamment dans le monde rural ».

Le chef de la Direction générale de l’eau a néanmoins confirmé l’importance de prioriser les projets d’irrigation. De fait, un gigantesque projet d’investissement de 60 milliards de dirhams (5,6 milliards d’euros) serait en cours d’étude. Un autre projet du ministère de l’Eau prévoit également le déblocage d’ici à 2027 de 2,34 milliards de dirhams (219 millions d’euros) pour le traitement des eaux usées et de 27 milliards de dirhams (2,5 milliards d’euros) pour améliorer l’irrigation dans les zones rurales.

Un autre « programme urgent », le dessalement des eaux de mer

La division des ressources en Eau étudie aussi le transfert d’eau du nord au sud du pays. À ce propos, le professeur Hasnaoui évoque deux schémas potentiels : un premier transfert allant du fleuve Moulouya et un deuxième qui devrait amener l’eau depuis le fleuve Sebbou jusqu’à la région de Marrakech.

Par ailleurs, Driss Hasnaoui, évoque un autre « programme urgent », qui concerne le dessalement des eaux de mer : une option vivement recommandée par les spécialistes, que le Maroc peine à imposer. Ce projet devrait être annoncé d’ici à la fin du mois, pour la zone du Grand Casablanca, faisant bénéficier le Maroc d’1 milliard de m3 d’eau en plus par an. Selon les calculs des autorités, l’amélioration des systèmes d’irrigation permettrait de dégager 2 milliards de m3 d’eau par an supplémentaires.