Société

Cameroun : Yannick Noah et l’affaire de la vraie-fausse raquette

Début février, la justice française a examiné un litige opposant l’ancien tennisman à un fan qui l’accuse de lui avoir vendu une banale raquette en la faisant passer pour une de celles utilisées lors de sa finale victorieuse à Roland-Garros en 1983. Des faits que Yannick Noah conteste. 

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Par - à Yaoundé
Mis à jour le 20 février 2022 à 10:43

Yannick Noah à la finale de Roland-Garros en 1983. YANNICK NOAH © BARTHELEMY JEAN-GABRI/SIPA

Il n’était pas présent sur place. C’est depuis sa résidence, située dans le quartier d’Étoudi à Yaoundé, que Yannick Noah a reçu de son avocat, Me William Bourdon, le compte-rendu de l’audience qui s’est déroulée le 1er février dernier, au tribunal de Versailles, en région parisienne. Au cœur de l’affaire : un passionné de tennis qui accuse l’ancienne star du tennis mondial de lui avoir cédé, lors d’une vente aux enchères organisée en 1986, une raquette supposée avoir été utilisée lors de la finale de Roland-Garros en 1983, face au Suédois Mats Wilander, alors qu’il n’en était rien.

Expertisée à Drouot

L’affaire en elle-même apparaît des années plus tard. Le plaignant, détenteur de la fameuse raquette, décide de s’en séparer en 2017 et, pour cela, fait expertiser l’article qu’il a acheté près de 3 000 euros. Las, le spécialiste de l’hôtel des ventes de Drouot lui affirme alors que cette raquette n’a jamais été utilisée par Yannick Noah lors des Internationaux de France, et donc qu’elle ne vaut pas les 8 000 euros qu’il espère en obtenir. Après plusieurs tentatives infructueuses de conciliation, l’acquéreur décide de porte plainte.

Yannick Noah, qui n’avait jusque-là pas pris la parole, a finalement choisi de répondre aux accusations portées contre lui. À Jeune Afrique, il dit vouloir d’abord expliquer le contexte de cette affaire, et repart donc au milieu des années 1980. Le visage mangé par une fine barbe blanche, chapeau vissé sur la tête, Noah évoque ses premiers pas dans le monde associatif, juste après sa victoire en finale de Roland-Garros. « Ma mère [Marie-Claire Perrier], qui s’occupait de mes courriers et autres, me remet un jour une photo et me dit : “Si jamais tu signes cette carte, cette association construira huit puits dans le nord du Cameroun” », raconte-t-il.

« Je l’ai fait sans hésitation et, six ou sept mois plus tard, j’ai reçu un autre courrier contenant une nouvelle carte. Cette fois, c’était des enfants dans un endroit désertique, autour d’un puit, tenant une pancarte où il était écrit : “Merci Yannick”. C’est à ce moment-là que nous avons compris que nous pouvions mettre la notoriété que j’avais à l’époque au service des autres », ajoute-t-il.

C’était une opération pour les enfants. On vendait des maillots de foot, le casque d’Alain Prost… Ma mère m’a demandé de lui donner une raquette

Après cet épisode, la résidence acquise par le joueur dans l’Essonne, en région parisienne, devient le quartier général des activités sociales du clan Noah. En 1988, la mère et le fils lancent l’association « Les Enfants de la Terre » pour venir en aide aux jeunes en difficulté. Au même moment, Marie-Claire Perrier devient l’une des présidentes de Care France.

Certificat signé

C’est avec cette dernière association que Yannick Noah se retrouve mêlé à la vente aux enchères à l’origine de la tempête médiatico-judiciaire actuelle. Au printemps 1986, Care France organise une collecte de fonds sur la chaîne de télévision française TF1 et sollicite Yannick Noah pour qu’il mette quelques objets à sa disposition. « C’était une opération pour les enfants qui devait être diffusée à la télévision. On vendait des maillots de foot, le casque d’Alain Prost… Ma mère m’a demandé de lui donner une raquette. Naturellement, je lui ai demandé d’en prendre une dans mes affaires. » Parmi les objets vendus ce jour-là, une raquette griffée Le Coq Sportif, accompagnée d’un certificat signé de la main du joueur.

Aujourd’hui, les héritiers du plaignant, entretemps décédé, réclament un dédommagement de plus de 30 000 euros. Me Bourdon dénonce, lui, une action « mercantile et opportuniste » et une affaire aujourd’hui « prescrite ». « Aucune preuve n’est rapportée que la raquette présentée est celle qui a été achetée en 1986 », a-t-il ajouté devant la cour. Même son de cloche du côté de Yannick Noah, qui assure avoir tenté un arrangement à l’amiable en proposant de remplacer la raquette contestée par une autre également utilisée lors du même match. « Il m’en reste deux. J’ai proposé de leur en donner une, mais ils n’en veulent pas. Les principaux protagonistes sont tous décédés : ma mère, le monsieur… Aujourd’hui, ses petits-enfants veulent de l’argent. » Le jugement sera rendu le 2 avril prochain.