Économie

Afrique-France : le patron de l’AFD, Rémy Rioux, candidat à sa propre succession  

Nommé en 2016, reconduit en 2019, le directeur général de l’Agence française de développement espère solliciter en juin un troisième mandat. Bien que son avenir reste lié à la réélection d’Emmanuel Macron, il est déjà en pré-campagne.

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Mis à jour le 18 février 2022 à 15:32

Rémy Rioux, le 2 décembre 2021. © Victor Joly/DPPI/SIPA

Le chemin avant sa possible réélection est encore long. Officiellement, Rémy Rioux temporise. Mais à 52 ans, l’ex-directeur de cabinet de Pierre Moscovici à Bercy et ancien secrétaire général adjoint du quai d’Orsay se sent plus que jamais à sa place à la tête de l’Agence française de développement (AFD).

Nommé par François Hollande en remplacement d’Anne Paugam en 2016, l’énarque s’est vite adapté à la présidence d’Emmanuel Macron et a appris à travailler en étroite collaboration avec son conseiller Afrique, Franck Paris. Après l’avoir reconduit une première fois en 2019, le chef de l’État français serait d’ailleurs favorable à ce qu’il poursuive son travail trois années supplémentaires.

La confiance de Macron

Les deux hommes entretiennent un rapport de confiance et ont développé au fil des années un lien direct et personnel. Rémy Rioux fait ainsi partie des personnalités très impliquées dans le projet de renouvellement de la relation entre l’Europe et l’Afrique, porté par le président français à l’occasion du sommet UE-UA qui se tient actuellement à Bruxelles. Un processus qui a débuté selon lui en 2017, lors du discours prononcé par Emmanuel Macron face aux étudiants de Ouagadougou.

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Un troisième mandat ne serait pas une première dans l’histoire récente : Jean-Michel Severino a occupé le poste de 2001 à 2010, avant d’être remplacé par Dov Zhera. Il n’existe pas par ailleurs de limitation des mandats dans les statuts de l’AFD. Le sort de Rémy Rioux reste néanmoins lié aux résultats des élections présidentielle et législatives en avril et en mai prochain, puisque le processus de renouvellement de la direction générale de l’AFD ne sera lancé qu’en juin, et à l’éventuelle entrée en lice d’autres candidats.

La personnalité finalement choisie par le chef de l’État devra par ailleurs obtenir le feu vert des commissions des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale et du Sénat. La nomination est invalidée lorsque l’addition des votes négatifs représente au moins trois cinquièmes des suffrages exprimés.

Campagne officieuse

S’il n’est pas officiellement en campagne, Rémy Rioux a déjà pu, au cours des derniers mois, mettre en avant son bilan à la tête de l’AFD, qui inclut depuis le 1er janvier, en plus de Proparco, les services de l’agence Expertise France. Sous sa direction, les financements de son groupe sont passés de 8,3 milliards d’euros en 2015 à plus de 12 milliards en 2021.

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Lors du sommet Afrique-France de Montpellier, en octobre, celui qui se décrivait en 2012 comme un haut fonctionnaire de gauche avait fait sienne la volonté présidentielle visant à se tourner davantage vers la société civile africaine et à financer ses projets. À Rome, quelques jours plus tard, lors du sommet La Finance en commun, il avait rappelé le rôle de catalyseur que doivent jouer les banques publiques de développement, lui qui depuis 2017 préside le club mondial qui les réunit.

Le 16 février, à l’occasion de l’événement organisé par l’AFD en présence de Macky Sall, c’est cette fois le chef de l’État français qui a repris à son compte les axes stratégiques développés par l’Agence pour livrer sa vision de la nouvelle alliance UE-UA : utiliser les financements publics pour attirer des fonds privés quand ceux-ci estiment les risques trop importants, élargir les bénéficiaires au-delà des États, des « champions » africains et des grands projets en proposant  financements et assistances techniques aux plus petites entreprises et aux start-up africaines.

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La campagne officieuse de Rémy Rioux se prolongera mi-mars à l’occasion de la publication, avec l’intellectuel camerounais Achille Mbembe (et l’ancienne collaboratrice de Jeune Afrique, Séverine Kodjo-Grandvaux) du livre d’entretiens Pour un monde en commun, Regards croisés entre l’Afrique et l’Europe aux éditions Actes Sud. En 2019, juste après sa réélection, le directeur général de l’AFD avait déjà signé un ouvrage personnel sur ce thème intitulé Réconciliations.

Il n’en fait pas mystère, ce soutien d’Alassane Ouattara dans les cercles de pouvoir français, également proche de Macky Sall et du président de la Banque africaine de développement (BAD) Akinwumi Adesina, espère poursuivre sa mission au service de la politique africaine d’Emmanuel Macron. À l’AFD, à moins que le président français, s’il est réélu, ne lui propose d’autres responsabilités…