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Balladur, tête de Turc

| Par Jeune Afrique

Thierry Ardisson, sans doute l’animateur de la télévision française le plus innovant – et le plus controversé – depuis vingt ans, publie chez Flammarion avec le journaliste Philippe Kieffer des Confessions d’un baby-boomer dans lesquelles le monde des méd

Un jour, Balladur vient dans Tout le monde en parle, et je lui dis : « Écoutez, y a un truc qui est marrant, Édouard, donc, y a une semaine que je travaille avec vos équipes pour préparer cette émission et tout le monde me met en garde : « Surtout, lui dites pas qu’il est turc. » Alors moi, ce soir, je vous demande pourquoi vous ne voulez pas qu’on dise que vous êtes turc ? » Putain ! Tête de Balladur, qui fait bien comme aux Guignols : « Houuhumooum… Je ne suis pas turc, je suis ottoman. Oui, oui, c’est ça, ottoman. Huummuhhh… » Je dis : « Écoutez, bon d’accord, vous êtes ottoman… c’est pareil, mais je ne comprends pas pourquoi vous refusez qu’on vous rappelle vos origines turques, parce que, pour votre image, un côté travailleur immigré, ça ne serait pas mauvais. » Éclat de rire général.

Le lendemain matin, coup de téléphone, j’étais au montage : « Monsieur Balladur veut vous parler. » Je le prends : « Monsieur Ardisson ? » Je confirme : « Oui, oui, c’est moi. » Et il me demande : « Écoutez, je crois que vous devriez supprimer dans votre émission le passage où vous dites que je suis turc. » Je lui dis : « Enfin, mais attendez, arrêtez-vous, être turc, où il est le problème ? Il y a des Turcs formidables, vous savez, il y a des Turcs moins formidables aussi, sûrement, comme dans tous les pays, mais « turc », c’est pas une insulte, quoi, arrêtez-vous, là. » Rien à faire, et Balladur me sort : « Mais ce n’est pas vrai, je ne suis pas turc. D’ailleurs, si vous voulez venir à mon bureau, je vous montrerai des papiers, Monsieur Ardisson, prouvant que je ne suis pas turc. » Là, il m’a énervé. Je lui fais : « Écoutez, on n’est pas sous Xavier Vallat, je vais pas vous demander vos origines. Vous savez, tout va bien, moi je m’en fous, vous êtes turc, pas turc… » Mais lui : « Franchement, Monsieur Ardisson, ça suffit. Je vous demande de couper cette phrase, c’est tout… »
Il m’a mis en rogne. Je lui dis : « Écoutez… Si on m’oblige à couper quoi que ce soit, je vais appeler Le Canard enchaîné pour dire que j’ai été contraint de couper. Alors, qu’est-ce que vous préférez ? C’est à vous de choisir. » On se raccroche au nez. Bon, j’ai plus eu de nouvelles de Balladur, mais je me suis dit : « Si t’avais été sur TF1, le Balladur, au lieu d’appeler Ardisson au montage, il aurait appelé Martin Bouygues : « Vous savez, le stade, là, que vous êtes en train de faire dans le 15e… » Martin Bouygues, il est forcément sensible à ce genre d’argument. Son business dépend aussi des commandes de l’État. La suite ? C’est Martin Bouygues qui appelle Le Lay qui appelle Mougeotte qui appelle Ardisson, et qui lui demande de couper. Voilà pourquoi je suis toujours sur France 2. Et ce n’est pas faute de propositions ailleurs, crois-moi. »

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