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Un soldat français, pendant l’opération Barkhane, à Gao, le 1er août 2019. © Benoit Tessier/REUTERS

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France-Mali : Paris et Bamako à l’heure de la rupture

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Mali : Macron officialise le retrait des troupes françaises

Le président français a annoncé ce jeudi que les militaires et leurs partenaires européens allaient quitter le pays dirigé par Assimi Goïta. Sans toutefois se désengager totalement de la région du Sahel.

Mis à jour le 17 février 2022 à 14:01

Des véhicules blindés de l’opération Barkhane patrouillent dans les rues de Tombouctou, le 14 décembre 2021. © FLORENT VERGNES/AFP

L’affaire était entendue. À mesure que les relations se sont dégradées entre Paris et Bamako ces dernières semaines, jusqu’à atteindre un point de quasi-rupture, la présence militaire française au Mali ne semblait plus possible.

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C’était devenu un secret de polichinelle : le retrait de la force Barkhane a été officialisé ce jeudi 17 février par un communiqué conjoint de la France et de ses partenaires ouest-africains, européens et internationaux engagés au Mali. La veille, Emmanuel Macron avait convié plusieurs d’entre eux à dîner à l’Élysée. Objectif : accorder leurs violons sur le retrait de leurs forces, et peaufiner aussi leur future stratégie anti-terroriste au Sahel et en Afrique de l’Ouest.

Pas « d’échec », selon Macron

« En raison des multiples obstructions des autorités de transition maliennes, le Canada et les États européens opérant aux côtés de l’opération Barkhane et au sein de la task force Takuba estiment que les conditions politiques, opérationnelles et juridiques ne sont plus réunies pour poursuivre efficacement leur engagement militaire actuel dans la lutte contre le terrorisme au Mali et ont donc décidé d’entamer le retrait coordonné du territoire malien de leurs moyens militaires respectifs dédiés à ces opérations », indique le communiqué.

Quelques minutes après la publication de cette déclaration conjointe actant le retrait des militaires français du Mali, Emmanuel Macron, Macky Sall (le président en exercice de l’Union africaine), Nana Akufo Addo (le président en exercice de la Cedeao) et Charles Michel (le président du Conseil européen) tenaient une conférence de presse à l’Élysée pour expliquer cette décision.

Nous ne pouvons pas rester engagés au côté d’autorités dont nous ne partageons ni la stratégie ni les objectifs cachés

Le président français a d’abord tenu à rappeler que si la France était intervenue au Mali en 2013, lors de l’opération Serval, c’était en réponse à « la demande de son État souverain ». « Que se serait-il passé si la France ne l’avait pas fait ? », a-t-il interrogé. Macron a aussi refusé de qualifier « d’échec » les neuf années d’engagement militaire de la France au Mali et au Sahel, préférant lister les différents chefs jihadistes « neutralisés » par ses troupes.

Critique de la junte

Le chef de l’État français a surtout largement remis la responsabilité de ce retrait sur les épaules de la junte au pouvoir à Bamako, dont il a, une fois de plus, fustigé l’attitude. « Nous ne pouvons pas rester engagés militairement au côté d’autorités dont nous ne partageons ni la stratégie ni les objectifs cachés (…) Le choix que nous faisons est avant tout lié au fait que la transition malienne a décidé de ne pas faire le travail de sécurisation de son propre pays et qu’elle a préféré embaucher des mercenaires pour protéger ses propres intérêts plutôt que de lutter contre le terrorisme », a pointé Macron, dénonçant ouvertement l’arrivée au Mali des combattants de la société privée russe Wagner.

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De son côté, Macky Sall a déclaré « comprendre » la décision française et européenne de ne pas poursuivre les opérations militaires sur le théâtre malien en raison de la « situation nouvelle dans le pays ». « Nous en prenons acte mais nous voulons surtout rappeler que la lutte contre le terrorisme doit être globale et menée avec nos partenaires européens, avec lesquels nous souhaitons ardemment poursuivre nos efforts », a indiqué le président sénégalais.

Volonté de redéploiement

Pas question, en effet, de se retirer totalement de la région. Comme l’indique la déclaration conjointe, il a été convenu « de poursuivre [une] action conjointe contre le terrorisme dans la région du Sahel, notamment au Niger et dans le golfe de Guinée ». Des « consultations politiques et militaires » entre les différents partenaires doivent désormais avoir lieu d’ici au mois de juin pour en arrêter les grandes lignes.

D’ores et déjà, Emmanuel Macron a indiqué qu’une partie des troupes françaises et européennes seraient redéployées au Niger, notamment près de la frontière avec le Mali. Volonté aussi a été affichée d’appuyer et d’impliquer davantage les pays du golfe de Guinée dans ce nouveau schéma, en particulier ceux qui sont membres de l’Initiative d’Accra (Ghana, Côte d’Ivoire, Bénin, Togo, Burkina Faso) et qui sont de plus en plus exposés à la menace jihadiste.

Il faudra compter quatre à six mois pour organiser les départs et fermer les bases de Gossi, Ménaka et surtout Gao

Plus question, non plus, de remettre en place un dispositif lourd de plusieurs milliers de soldats dans d’importantes bases fixes comme c’était le cas au Mali. Comme annoncée dès juin 2021, l’idée est de « réduire l’empreinte » et de « faire évoluer Barkhane vers le modèle Takuba ». En clair, « européaniser » les forces et les alléger, pour les rendre plus mobiles, plus réactives, avec pour objectif d’accompagner et de soutenir les forces armées nationales au combat.

Quid du départ des 2 500 soldats français toujours présents au Mali ? Selon le président français, il faudra compter quatre à six mois pour organiser leur départ et fermer les bases de Gossi, Ménaka et surtout Gao, plateforme logistique du contingent français. Emmanuel Macron a assuré que ces opérations seront effectuées « de manière ordonnée avec les forces armées maliennes et avec la Minusma », laquelle continuera à bénéficier des missions de soutien des militaires français jusqu’à leur départ.