Archives

La double vie de Coumba Gawlo Seck

| Écrit par Cheikh Yérim Seck

Déjà récompensée par plusieurs distinctions artistiques, la chanteuse sénégalaise s’est vu décerner un nouveau titre : ambassadrice du Pnud.

« L’amélioration de la condition de l’enfance, la protection des femmes et l’assistance aux personnes âgées ne sont pas des thèmes nouveaux pour moi. J’oeuvre pour atteindre ces objectifs depuis 1995, lorsque j’ai créé l’association Lumière pour l’enfance-Awag. » Coumba Gawlo Seck tient à faire savoir que sa nomination comme ambassadrice de bonne volonté du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) ne doit rien au hasard. Élevée le 9 août dernier à un titre qu’elle partage avec les stars du football Zinedine Zidane et Ronaldo, la chanteuse sénégalaise n’a pas tardé à assumer ses nouvelles fonctions.
Dès le 16 août, elle visite de nombreuses associations féminines au Sénégal : le Groupement d’intérêt économique des couturières de Pikine ; la Mutuelle d’épargne et de crédit Suqali Jigeenu Ndar à Saint-Louis ; la Mutuelle Adena de commercialisation du bétail de Namarel, à Podor…
Née il y a trente-trois ans à Thiès, au sein d’une famille de griots, la jeune femme définit ainsi sa mission d’ambassadrice : « Je dois utiliser mon image et ma notoriété pour contribuer à la mise en oeuvre des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Il s’agit de défendre la cause des personnes vulnérables : les enfants, les femmes et les personnes âgées. »
Après avoir consacré sa vie à la musique – elle chante depuis qu’elle est enfant -, Coumba Gawlo a décidé d’élargir ses horizons et son champ d’action : elle ne cesse de véhiculer des idées féministes, de clamer des slogans militants, d’afficher son engagement en faveur de l’enfance…
Depuis 2003, elle s’implique dans une opération originale intitulée « Sabar Développement Villes et Loisirs ». Le programme consiste à faire le tour du Sénégal, et à ériger dans chaque localité visitée, pendant vingt-quatre heures, une sorte de village de vacances. Les activités démarrent dès 9 heures sur le bayaal, la place publique, qui, dans l’Afrique traditionnelle, abritait l’arbre à palabres, où se tenaient les discussions et événements importants dans la vie d’une collectivité. Des experts reçoivent la population sous des tentes, discutent avec elle, lui distribuent prospectus et plaquettes, la sensibilisent sur des questions telles que le sida, l’éducation, la santé, le civisme, l’entreprenariat féminin ou la protection de l’environnement.
Joignant le geste à la parole, la chanteuse participe en personne à cette journée, avec les autorités locales (maires, présidents de conseils ruraux…), les associations sportives et culturelles (ASC), et les « clubs gawlo » (les fans clubs de l’artiste). Ils effectuent des travaux d’intérêt général (assainissement, désensablement, reboisement…). « Ces activités, auxquelles nous associons les autorités religieuses et coutumières, sont une façon d’indiquer aux Sénégalais qu’ils doivent d’abord compter sur eux-mêmes et ne pas tout attendre de l’État », explique la nouvelle ambassadrice du Pnud. En guise de point d’orgue, un concert de clôture gratuit. Coumba Gawlo fait danser jeunes et vieux au rythme d’un mbalax endiablé.
Avec déjà vingt ans de carrière à son actif, elle se singularise dans le monde musical sénégalais. Les textes de ses chansons, indifférents à cette fausse pudeur africaine, font dans le registre du sexe cru, à la limite de la provocation. Le tube « Bine Bine », de l’album Amine (sorti en 1997), a donné son nom à cette ceinture de perles que les femmes enfilent autour de la taille pour « motiver » leur partenaire. Le morceau « Ma Yeur Li Nga Yor » (littéralement « fais voir ce que tu as », en wolof), de l’opus du même nom, mis sur le marché en 2002, a poussé certains commentateurs à parler de « pornombalax ».
« Il n’y a rien de pornographique, ni dans les paroles de la chanson, ni dans le clip qui l’accompagne, se défend l’artiste. Ma Yeur Li Nga Yor est une expression imagée qui peut renvoyer à ce que l’individu a dans la tête, sur le coeur, entre les mains… De toute manière, l’art est fait pour être commenté. C’est encore heureux que mes chansons suscitent des réactions au niveau de la presse et chez les mélomanes. »
Élevée dans un environnement de musiciens, Coumba Gawlo est née de l’union d’un père compositeur et d’une mère chanteuse de récitals. Dès l’âge de 7 ans, elle commence à entonner des chansons, imitant sa maman, l’une des voix de l’ensemble traditionnel Daniel Sorano. Elle n’a que 14 ans lorsqu’elle remporte, en 1986, le trophée « Voix d’or » avec la chanson « Soweto », composée par son père en hommage aux victimes de l’apartheid. Quatre ans plus tard, son premier album, Seytané, fait danser les Sénégalais au rythme d’un mbalax fou, à base de sabar, de tama (« petit tam-tam »), de notes de batterie et de percussions diverses.
Les albums suivants (Accident en 1991, Dewenati en 1994) élargissent la discographie de la désormais star et lui valent plusieurs distinctions : trophées de « Meilleure chanteuse moderne », « Meilleure production » et « Meilleur clip » au cours de la soirée Bideew (« l’étoile », en wolof) qui consacre les artistes sénégalais.
Mais c’est en mai 1998, grâce à une nouvelle version de « Pata Pata », chanson-fétiche de la Sud-Africaine Miriam Makeba, que le public français et européen découvre la voix langoureuse et la silhouette de gazelle de Coumba Gawlo. Lancé par la chaîne française M6, le clip du single, tourné au Maroc, fait un tabac. Le succès est immédiat : deux disques de platine, une tournée triomphale et un titre de « Meilleur espoir féminin de la musique africaine » aux Koras Awards en Afrique du Sud, en 1999, reçu notamment en présence de Nelson Mandela et Michael Jackson.
Son projet artistique immédiat : la sortie en novembre de l’album Akoustic, qui, comme son nom l’indique, sera un mélange de mbalax et de musique acoustique. Parmi les thèmes du futur opus, l’amour, omniprésent dans les textes de Coumba Gawlo, qui définit ainsi ce sentiment : « L’amour, c’est le partage, la compréhension totale, le bonheur, la tolérance, la souffrance, la folie… ». Mais elle peine à trouver le grand amour, et s’en excuse presque dans ses chansons. « Dans notre société, quand une fille arrive à un certain âge sans se marier, sa maman se fait des soucis, confie-t-elle. Célibataire invétérée, j’envoie des signaux à ma mère pour la rassurer sur ma volonté, le moment venu, de me lier au prince charmant… qui tarde à venir. » En attendant ce jour, la chanteuse se plonge dans le travail et se consacre à des actions humanitaires qui occupent ses rares moments de liberté.

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3097 ok 600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer

Je me connecte