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Yassine Yakouti, Yassine Bouzrou, Karim Morand-Lahouazi et Samia Maktouf. © Joel Saget/AFP; DR

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Maghreb-France : les ténors du barreau

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[Série] Maghreb-France : les ténors du barreau

Ils s’appellent Yassine Bouzrou, Samia Maktouf, Karim Morand-Lahouazi et Yassine Yakouti. Et comptent aujourd’hui parmi les grands noms du barreau français. Comment ont-ils percé dans un milieu ultra concurrentiel et plutôt fermé ? Rencontre avec des avocats de choc qui se sont fait une place au soleil malgré les tempêtes, les orages et les casseurs de jambes.

Mis à jour le 3 mars 2022 à 12:11

Yassine Yakouti, Yassine Bouzrou, Karim Morand-Lahouazi et Samia Maktouf. © Joel Saget/AFP; DR

« La France, tu l’aimes ou la quittes. » La formule de l’ancien président français Nicolas Sarkozy, lâchée en 2006 alors que se profilait son élection, hante la campagne présidentielle de 2022. Laquelle fait la part belle aux thèmes de droite, voire d’extrême droite, de Valérie Pécresse à Marine Le Pen en passant par Éric Zemmour.

Et si dans cette ambiance délétère, de plus en plus de talents issus de l’immigration quittent l’Hexagone pour le Canada, le Royaume-Uni ou les Émirats arabes unis, où leurs compétences sont reconnues à leur juste valeur, d’autres font le choix de rester et de briser le plafond de verre qui obstrue l’ascension de ces enfants de la diversité.

Barrage

Un plafond de verre qui s’apparente à un dôme de fer dans certains milieux comme le monde du droit. Dans cet univers quasi dynastique, trusté par des grandes familles chez qui le métier d’avocat ou de magistrat se transmet presque en héritage de père en fils, ou de mère en fille, les places sont rares pour ceux qui ne maîtrisent pas les codes.

« Une fois franchi le barrage des études, ce qui est déjà un exploit, les cursus étant souvent longs, avec des préparations aux examens et aux concours coûteuses car privées, les jeunes issus de l’immigration doivent faire face à un corporatisme très prégnant », explique Yassine Yakouti, avocat inscrit au conseil de l’Ordre.

Sous le vernis des bonnes manières de cet univers policé, s’opère un tamisage subtil, dont les origines socio-ethniques ne sont jamais le critère explicite

« C’est particulièrement visible lors des concours pour la magistrature, ou quand les avocats veulent percer comme plaideurs, et pas seulement dans des secteurs technico-financiers comme le conseil en fusion-acquisition, où le haut du pavé est tenu par des boutiques à l’approche souvent anglo-saxonne, pragmatique. »

C’est alors que sous le vernis des bonnes manières, s’opère un tamisage subtil, dont les origines socio-ethniques ne sont jamais le critère explicite. Le ticket d’entrée dans cet univers très policé tient plutôt à des aspects qui pourraient être jugés secondaires, voire dérisoires, comme les loisirs pratiqués, la coupe d’un costume, le phrasé, l’humour ou les références culinaires.

C’est ainsi que le magistrat Youssef Badr a échoué une première fois au concours national de la magistrature. Alors qu’il avait réussi l’écrit, l’une de ses examinatrices, Marisol Touraine (plusieurs fois ministre dans les gouvernements Valls, Cazeneuve et Ayrault), lui demande s’il connaît la recette de… la crêpe Suzette !

Ceux que nous avons choisi de mettre en avant aujourd’hui sont des avocats qui ont réussi à surmonter ces obstacles. Ils s’appellent Yassine Bouzrou, Samia Maktouf, Karim Morand-Lahouazi ou Yassine Yakouti, et comptent aujourd’hui parmi les grands noms du barreau français.

Comment ont-ils fait ? Quel est leur parcours ? Quelles sont les difficultés qu’ils ont rencontrées ? Comment évoluent-ils dans ce milieu bon chic bon genre dominé par de grandes dynasties formant une sorte de nouvelle noblesse de robe ? Qu’est-ce qui les fait courir ? Rencontre avec des battantes et des battants qui se sont fait une place au soleil, malgré les tempêtes, les orages et les casseurs de jambe…


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