Politique

Libye : dix choses à savoir sur Fathi Bachagha, l’autre Premier ministre

Nommé Premier ministre après un vote de la Chambre des représentants de Tobrouk, Fathi Bachagha est censé prendre la succession d’Abdulhamid Dabaiba. Mais ce dernier, toujours reconnu par l’ONU, n’entend pas céder sa place.

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Mis à jour le 16 février 2022 à 11:01

Fethi Bachagha, alors ministre de l’Intérieur, le 1er mars 2020 à Tunis. © Mohamed Hammi/SIPA

1. Ex-ministre de l’Intérieur

Ce révolutionnaire de la première heure aux lunettes rectangulaires a été le ministre de l’Intérieur du gouvernement d’accord national dirigé par Fayez al-Sarraj. À ce titre, il a été à la pointe de la résistance des forces de Tripoli contre l’offensive du maréchal Haftar lancée en avril 2019.

2. Ambitieux

Fathi Bachagha n’a jamais fait mystère de ses ambitions de jouer les premiers rôles dans la Libye de demain. Un appétit qui l’a un temps mis aux prises avec Fayez al-Sarraj, lequel a tenté de le limoger… En vain.

3. Misrata

Originaire de la puissante cité de Misrata, qui abrite certaines des milices les mieux formées et équipées du pays, il peut compter sur le soutien de nombre d’entre elles, comme lorsqu’il a été brièvement limogé en août 2020.

4. États-Unis

L’officieux Premier ministre libyen dispose de bons contacts à l’étranger, notamment à Washington, qui a, par la voix de son ambassade à Tripoli, fait valoir la qualité de son « partenariat » avec Bachagha quand ce dernier a été suspendu de son poste.

5. Pragmatique

Figure de la résistance au maréchal Haftar, et plus généralement aux institutions de l’Est libyen, Fathi Bachagha a surpris en s’associant à Aguila Saleh, le chef de la Chambre des représentants basée à Tobrouk, pour présenter une candidature commune lors du Forum du dialogue interlibyen de mars 2021. Sans succès, Dabaiba l’emportant contre toute attente.

6. Bras de fer

Depuis qu’il a été nommé Premier ministre par la Chambre des représentants, Fathi Bachagha est engagé dans un bras de fer avec l’actuel Premier ministre, toujours reconnu par l’ONU, l’homme d’affaires Abdulhamid Dabaiba, un Misrati comme lui.

7. Inclusif ?

Sitôt sa nomination annoncée, Fathi Bachagha a tenu une conférence de presse à Tripoli au cours de laquelle il a promis qu’il n’y aurait « pas de place pour la vengeance » dans le nouveau gouvernement.

8. Tentative d’assassinat 

Échapper aux tentatives d’assassinat fait partie de la routine de tout homme politique libyen de premier plan. Fathi Bachagha ne déroge pas à la règle, son convoi ayant été pris pour cible en février 2021 dans la banlieue de Tripoli.

9. France

Un temps à couteaux tirés avec Paris, qu’il a accusé de soutenir l’offensive du maréchal Haftar contre Tripoli, il a depuis établi des contacts en France, où il a rencontré Jean-Yves Le Drian et Florence Parly en novembre 2020. Il a assuré dans les colonnes de Jeune Afrique « vouloir établir de bonnes relations avec la France ».

10. Incontournables milices

Lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, sa grande mission a été de travailler à l’intégration des milices libyennes au sein des forces de l’ordre. C’est en partie sous la pression d’une milice tripolitaine qu’il a d’ailleurs été brièvement suspendu en août 2020. Avant de faire son retour dans la capitale libyenne… grâce au concours des milices de Misrata.