Politique

Maroc-Israël : pourquoi le royaume s’offre un système de défense antimissile

Moins de trois mois après la visite du ministre israélien de la Défense Benny Gantz à Rabat, l’armée marocaine décide d’acquérir le système de défense Barak MX. Les détails d’un contrat hors normes.

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Par - à Casablanca
Mis à jour le 15 février 2022 à 18:31

Le sytème de défense Barak MX a obtenu un taux de réussite de 100 % dans le conflit du Nagorny Karabakh, en 2020, entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, contre les missiles russes Iskander. © DR

Dans les milieux proches de la défense israélienne, on évoque une « très grosse transaction ». Les Forces armées royales marocaines (FAR) vont débourser 500 millions de dollars afin d’acquérir le système de défense aérienne et antimissile Barak MX, fabriqué par l’entreprise Israel Aerospace Industries (IAI), leader mondial du marché.

Les prémices du deal remonteraient à la visite du ministre israélien de la Défense, Benny Gantz, à Rabat, les 24 et 25 novembre dernier.

Une visite historique et inédite, qui avait donné lieu à la signature d’un protocole d’accord de coopération en matière de défense. En coulisses, les autorités marocaines ont profité de l’occasion pour exprimer leur volonté d’acquérir un système défensif, avant de se renseigner sur les différentes offres.

Dans la foulée, le PDG d’IAI, Boaz Levy, aurait effectué une ou plusieurs discrètes visites au Maroc afin de présenter le fameux système Barak MX. Des échanges grandement facilités par Amir Peretz, un homme politique israélien né à Boujad au Maroc et nommé président du Conseil d’administration d’IAI en novembre.

Conflit larvé

Concrètement, le système de défense antimissile Barak MX est capable de protéger contre une gamme de menaces, allant des missiles aux véhicules aériens sans pilotes (drones), avec des interceptions jusqu’à des distances comprises entre 35,70 et 150 kilomètres. En outre, la presse israélienne le décrit comme « flexible et modulaire », ce qui aurait séduit les FAR.

Barak MX est surtout beaucoup moins cher que le système de défense américain Patriot, que les États-Unis avaient tenté de vendre 3,2 milliards de dollars à la Suède en 2018.

Le système Barak MX pourrait surtout être une arme de dissuasion pour le royaume

Autre argument de taille, Barak MX a obtenu un taux de réussite de 100 % dans le conflit du Nagorny Karabakh, en 2020, entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, contre les missiles russes Iskander. Un type de missile dont dispose également l’Algérie, en conflit larvé avec le royaume depuis plusieurs mois.

Ce nouveau système de défense s’ajoute à la longue liste d’achats marocains déjà effectués auprès des Israéliens : des drones Heron et Bluebird de IAI, des systèmes de véhicules de patrouille robotisés d’Elbit Systems et des intercepteurs de drones Skylock (groupe Avnon).

Pourtant, certains acteurs très impliqués dans le marché de la défense en Israël et proches du ministre Benny Gantz s’étonnent que le Maroc acquière un système si sophistiqué en l’absence de conflit ouvert.

« La tendance mondiale actuelle montre que les interventions militaires sont remplacées par des guerres froides bien moins coûteuses. Dans ce sens, le système Barak MX et tous les autres équipements achetés par le Maroc pourraient surtout être des armes de dissuasion, des armes psychologiques », conclut un observateur israélien.