Économie
Le président camerounais Paul Biya (à dr.) et sa femme Chantal Biya, lors de la finale de la Coupe d’Afrique des nations, opposant l’Égypte et le Sénégal, au stade Ahmadou Ahidjo de Yaoundé, le 6 février 2022. © Themba Hadebe/AP/SIPA.

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Cameroun : après la fête

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Politique

Cameroun : les jeunes du parti de Biya sont-ils prêts pour la relève ?

Tenue à l’écart par certains caciques, et parfois victime d’un manque d’expérience, la nouvelle génération du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) dénonce le système verrouillé du parti et tente de s’imposer.

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Par - à Yaoundé
Mis à jour le 18 février 2022 à 10:37

Meeting du RDPC, à Yaoundé, en octobre 2018. © MABOUP

Combien étaient-ils, ce 13 février, au Palais des sports de Yaoundé ? Environ 3 000, plutôt 4 000 ou encore plus ? Comme c’est maintenant la tradition, la célébration de l’anniversaire de Paul Biya – 89 ans cette année – dans la capitale a donné lieu à un grand rassemblement de jeunes, ayant à la fois des allures de concert et de meeting politique. Sans surprise, le chef de l’État, dont les apparitions publiques sont devenues extrêmement rares, n’a pas fait le déplacement au quartier Warda. Le président camerounais était néanmoins bien visible dans l’enceinte sportive, aussi bien sur des portraits géants disposés à chaque coin de la salle, que sur les pagnes qu’arboraient les militants de l’Organisation des jeunes du RPDC (OJRDP).

Loin d’être une simple cérémonie d’anniversaire, cette fête était avant tout une occasion de mettre en scène un rapprochement entre la jeunesse, composante majoritaire de la population du pays, et le leader octogénaire, régulièrement accusé par ses détracteurs de ne plus être en mesure de comprendre les aspirations de cette jeunesse. Scrupuleusement suivie depuis le pouvoir, la préparation de l’événement a réuni plusieurs jeunes leaders au domicile du ministre Mbarga Mboa, chargé de mission à la présidence de la République, proche de Ferdinand Ngoh Ngoh, le tout-puissant secrétaire général de la présidence.

Immobilisme notoire

Au cœur du sérail, la question de la place des jeunes dans les cercles de décision a depuis longtemps cessé d’être un tabou. Selon les statistiques 2021 d’Elecam – l’organe en charge des élections –, le corps électoral est composé à 37,94 % de jeunes (plus d’un électeur sur trois a moins de 35 ans), et la pression démographique qu’exerce cette frange se fait de plus en plus forte. Une donnée qui n’échappe pas au comité central du RDPC, gouvernail du parti au pouvoir.

En juillet 2021, Paul Biya avait ainsi prescrit dans une circulaire que l’un des critères de recevabilité pour les candidats des bureaux des organes de base soit « la prise en compte des jeunes, des femmes et des minorités ». Sauf qu’à l’issue du processus de renouvellement de ces organes, qui s’est achevé en septembre, si de nombreux jeunes ont intégré les instances du parti, leur présence dans les cercles de décision demeure une gageure. Plusieurs griefs sont pointés du doigts par les intéressés, parmi lesquels l’immobilisme notoire de cette formation politique ainsi que l’entêtement de caciques du parti pas toujours disposés à céder leur siège.

Le RDPC n’a pas connu de renouvellement de ses instances dirigeantes depuis le dernier congrès, en 2011. Conséquence de cette situation, l’OJRDP est aux trois quarts composé de membres qui ont dépassé l’âge légal de 30 ans, indiqué dans les articles 75 et 78 des textes du parti. « Le RDPC n’a pas prévu de passerelles pour intégrer les jeunes à l’organisation nationale, vitupère un membre du bureau sous le couvert de l’anonymat. Il est difficile pour quelqu’un qui a été président de section ou de sous-section de se retrouver membre d’un comité de base. »

L’ascenseur politique est en panne. Le bureau actuel demeurera celui qui parlera au nom des jeunes, au mépris de nos propres textes

Une difficile évolution que dénoncent aujourd’hui de nombreux jeunes. « L’ascenseur politique est en panne, déplore Charles Mandeng, un autre militant de l’OJRDP. Tant qu’on n’organisera pas de congrès, le bureau actuel demeurera celui qui parlera au nom des jeunes, au mépris de nos propres textes. » En attendant, il existe au sein du RDPC une légion d’attentistes dont le pouvoir tempère les ardeurs à travers une distribution homéopathique de postes au sein des administrations centrale et locales. Il en est ainsi pour la plupart des membres du bureau de l’OJRDP, qui attendent leur nomination.

Rampe d’ascension sociale ou terreau idéologique ?

Son président, Auguste Essomba Asse, a notamment été nommé président du conseil d’administration de l’Hôpital général de Yaoundé en novembre 2017, en plus de ses fonctions de chargé d’étude à la primature. Son vice-président, Harouna, est quant à lui depuis 2019 directeur adjoint de l’École nationale de magistrature. D’autres membres du bureau, investis par le parti, sont devenus maires ou conseillers municipaux dans différentes communes du pays lors des dernières élections municipales de 2020.

La carte du parti est utile pour un recrutement ou pour réussir au concours d’entrée dans une grande école

Accusés de faire ombrage aux plus jeunes, les vétérans du parti, eux, reprochent leur manque d’expérience et d’engagement. « On voit l’opposition gagner du terrain dans des espaces dits de jeunes, tels que les réseaux sociaux. Où sont nos jeunes à nous sur ces fronts ? interroge un député RDPC du Littoral. Le pouvoir se conquiert et ne se donne pas. » Comme lui, de nombreux cadres du RDPC reprochent aux jeunes pousses de voir le parti plus comme une rampe d’ascension sociale que comme un terreau idéologique auquel ils souscrivent. Au Cameroun, il est de notoriété publique qu’avoir sa carte de membre du RDPC peut être utile pour un recrutement dans la fonction publique ou pour réussir au concours d’entrée dans une grande école.

« Qu’on le veuille ou non, le parti fait sa mue, tempère néanmoins le député précédemment cité. Les gens veulent juste voir les jeunes apparaître d’un coup à des hautes fonctions. Pourtant, c’est quelque chose qui se prépare dès la base, et chacun monte en son temps. » De fait, les opérations de renouvellement des organes de base du parti au pouvoir ont donné lieu à de vigoureuses joutes mettant aux prises, dans de nombreux cas, de vieux briscards et des figures montantes. Mais, si ces confrontations ont peu souvent tourné à l’avantage des dernières, nombre de nouvelles figures ont réussi à émerger du lot.

Dans les grandes villes du pays, il n’est plus rare de voir un trentenaires à la tête d’une section ou d’une commune. À Yaoundé notamment, le 6e arrondissement est dirigé par Yoki Onana, 43 ans. C’est aussi le cas du 2e, avec Yannick Ayissi, 39 ans. Dans le septentrion, on dénombre aussi de nombreux députés qui ont entre 30 et 40 ans, parmi lesquels la plus jeune élue du Parlement camerounais, Nafissatou Alim, 29 ans.