Politique

Guinée : le RPG cherche le successeur d’Alpha Condé

Alors que l’ancien chef de l’État se fait soigner à Abu Dhabi, plusieurs personnalités sont candidates à la présidence de son parti. Et tentent de le réorganiser à leur avantage, créant des dissensions internes.

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Mis à jour le 2 mars 2022 à 16:35

Alpha Condé à Berlin, en novembre 2019 © Bernd Von Jutrczenka/ZUMA Press/ZUMA/REA

Ils avaient tenu leur première réunion politique trois jours seulement après le coup d’État. Le 8 septembre 2021, les militants du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG, créé par Alpha Condé en 1977), s’étaient rassemblés pour élaborer un plan d’attaque.

Un temps menacé de dissolution, le parti du président démis est depuis soumis à la question de sa survie politique et de sa succession. Forcés de faire profil bas lors de la prise de pouvoir de Mamadi Doumbouya, les cadres du RPG ont concédé certaines garanties à la junte, comme l’interdiction d’organiser des manifestations violentes ou de participer à des activités « subversives ».

L’ancien parti au pouvoir doit désormais faire sans son fondateur historique et chef jusque-là incontesté Alpha Condé, qui réside à Abu Dhabi depuis le 17 janvier dernier, où il reçoit des soins médicaux. En pleine phase de « réorganisation » de ses instances et de « consultations de sa base » selon l’un de ses cadres, la formation est soumise à plusieurs courants contraires.

« Grand conseil »

Une faction acquise à Ibrahima Kassory Fofana milite ainsi pour la création d’un Conseil exécutif provisoire. Composé de 70 membres, d’un président et de six vice-présidents, il serait, sans surprise, présidé par l’ancien Premier ministre.

Ses proches souhaitent également nommer un « Grand conseil » composé de membres historiques du parti proches d’Alpha Condé. Parmi ceux-ci pourraient figurer le membre du bureau politique Hadj Tidiane Traoré, ancien ministre d’État conseiller spécial du président, la coordinatrice nationale Khadija Nantou Chérif (l’une des plus anciennes militantes du RPG) ou encore le trésorier Claude Kory Kondiano, ancien président de l’Assemblée nationale. Ce conseil aurait pour but de suivre les orientations du parti et d’en assurer l’unité. Il disposerait également d’un droit de véto applicable à n’importe quelle décision votée par les instances.

Vers un congrès national ?

Cette réorganisation aurait été votée par le bureau politique national, lors de sa réunion du 9 décembre 2021. Des suggestions jugées « inadaptées » par d’autres cadres du parti, qui en réfutent la validité. Ce type de décision ne peut être validée, selon eux, que lors du congrès national.

La nomination du nouveau leader du RPG fait également débat. Le secrétaire général du RPG, Saloum Cissé, appartient à une faction « légaliste », qui ne veut pas entendre parler de succession. Il préfère se concentrer sur la « redynamisation » du parti avant d’entériner la nomination d’un nouveau chef lors d’un congrès. Une option qui aurait également la faveur de l’ancien chef de la diplomatie Ibrahima Khalil Kaba, qui mise sur le soutien de la base pour être porté à la tête de la formation.

Également cités comme successeurs potentiels d’Alpha Condé, l’ancien président de l’Assemblée nationale Amadou Damaro Camara, dauphin constitutionnel du président déchu, ou l’ex-ministre de la Défense Mohamed Diané, préfèreraient quant à eux une désignation consensuelle.

Mais au sein du parti, certains semblent réticents à soutenir les anciens caciques du gouvernement. La grande campagne anti-corruption lancée par les autorités de transition inquiète en effet les militants. Plusieurs de leurs responsables ont vu leurs noms cités dans des enquêtes. Ibrahima Kassory Fofanna a ainsi été auditionné ce 28 février par la Crief (Cour de répression des crimes économiques et financiers) sur des soupçons de détournements lors du précédent régime.