Société

MMA : Francis Ngannou, le Camerounais qui fait la fierté de l’Afrique

Des coups rapides et puissants, une incroyable endurance… Alors que la CAN faisait vibrer le continent, le Camerounais est parvenu à conserver son titre de champion du monde, confirmant son statut de superstar. De quoi ouvrir des perspectives aux amateurs de sports de combat.

Par - avec Sherif Tarek pour The Africa Report
Mis à jour le 14 février 2022 à 16:46

Francis Ngannou (gants rouges) affronte Ciryl Gane (gants bleus) lors de l’UFC 270 au Honda Center. © Gary A. Vasquez-USA TODAY Sports

Sans doute les Camerounais y trouvent-ils une certaine consolation. Arrivés en troisième position à l’issue de la dernière Coupe d’Afrique des nations (CAN) qui s’est déroulée sur leur territoire, ils peuvent néanmoins se réjouir de la très belle victoire de Francis Ngannou. Le 23 janvier, celui-ci s’est imposé face au Français Cyril Gane en championnat du monde des poids lourds de l’Ultimate Fighting Championship (UFC).

Les parieurs donnaient pourtant peu cher de sa peau. Ngannou a beau être surnommé « The Predator », Cyril Gane était considéré comme meilleur techniquement et plus complet. Mais l’enfant de Batié, une localité de l’ouest du Cameroun, est parvenu à déjouer les pronostics, tenant la distance pendant cinq rounds et balayant, de fait, les doutes de ceux qui questionnaient son endurance.

Je me suis souvenu de tout le soutien que j’avais reçu de mon pays et je me suis dit : je ne vais pas les laisser tomber

« Pendant les deux premiers rounds, je n’arrivais pas à trouver ma place, je ne pouvais pas bouger correctement et j’étais un peu inquiet, a-t-il expliqué lors de la conférence de presse donnée à l’issue du combat. Et puis quelque chose m’est venu à l’esprit. Je me suis souvenu de tout le soutien que j’avais reçu de mon pays et je me suis dit : je ne vais pas les laisser tomber. »

Accueilli en héros

Ngannou, 35 ans aujourd’hui, a toujours été fier de ses origines et, à chaque fois qu’il revient au Cameroun, il y est accueilli en héros – la dernière fois, c’était pour assister au match Cameroun-Burkina Faso au début du mois de février (match comptant pour la troisième place de la CAN). Il faut dire qu’il est le troisième combattant d’origine africaine à être sacré champion de l’UFC après les Nigérians Kamaru Usman et Israel Adesanya, qui ont respectivement remporté les titres de champion des poids welters et des poids moyens en 2019.

Né dans une région montagneuse, Ngannou a connu des débuts difficiles, victime, comme ses frères et sœurs, de la violence de leur père, et luttant pour trouver ne serait-ce que de quoi se nourrir. Il a 10 ans quand il commence à travailler dans une carrière de sable, 17 ans lorsqu’il arrête. Il découvre la boxe dans un petit club de Douala, dont son imposante carrure lui a ouvert les portes. Ce sport sera pour lui un exutoire.

Dix ans plus tard, en 2013, au terme d’un périple long et dangereux entrepris sans en informer sa famille, il arrive dans la capitale française, sans papiers et sans le sou. Il a traversé le Niger, l’Algérie et le Maroc avant de franchir les barbelés de l’enclave de Melilla. Il a été détenu durant deux mois en Espagne, mais il préfère la rue au foyer pour migrants qu’on lui propose et qu’il trouve « sale et insalubre ».

Uppercut dévastateur

À Paris, la chance finit par lui sourire. Il fait la rencontre de l’entraîneur Didier Carmont, qui lui permet de s’entraîner gratuitement dans la salle d’arts martiaux mixtes MMA Factory. Francis Ngannou renonce à la boxe et travaille ses talents de combattant MMA. Au bout d’un an, il fait ses débuts dans la discipline. Au bout de deux, en 2015, il décroche un contrat avec l’UFC, la compétition de MMA la plus prestigieuse. Bientôt, il obtient un titre de séjour temporaire en France et un visa de travail pour les États-Unis. Las Vegas lui ouvre les bras.

Son uppercut est dévastateur, sa puissance de frappe, inégalée. Ngannou enchaîne les victoires, essuie quelques défaites aussi, notamment face à l’Américain Stipe Miocic. Il mettra trois ans à le battre, y parvenant finalement en mars 2021. Une victoire qui lui permet de décrocher le titre de champion du monde des poids lourds.

Sa victoire contre Gane lui a permis d’empocher 600 000 dollars, mais les termes du contrat qui le lie à la toute-puissante ligue de MMA ne lui conviennent plus

Aujourd’hui à l’apogée de sa carrière, Ngannou n’a pas fini de se battre. Depuis plusieurs années, des différends l’opposent à l’UFC. Sa victoire contre Gane lui a permis d’empocher 600 000 dollars, mais les termes du contrat qui le lie à la toute-puissante ligue de MMA ne lui conviennent plus. « Ce contrat est en réalité à sens unique, constatait Francis Ngannou dans une interview à RFI. Il n’y a aucune garantie pour le combattant. Il n’y a rien qui [le] protège. Il a plein d’obligations envers l’organisation, mais l’organisation n’a aucune obligation envers [lui]. [Il n’y a] même pas une assurance-maladie, [il n’y a] rien ! L’UFC n’a pas l’obligation d’organiser un combat. [Elle peut] utiliser ça comme pression financière. »

Après sa victoire le 23 janvier dernier, il a aussi annoncé qu’il allait devoir se faire opérer du genou droit et qu’il serait absent pendant près de neuf mois. Surtout, il rêve de délaisser, ne serait-ce que pour un temps, le MMA pour la boxe anglaise. « Je ne me vois pas prendre ma retraite sans avoir boxé », a déclaré Ngannou à TMZ fin 2021.

La relève ?

Le Camerounais est en attendant l’un des meilleurs ambassadeurs du MMA sur le continent. Sans compter les Nigérians déjà nommés, que les amateurs rêvent de voir s’affronter bien que leur amitié ait longtemps rendu le combat improbable. Les choses seraient-elles sur le point de changer ? Interviewé par TMZ, l’agent d’Usman, Ali Abdelaziz a déclaré : « Ils s’entendent bien mais je ne pense pas qu’ils soient comme des meilleurs amis. S'[il y a] assez d’argent pour qu’ils se battent, alors ils se battront. »

J’ai beaucoup de projets en Afrique, pas seulement pour organiser des combats, mais pour ouvrir des instituts et commencer à « cultiver » des talents

Usman et Adesanya ont tous deux quitté le Nigeria très jeune. Le premier pour s’installer aux États-Unis, l’autre en Nouvelle-Zélande. Ils sont parvenus à se faire connaître à un moment où l’UFC cherchait à mettre en avant les combattants africains. « Quand Conor est devenu champion en Irlande, ça a explosé en Europe et maintenant, avec Usman, Adesanya et Ngannou, ça explose en Afrique, déclarait Dana White, le patron de l’UFC à BBC Sport Africa en octobre dernier. J’ai beaucoup de projets en Afrique, pas seulement pour organiser des combats, mais pour ouvrir des instituts sur le continent et commencer à “cultiver” des talents. »