Politique

Algérie : Chakib Khelil, ministre de l’Énergie sous Bouteflika, lourdement condamné

En fuite à l’étranger, l’ex-ministre de l’Énergie a été condamné le 14 février à vingt ans de prison ferme.

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Mis à jour le 14 février 2022 à 13:56

Chakib Khelil, ancien ministre algérien de l’Énergie, à Alger, le 11 mars 2019. © FAYEZ NURELDINE/AFP

Le verdict est tombé à l’issue d’un procès-éclair : ouvert le 31 janvier après plusieurs reports, le procès de Chakib Khelil, ex-ministre de l’Énergie et proche de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika, s’est conclu par la condamnation de l’intéressé à 20 ans de prison ferme in absentia par le tribunal de Sidi M’Hamed.

Ministre de 1999 à 2010, il était poursuivi pour dilapidation de deniers publics, abus de fonction et conclusion de marchés publics contraires à la réglementation. En cause, notamment, la conclusion du marché pour la réalisation du complexe gazier d’Arzew, en 2008, pour lequel la société italienne Saipem aurait été indûment privilégiée.

Cet ami d’enfance d’Abdelaziz Bouteflika avait déjà fait l’objet de poursuites en 2013, lancées par le procureur général près la cour d’Alger Belkacem Zeghmati. Averti qu’il était sur le point d’être arrêté, Chakib Khelil quitte le pays pour les États-Unis, où sa femme et ses deux enfants, Sina et Khaldoun, disposent du statut de résident, et où lui-même possède des biens.

Le 12 août 2013, Belkacem Zeghmati annonce qu’un mandat d’arrêt international a été lancé contre Khelil dans le cadre de l’affaire dite Sonatrach 2. Khelil est alors poursuivi pour « corruption, blanchiment d’argent, conclusion de contrats contraires à la réglementation, abus de pouvoir et constitution de bandes criminelles organisées ». Depuis son lit d’hôpital, aux Invalides, à Paris, le président déchu en 2019 donne des consignes pour faire annuler les poursuites, comme l’a reconnu Saïd Bouteflika lors de son procès en octobre 2021.

Le Hirak rebat les cartes

« Quelques jours après avoir déclaré, en conférence de presse, que des mandats d’arrêt avaient été lancés contre Chakib Khelil et des membres de sa famille, Zeghmati, qui était sous mon autorité depuis deux ans, est venu avouer son erreur et a demandé de procéder, avec la chambre d’accusation, à l’annulation desdits mandats », a de son côté admis Tayeb Louh, l’ancien ministre de la Justice sous Bouteflika, lors du même procès en octobre.

En avril 2020, un document de la justice américaine met indirectement en cause l’ex-ministre

Chakib Khalil a ainsi pu faire son retour en grande pompe en Algérie en 2016. Début 2018, le juge d’instruction de la 9e chambre du pôle pénal spécialisé auprès du tribunal de Sidi M’Hamed d’Alger finit par prononcer l’abandon de toutes les poursuites engagées contre l’ex-ministre de l’Énergie.

Le Hirak va rebattre les cartes. Le chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah, homme fort du pays après la chute du président Bouteflika, part en croisade contre les cadres de l’ex-administration. La sécurité intérieure reçoit l’ordre de mettre l’ancien ministre aux arrêts.

Vraisemblablement prévenu, Chakib Khelil s’envole à nouveau pour les États-Unis. Belkacem Zeghmati, devenu en août 2019 ministre de la Justice, rouvre le dossier et émet un nouveau mandat d’arrêt international contre Chakib Khelil dans le cadre de plusieurs affaires de corruption présumée, portant sur des marchés octroyés par Sonatrach à des compagnies pétrolières étrangères.

Extradition ?

Après l’émission du premier mandat d’arrêt, en 2013, le FBI avait travaillé avec les autorités algériennes pour identifier les biens de l’ex-ministre sur le territoire américain.

Une collaboration qui a cessé sur ordre du frère de l’ex-président, Saïd Bouteflika. En avril 2020, un document de la justice américaine met indirectement en cause l’ex-ministre, accusé d’avoir imposé Farid Bedjaoui comme intermédiaire rémunéré dans la conclusion de contrats entre la société italienne Saipam et le géant algérien des hydrocarbures Sonatrach.

« L’intermédiaire a redirigé au moins une partie de cet argent par le biais de sociétés écrans vers des fonctionnaires algériens ou leurs délégués, y compris le ministre de l’Énergie de l’époque », indique le mémorandum de la SEC (Securities and Exchange Commission, le gendarme de la Bourse américaine).

Mais l’ex-ministre a de la ressource et a prouvé par le passé qu’il était assez habile pour se jouer des condamnations. Rien n’indique, pour l’heure, que les États-Unis procéderont à son extradition vers l’Algérie.