Politique

Centrafrique : ces poids lourds avec lesquels Félix Moloua va devoir composer

Le nouveau Premier ministre succède à Henri-Marie Dondra, auquel était hostile une partie de l’entourage de Faustin-Archange Touadéra. Réputé proche du président, Moloua saura-t-il éviter les chausse-trappes ?

Par - à Bangui
Mis à jour le 14 février 2022 à 18:19

Félix Moloua a officiellement pris ses fonctions le 9 février.

Henri-Marie Dondra a joué et il a perdu. Tentant un coup de poker risqué, alors qu’il était en difficulté et en mauvais termes avec une partie de l’entourage du chef de l’État, le Premier ministre a présenté sa démission, le 7 février dernier. Laquelle a, contrairement à ce qu’il espérait, été acceptée par Faustin-Archange Touadéra. Félix Moloua lui succède donc à la tête du gouvernement. Il a officiellement pris ses fonctions le 9 février.

Ministre sans discontinuer depuis 2016, Moloua était jusqu’à présent chargé de l’Économie et du Plan. C’est un membre du premier cercle qui s’est constitué au fil des années autour de Touadéra et il va devoir composer avec plusieurs piliers du gouvernement, dont certains étaient en guerre ouverte contre Dondra. Pourra-t-il compter sur leur soutien ?

Sylvie Baïpo Témon, la souverainiste

L’ancien Premier ministre s’était ouvertement opposé à sa ministre des Affaires étrangères après que celle-ci avait critiqué son homologue français, Jean-Yves Le Drian, et ses déclarations au sujet de la présence des Russes en Centrafrique en octobre dernier.

Jamais en reste dès lors qu’il s’agit de se positionner face à Paris et, d’une manière plus générale, face aux Occidentaux, Sylvie Baïpo Témon est chargée de la diplomatie depuis décembre 2018 – poste auquel elle a succédé à Charles-Armel Doubane, souvent considéré comme francophile. Chargée de l’Éducation sous la présidence de François Bozizé, puis un temps représentante de l’ONU à Bangui, cette analyste financière formée en France est une proche de Touadéra. Elle a plusieurs fois agi sans consulter Dondra, avec avoir reçu l’aval direct du président.

Hassan Bouba, encombrant et indispensable

Autrefois numéro deux de l’Unité pour la paix en Centrafrique (UPC), la rébellion d’Ali Darassa dont il a été le chef des opérations et le conseiller politique, Hassan Bouba est un pilier du gouvernement, un allié aussi encombrant qu’indispensable pour le chef de l’État.

Ses ennuis avec la justice n’ont pour l’instant pas diminué son influence : arrêté sur ordre de la Cour pénale spéciale (CPS) en novembre dernier pour être entendu sur des crimes contre l’humanité commis trois ans plus tôt, le ministre de l’Élevage fait jouer ses anciennes relations pour convaincre des chefs de groupes armés de déposer les armes. S’il veut ramener l’ordre dans certaines zones du pays, Félix Moloua devra donc s’appuyer sur lui.

Arnaud Djoubaye Abazene, sauvé in extremis

C’est la surprise de ces derniers jours. Le ministre de la Justice est connu pour ses positions hostiles à la présence russe et ses chances d’être maintenu dans le gouvernement après le départ de Henri-Marie Dondra paraissaient minces. Il est toutefois parvenu à sauver sa tête, et le doit sans doute à son frère aîné, Michel Djotodia. Tombeur de François Bozizé, président de la transition entre mars 2013 et janvier 2014, Djotodia a apporté son soutien à Touadéra.

Les magistrats reprochent à Arnaud Djoubaye Abazene d’entraver le travail de la justice en faisant obstacle à plusieurs enquêtes sur des crimes de guerre qui auraient été commis dans le nord du pays, mais le nouveau Premier ministre va devoir composer avec lui.

Rameaux Claude Bireau, incontournable

Patron de la Défense depuis août 2021, peu connu du grand public mais réputé proche des Russes, ce neveu du président est un poids lourd du gouvernement sur lequel Félix Moloua va pouvoir compter. C’est lui qui, alors que les rebelles lançaient l’offensive contre Bangui au tout début de l’année 2021 dans la foulée de l’élection présidentielle, s’était envolé pour la Russie et avait obtenu l’appui décisif de Moscou. Il est depuis incontournable dans l’entourage du chef de l’État et il est peu probable que Moloua s’en fasse un adversaire.

Hervé Ndoba, un ministre qui compte

Quand Dondra avait été nommé à la primature, c’est Ndoba qui lui avait succédé au ministère des Finances. Le fait que celui-ci soit, bon an, mal an, parvenu à maintenir le pays à flot alors que la France et l’Union européenne gelaient plusieurs de leurs aides a fait de lui un ministre qui compte. Les salaires des fonctionnaires ont continué à être payés et les pensions des retraités à être versées, ce qui a épargné à Touadéra une crise sociale qui aurait pu lui coûter cher.

C’est lui qui a mis à jour des malversations qui auraient été commises lorsque Dondra était aux Finances

Ndoba a par ailleurs été l’un des artisans de la chute de l’ancien Premier ministre, puisque c’est lui qui a mis à jour des malversations qui auraient été commises lorsque Dondra était aux Finances – soupçons qui ont poussé ce dernier à démissionner.

Maxime Balalou pour l’apaisement

Le secrétaire général du gouvernement, qui a rang de ministre, entretient des liens étroits avec la France. Il est partisan d’une normalisation des relations entre Paris et Bangui alors que Moscou ne cesse de monter en puissance dans l’entourage du chef de l’État. Le nouveau Premier ministre saura-t-il composer avec lui ?