Politique

Mali : face à Assimi Goïta, les leaders politiques perdent patience

Réunis en coalition, plusieurs partis politiques annoncent qu’ils ne reconnaîtront plus la transition à compter du 25 mars. Et militent pour un régime plus inclusif.

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Mis à jour le 11 février 2022 à 17:54

Assimi Goïta en septembre 2020, à Bamako © MICHELE CATTANI/AFP

Ils ont longtemps fait profil bas. Évitant pour la plupart les radios et les plateaux de télévision afin de ne pas se retrouver dans le collimateur des autorités. Mais à 16 jours de la fin réglementaire de la transition – fixée au 27 février –, les langues se délient à Bamako. Les partis politiques se mettent en ordre de bataille pour faire barrage aux ambitions du pouvoir en place.

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À l’issue d’une réunion qui s’est tenue mercredi soir à Bamako, le Cadre d’échange des partis et regroupements politiques pour une transition réussie – qui réunit le Rassemblement pour le Mali (RPM), ancien parti au pouvoir, l’Alliance pour la démocratie au Mali-Parti africain pour la solidarité et la justice (Adema-PASJ), l’Alliance pour la solidarité au Mali-Convergence des forces patriotiques (Asma-CFP), de Soumeylou Boubèye Maïga, et d’autres partis d’opposition – a annoncé qu’il cessera de reconnaître le gouvernement en place et les membres du Conseil national de la transition (CNT) à compter du 25 mars prochain.

Neuf mois supplémentaires

Ce regroupement de partis politiques a par ailleurs affirmé qu’il n’accordera que neuf mois supplémentaires à la transition et qu’il rejette la relecture de la nouvelle charte en cours d’examen au niveau du CNT. Celle-ci prévoit notamment l’augmentation du nombre de représentants du Conseil et la suppression du poste de vice-président, une fonction qui n’a été occupée que par Assimi Goïta, sous la présidence de Bah N’Daw (de septembre 2020 à mai 2021).

Ils veulent que les partis politiques participent au nouveau gouvernement

Cette coalition souhaite-t-elle jouer un rôle plus important dans la transition ? « Ils veulent que durant le délai supplémentaire accordé à la junte, la transition soit plus inclusive et consensuelle, commente sous couvert d’anonymat un analyste politique basé à Bamako. La condition sine qua none pour que la transition soit prolongée, c’est que les partis politiques participent au nouveau gouvernement. »

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Toutefois, rien n’assure que leurs vœux seront exaucés. Les récentes arrestations d’opposants politiques comme Oumar Mariko, le leader de la Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance (Sadi), et Issa Kaou Djim, l’ancien 4e vice-président du CNT, n’ont cessé de distendre les relations entre les deux camps.

« Guerre de position »

« On assiste à une véritable guerre de position. L’objectif de ceux qui sont au pouvoir a été de détruire le système politique qui prévalait sous Ibrahim Boubacar Keïta pour faire émerger une nouvelle classe politique, au discours plus nationaliste, incarnée par des personnalités telles que Ben le cerveau« , estime notre analyste.

Ces partis politiques « traditionnels » ne sont pas les seuls à grincer des dents face au régime en place. Même au sein du Mouvement du M5 – Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), qui a porté le Premier ministre Choguel Kokalla Maïga à la primature, des tensions apparaissent. Certains, qui ne se retrouvent plus dans la politique menée par l’actuel gouvernement, ne cachent plus leur souhait de voir la transition prendre fin. En janvier dernier, l’un d’eux confiait à Jeune Afrique « qu’une prolongation de 18 mois pourrait s’avérer dangereuse pour le Mali ».