Pétrole & Gaz
En Afrique subsaharienne, l’addiction aux hydrocarbures fait la différence (photo d’illustration). © BRUCE STANLEY/AP/SIPA

Cet article est issu du dossier

Pétrole et gaz : quand les majors relèvent la tête

Voir tout le sommaire
SAROST
Économie

Standard Bank, dernier allié africain de TotalEnergies sur son mégaprojet en Ouganda ?

La plus puissante banque africaine fait face à la pression des ONG pour ne pas financer le pipeline est-africain (Ouganda-Tanzanie) du géant français. Le colosse de Jo’burg résiste pour l’instant à leurs appels.

Réservé aux abonnés
Mis à jour le 16 février 2022 à 14:35

Construction d’un pipeline en Afrique© EACOP © EACOP

Standard Bank est de plus en plus isolé en tant que soutien de l’oléoduc EACOP (East African Crude Oil Pipeline). Si le géant français TotalEnergies et la société publique China National Offshore Oil Corporation (CNOOC) ont signé le 1er février la décision finale d’investissement pour l’EACOP – qui doit relier Hoima en Ouganda au port de Tanga en Tanzanie – plusieurs leaders du secteur bancaire africains ont pris leurs distances avec ce projet. Parmi eux les concurrents sud-africains de Standard Bank :  ABSA, Nedbank et Investec. Il en va de même pour la Banque africaine de développement (BAD).

Dès 2021, les médias français avaient rapporté qu’aucune des plus grandes banques du pays ne participerait au projet, et que Axa, le plus grand assureur hexagonal, ne s’y associerait pas. FirstRand, la deuxième plus grande banque d’Afrique du Sud, a déclaré en janvier à BankTrack, une ONG basée aux Pays-Bas qui surveille l’activité de financement des banques à travers le monde, qu’elle ne financerait pas le projet.

De son côté, Standard Bank a fait appel à une société indépendante de conseil environnemental et social, qui a visité la zone du projet et publiera un « rapport de diligence raisonnable complet » dans les mois à venir, a déclaré un porte-parole de la banque à The Africa Report/Jeune Afrique. À la suite de cette étude, la banque panafricaine « prendra alors une décision sur la marche à suivre ».

Respect des Principes de l’Équateur

La participation de Standard Bank « reste soumise aux conclusions des évaluations de diligence raisonnable environnementales et sociales et au respect des exigences des Principes de l’Équateur », a précisé le porte-parole. « Elle est également soumise à une évaluation complète des stratégies et des objectifs des sponsors [entreprises en charge du projet] de l’EACOP en matière de changement climatique. » Les Principes de l’Équateur sont une référence du secteur financier utilisée pour évaluer les risques environnementaux et sociaux des projets.

Selon les estimations, l’EACOP pourrait sortir de terre suffisamment de pétrole pour ajouter jusqu’à 34,3 millions de tonnes de dioxyde de carbone – environ sept fois les émissions de l’Ouganda et de la Tanzanie réunies – dans l’atmosphère chaque année, selon le groupe d’actionnaires activistes sud-africain Just Share. Des recherches menées par l’Institut de l’environnement de Stockholm (SEI) ont montré que le gazoduc pourrait également affecter les centres de population, les zones humides, les rivières et les lacs.

14 000 ménages vont perdre des terres à cause du projet

BankTrack rapporte en outre que les personnes dont les terres sont acquises de manière obligatoire pour le projet auraient fait l’objet d’intimidations lorsqu’elles ont tenté de faire pression pour obtenir une compensation supplémentaire. Selon BankTrack, environ 14 000 ménages vont perdre des terres à cause du projet.

Aucun drapeau rouge

L’oléoduc est prévu pour exporter le pétrole du bassin du lac Albert, à la frontière entre l’Ouganda et la République démocratique du Congo. Sa longueur de 1 445 kilomètres en fera le plus long oléoduc chauffé du monde. Les coûts initiaux du projet, qui s’élevaient à 3,5 milliards de dollars, sont passés à 5 milliards de dollars en raison de la hausse des prix de l’acier, du transport maritime et du financement.

Environ 460 km du gazoduc se trouveront dans le bassin d’eau douce du lac Victoria, qui assure la subsistance de 40 millions de personnes. Le gazoduc traversera également la vallée du Rift, l’une des régions les plus actives du monde sur le plan géologique. Plus de 300 événements sismiques d’une magnitude supérieure à 4,5 ont été enregistrés dans la région au cours des vingt dernières années, selon le US Geological Survey Earthquake Hazards Program (Programme des risques sismiques de l’US Geological Survey).

Standard Bank ne s’est pas engagée à rendre publiques ses évaluations de diligence raisonnable pour le pipeline. En mai 2021, son directeur général, Sim Tshabalala, a noté qu’un rapport préliminaire n’avait soulevé « aucun drapeau rouge ». La banque publiera toutefois ses objectifs en matière de changement climatique à la fin du premier trimestre. Les actionnaires réunis à travers Just Share affirment que la décision de la banque de publier – enfin – ses objectifs dans ce domaine n’a été prise que suite à la pression des activistes.

« Une évaluation crédible et réellement alignée sur les objectifs de Paris exclurait l’octroi de financements à ce projet hautement destructeur », avance pour sa part Robyn Hugo, directrice de l’engagement en faveur du changement climatique de Just Share.