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Charles Milhaud : « Le Maghreb est une continuité de l’Europe »

Président du directoire du Groupe Caisse d'épargne, il a choisi le premier conseil d'administration de sa nouvelle filiale, la Banque tuniso-koweïtienne, pour annoncer ses ambitions au Maroc, en Algérie et en Afrique.

Physique de méridional tout en rondeur, Charles Milhaud aime bien évoquer ses origines du sud de la France. Mais ce serait un « tropisme » (le mot est de lui) d’imaginer que cela influe sur la politique de déploiement de son groupe au sud de la Méditerranée. Le banquier qu’il est avant tout n’a pas d’états d’âme. À peine dix jours après l’annonce officielle de la cession de 60 % au Groupe Caisse d’épargne du capital de la Banque tuniso-koweïtienne (BTK), il s’est rendu à Tunis les 22 et 23 janvier pour présider le conseil d’administration de sa nouvelle filiale. Le moment marque, il est vrai, une nouvelle étape dans une carrière de quarante ans durant laquelle il a développé et modernisé un réseau de caisses coopératives connues sous l’enseigne de l’Écureuil jusqu’à en faire le troisième groupe bancaire français, qu’il veut aujourd’hui internationaliser.

Jeune Afrique : Vous voilà aux commandes de la BTK. Quels sont vos axes stratégiques pour cette banque ?

Charles Milhaud : Nous avons la volonté d’être un acteur pleinement tunisien et clairement engagé dans le développement de l’économie. En partenariat avec les actionnaires tunisiens et koweïtiens, le Groupe Caisse d’épargne souhaite faire de la BTK une banque universelle au service des territoires, des entreprises et de l’ensemble de ses clients. Nous entendons également accompagner et anticiper les besoins des clients tunisiens en France. L’importance de leur communauté dans la clientèle des Caisses d’épargne renforce la dimension de notre projet de croissance, qui favorise la création de passerelles entre les deux pays.

Avez-vous l’intention de recentrer la BTK sur certaines activités, et lesquelles ?

Même si un projet de développement sera prochainement proposé au conseil d’administration, je peux d’ores et déjà vous livrer les réflexions sur lesquelles nous avons travaillé. Le développement de la BTK bénéficiera pleinement des transferts de savoir-faire et de technologies du Groupe, qu’il s’agisse de banque commerciale, de banque d’investissement, de financement de projet, de crédit-bail, d’immobilier. Ces savoir-faire seront mis à profit pour compléter l’offre de produits et services de la BTK et de ses filiales spécialisées.

Comptez-vous renforcer la BTK, qui compte aujourd’hui trois agences et emploie 150 personnes ?

Je souhaite faire de la BTK un acteur de proximité doté d’un maillage complet. Son réseau de distribution sera étendu par l’ouverture d’une vingtaine d’agences. Par ailleurs, j’entends la doter des moyens humains nécessaires à son développement, en renforçant ses effectifs de quelque 150 collaborateurs au cours des cinq prochaines années. Nous développerons également des formations qualifiantes car l’axe majeur de notre politique de ressources humaines est de recruter les compétences, y compris en Tunisie, si nécessaire en formant les jeunes diplômés aux métiers bancaires.

Quelle est votre stratégie dans les autres pays au Maghreb ? Vous êtes déjà au Maroc.

Nous avons une participation significative dans le Crédit immobilier et hôtelier [25 %, NDLR], aux côtés d’un grand partenaire public, la Caisse de dépôts et de gestion du Maroc. Nous sommes impliqués ensemble dans le développement du CIH pour en faire une grande banque de la famille. Nous travaillons en outre sur d’autres projets dans ce pays, notamment liés à l’immobilier et aux financements de projets.

Vous intéresserez-vous aux privatisations en Libye, en Algérie ?

Bien sûr, nous avons d’autres objectifs, comme l’Algérie, mais nous aurons le temps d’y revenir. Globalement, nous sommes et serons très attentifs à tout ce qui peut se passer dans la zone en matière bancaire. Sur la Libye, la BTK me paraît être la plate-forme idéale d’un futur développement.

Et ailleurs en Afrique ?

Il est encore un peu tôt pour vous répondre. Notre présence en Afrique peut se traduire par des accords de partenariat, pas seulement par des opérations de croissance externe. Les relations suivies que nous entretenions avec la Caisse d’épargne de Côte d’Ivoire viennent d’ailleurs de se traduire par la signature d’un accord de partenariat.

L’État du Koweït est actionnaire de la BTK et vous venez de confirmer le directeur général koweïtien dans ses fonctions. La BTK peut-elle jouer un rôle pour votre implantation dans les pays du Golfe ?

Là encore, c’est un peu tôt ! Nous sommes fiers que l’État du Koweït et celui de Tunisie soient à nos côtés. Au-delà d’un lien capitalistique, c’est une analyse partagée de l’avenir et du développement de la BTK que nous allons développer. En ce qui concerne Abdelghaffar Ezzeddine, il est évident que les succès passés de la BTK sont à mettre à son actif, ainsi qu’à celui des personnels de la banque.

Vous ciblez donc en priorité le sud de la Méditerranée ?

Aujourd’hui, nous avons donné la priorité au Maroc et à la Tunisie. Demain, nous ne nous interdisons pas, bien au contraire, d’investir dans d’autres pays. Mais il est vrai qu’une de nos priorités géographiques est le Bassin méditerranéen. Pour nous, le Maghreb est une continuité de l’Europe, et plus particulièrement de la France, avec qui il partage une culture, une proximité. Au-delà, le dynamisme des pays, leur jeunesse sont autant de facteurs positifs. Les marchés bancaires de ces pays sont en pleine modernisation.

Comment comptez-vous combler votre retard par rapport aux autres banques françaises qui se sont implantées plus tôt dans ces pays ?

Je souhaite que le Groupe Caisse d’épargne ait un positionnement original de proximité, qu’il fasse appel aux ressources humaines locales, qu’il ait systématiquement recours à des partenaires locaux pour développer des marchés où les autres banques ne vont pas.

Le projet d’Union méditerranéenne du président français influence-t-il votre stratégie ? Tout comme le rôle que vous avez joué auprès de lui sur le dossier de l’épargne des migrants lorsqu’il était ministre de l’Intérieur ?

Que le président de la République française soit préoccupé et actif dans ce domaine ne peut que me réjouir. Pour autant, la volonté de notre groupe de s’impliquer dans le développement de la Méditerranée n’est pas nouvelle. Outre les contacts bancaires, d’affaires, que nous avons développés depuis plusieurs années, nous sommes également partenaires depuis trois ans déjà de l’Institut de prospective économique du monde méditerranéen [IPEMed], qui est l’embryon de la future Fondation du monde méditerranéen. Cette fondation, réunissant experts et chefs d’entreprise du Nord et du Sud, se consacrera en priorité à des projets associant financements publics et privés. Et j’ai d’ailleurs l’honneur d’en présider le conseil de surveillance pendant toute cette année 2008.

Quel sens donner à l’accord signé entre votre groupe et le gouvernement français pour instituer un "compte épargne de codéveloppement" destiné aux migrants en vue du réinvestissement dans leur pays d’origine ?

Il s’agit tout simplement de donner la possibilité aux migrants de réaliser des projets d’investissement au profit de leur pays d’origine dans des conditions sécurisées, tout en bénéficiant d’un accompagnement fiscal pris en charge par l’État français. Nous sommes à ce jour la seule banque à avoir signé une telle convention mais nous n’en revendiquons pas l’exclusivité. De façon plus générale, le groupe Caisse d’épargne se veut le vecteur de partenariats entre banques du Nord et banques du Sud pour, au-delà de la facilitation des flux financiers, développer des ressources de long terme et des produits d’investissement productifs au service des pays du Sud.

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