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Du bon et du mauvais usage d’une commémoration

Qui se souvient de Sakiet Sidi Youssef ? Le 8 février 1958, le bombardement par l’armée française de ce village tunisien frontalier de l’Algérie précipita l’arrivée au pouvoir, à Paris, du général de Gaulle et constitua le prélude à l’indépendance de l’Algérie. Ce nom reste le symbole du soutien de la Tunisie, indépendante depuis deux ans mais où des troupes françaises restaient stationnées, à la lutte de libération de son voisin.
Ce jour-là, vers 10 h 50, un marché où se pressaient des paysans venus de toute la région fut d’abord mitraillé par une escadrille de chasseurs volant en rase-mottes, raconte Mohamed Ben Smail dans L’Action, ancêtre de Jeune Afrique. Ensuite, trois vagues de sept bombardiers B-26 pilonnèrent la localité jusque vers midi. Bilan : 75 morts et 148 blessés, parmi lesquels des élèves d’une école primaire et des réfugiés algériens regroupés par une mission de la Croix-Rouge. Depuis, chaque 8 février, les deux pays commémorent conjointement ce carnage. Cette année, pour le cinquantième anniversaire, les présidents Zine el-Abidine Ben Ali et Abdelaziz Bouteflika sont attendus.
Cette célébration d’une page d’histoire commune va-t-elle enfin être mise à profit pour relancer la coopération entre les deux pays ? Il est permis d’en douter si l’on en juge par le programme de la manifestation, qui, en dehors de la cérémonie proprement dite, ne comporte qu’un match de football, un cross-country scolaire et une énième rencontre entre hommes d’affaires. Certes, un accord commercial « préférentiel » devrait être signé, mais il n’est pas le premier. Et les précédents ont toujours été rendus inopérants par les bureaucrates, rappellent les hommes d’affaires. D’ailleurs, les échanges commerciaux entre les deux pays, importations tunisiennes de gaz algérien comprises, n’ont pas dépassé en 2007 le montant dérisoire 700 millions de dinars (366 millions d’euros).
Alors, on rêve, sans trop y croire, que Ben Ali et Bouteflika s’entendent sur une vision politique commune. On rêve que tous les obstacles qui empêchent les entrepreneurs privés d’engager des partenariats afin de soutenir le vaste programme de développement de l’Algérie soient enfin balayés. On rêve, surtout, que les grands groupes énergétiques des deux pays s’engagent sans complexe dans des partenariats « structurants », en aval et en amont. Il n’y a pas de mal à rêver, non ?

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