Politique

Algérie-France : Rafik Smati, d’Alger à la campagne présidentielle française

Natif d’Alger, ce chef d’entreprise qui a fait fortune dans le numérique s’est lancé dans la course à l’Élysée. Mais le président du parti libéral-conservateur Objectif France doit d’abord obtenir les parrainages nécessaires. Itinéraire.

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Mis à jour le 10 février 2022 à 17:17

Rafik Smati, président du parti Objectif France. © Serge Mercier/PHOTOPQR/LA PROVENCE/MAXPPP

Sa première tentative ne l’a pas découragé. Après un ballon d’essai à la présidentielle française de 2017, le Franco-Algérien Rafik Smati se lance à nouveau dans la course à l’Élysée. Obtiendra-t-il cette fois les parrainages nécessaires pour voir sa candidature validée ? La bataille s’annonce rude pour le président du petit parti libéral-conservateur Objectif France, mais il a, depuis 2017, gagné en expérience et peaufiné son programme.

Rafik Smati n’a que 2 ans lorsque ses parents quittent l’Algérie en 1977 pour s’installer à Paris. Sous le régime socialiste du parti unique, son père est professeur de mathématiques et sa mère documentaliste à la Chambre de commerce d’Alger. Désireux d’offrir à leur fils un meilleur avenir, ils rejoignent la France.

Son groupe emploie une cinquantaine de personnes et réalise un chiffre d’affaires annuel de 7 millions d’euros

Après une enfance et une adolescence tranquilles dans le quartier de la Défense, à Paris, Rafik Smati décroche son bac Scientifique et intègre l’École supérieure de commerce de Bordeaux. À 21 ans, il a un premier contact avec le sommet du pouvoir en tant que membre de la délégation du Premier ministre Alain Juppé en visite officielle au Canada en juin 1996.

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Ce voyage renforce chez lui la passion pour la politique. Un an plus tôt, il s’était fait élire conseiller municipal à Puteaux (Hauts-de-Seine) sur une liste de centre-droit conduite par Charles Ceccaldi-Raynaud, un mandat qu’il conservera jusqu’en 2008. La politique d’un côté, le numérique de l’autre.

Encore étudiant à l’École centrale de Paris, Rafik Smati décide, en 1996, de fonder avec zéro investissement une start-up pour vendre des cartes de vœux numériques, alors que son père, estimant qu’internet n’a pas d’avenir, lui conseille plutôt d’intégrer un grand cabinet d’avocats. Il baptise sa petite entreprise « Dromadaire », un nom que sa mère lui suggère du fait de sa connotation exotique.

Ascension

Pour le lancement de sa start-up, le jeune chef d’entreprise loue un dromadaire pour distribuer des flyers sur le parvis du quartier d’affaires de la Défense. Le succès est immédiat. Dromadaire connaîtra même des déclinaisons en Espagne, en Allemagne et en Italie. En 2001, sa société réalise près de 120 000 euros de chiffre d’affaires.

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Avec peu de charges et un nombre réduit d’employés, l’affaire est très rentable. Au point que la petite start-up devient en 2008 le groupe Aventers, spécialisé dans l’impression numérique.

En 2010, Vivendi lui propose de racheter sa société, Dromadaire, pour le montant astronomique de 40 millions d’euros

Aujourd’hui, le groupe emploie une cinquantaine de personnes et génère 7 millions d’euros de chiffre d’affaires par an. Parallèlement à son business, Rafik Smati se lance dans l’écriture en publiant trois livres : Vers un capitalisme féminin (2010), Éloge de la vitesse : la revanche de la génération texto (2011), Révolution Y : la génération qui va redessiner l’Europe (2013).

Le succès d’Aventers finit par susciter l’intérêt des groupes français. En 2010, Vivendi lui propose de racheter Dromadaire pour le montant astronomique de 40 millions d’euros. Rafik Smati décline l’offre, qu’il estime trop peu élevée. « L’arrogance de la jeunesse », dit-il aujourd’hui avec une pointe de regret.

Business, édition… et toujours la politique. Ce père de deux enfants, qui partage sa vie entre Paris et la Provence où il possède une maison, se relance en 2015 en fondant Objectif France, un mouvement qui se proclame « à droite, à gauche et écologiste ».

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Le Franco-Algérien est alors régulièrement invité sur les plateaux télés. Il attire l’attention de François Hollande, qui l’invite à déjeuner à deux reprises au cours de son passage à l’Élysée entre 2012 à 2017. Deux rencontres qui ne connaîtront pas de suite.

Mauvaise pioche

Rafik Smati n’en nourrit pas moins des ambitions et se lance dans la course à la présidentielle de 2017. Mais la marche est trop haute. Il ne franchit pas l’étape des parrainages et décide de soutenir François Fillon, candidat des Républicains, alors englué dans l’affaire des emplois fictifs. « Entre Emmanuel Macron, l’homme du flou et de l’esquive, et François Fillon, l’homme solide, mon choix est fait », écrit Rafik Smati pour justifier sa préférence pour l’ex-Premier ministre de Nicolas Sarkozy.

Mauvaise pioche. François Fillon est balayé par le scandale, mais le patron de PME récupère quelques fillonnistes, qui le soutiennent dans son projet. Il est également rejoint par le général Bertrand Soubelet, ancien n°3 de la Gendarmerie nationale que François Hollande avait écarté en 2016 après la publication de son livre Tout ce qu’il ne faut pas dire (Plon). Soubelet deviendra vice-président d’Objectif France et directeur de campagne de Rafik Smati.

Notre principal objectif est de présenter 577 candidats aux prochaines législatives », assure-t-il

Ce dernier fait ses premières armes sur le terrain en investissant des structures locales. C’est ainsi que son mouvement, qui s’est mué en parti politique, présente 100 candidats aux élections municipales de juin 2020. Le parti de Rafik Smati tient son premier élu en la personne de Jacques Grandchamp, porté à la tête de la mairie de Publier, une commune de Haute-Savoie. Objectif France, dont la vocation est de « redonner sa grandeur à la France », selon son fondateur, compte aujourd’hui une centaine d’élus à travers le territoire et un millier d’adhérents.

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Rafik Smati saute à nouveau le pas et officialise sa candidature à la présidentielle le 21 janvier dernier. Il affirme qu’un comité de 150 personnes, dirigé par un ancien magistrat de la Cours des comptes, planche sur son programme politique, qui s’articule autour du triptyque transition énergétique, Europe et réforme territoriale.

S’agissant de l’Europe, son idée est plutôt originale. Rafik Smati propose de créer deux pôles européens dotés chacun de leur propre monnaie. Le premier, au Nord, serait dirigé par l’Allemagne. Le second, au Sud, serait pilotée par la France. Sa candidature à la candidature lancée, reste à obtenir les précieux parrainages. Un défi qu’il sait extrêmement difficile à relever. « Notre principal objectif est de présenter 577 candidats aux prochaines législatives », assure-t-il.