Culture

Burkina Faso : Kady Diarra, musicienne et femme intègre

La chanteuse est venue défendre son album « Burkina Hakili » sur la scène du festival Au fil des voix, à Paris. Un bel hommage aux traditions mandingues.

Mis à jour le 4 mars 2022 à 17:06

La chanteuse burkinabè, Kady Diarra, en concert à Paris, le 5 février 2022 © SADAKA EDMOND/SIPA

Les notes de balafon et de n’goni résonnent dans la petite salle du 360, complexe musical niché dans le quartier de la Goutte-d’Or, à Paris. Kady Diarra déboule sur la scène, une large tunique blanche en faso dan fani sur le dos et un turban éclatant sur la tête. La chanteuse, née en Côte d’Ivoire, compte bien défendre l’esprit du Burkina Faso, pays qui l’a vue grandir, en bambara Burkina Hakili – du nom de son troisième opus sorti en avril 2021.

Futuriste et traditionnelle

La vocaliste délivre ses premières mélopées en battant la mesure avec son shekeré, percussion en calebasse caractéristique des musiques mandingues, à la manière d’une conteuse, rendant ainsi hommage à sa mère et à sa grand-mère, toutes deux griottes. Mais aussi à la grande famille des nyamakala dont elle est issue, composée de tisserands, forgerons, conteurs et orateurs. « Je suis une messagère », revendique-t-elle. Un message qui se transmet de générations en générations, et que Kady Diarra partage aujourd’hui volontiers avec sa fille. Celle-ci l’accompagne aux chœurs dans ce nouvel opus et dès qu’elle le peut sur scène.

Perchée sur de très hauts talons à plateformes pailletées, la chanteuse parvient timidement à danser au rythme des percussions, laissant deviner un costume futuriste sous sa tenue traditionnelle. Bientôt la musicienne déroule son foulard, découvrant des cheveux courts et blonds platines, et se libère de sa robe pour dévoiler une combinaison argentée rehaussée d’un imposant collier en cauris.

Un travestissement qui témoigne de l’identité culturelle multiple de celle qui a grandi entre le pays des Bobo et Abidjan, avant de poser ses valises en France, en Ardèche, là où elle a composé et enregistré ses derniers morceaux avec les membres de sa famille. « Je suis la fille d’un père qui a fait l’armée française à Marseille, je porte un patronyme qui vient du Mali, j’ai traversé l’Afrique de l’Ouest. Je suis malienne, je suis burkinabè, je suis française, guinéenne, sénégalaise, je suis tout ! », clame-t-elle.

« L’esprit de Sankara est encore présent »

C’est donc en cinq langues, du bwamu, sa langue maternelle, au dioula, en passant par le moré, le bambara et le français, qu’elle insuffle l’esprit du Burkina, « pays des hommes intègres et de Thomas Sankara » martèle celle qui a accompagné en musique le « Che Guevara africain » lors de ses différents meetings avec son groupe de l’époque, Sidwaya (« La vérité est arrivée »), basé à Ouagadougou.

Je demande à la population africaine d’essayer de se comprendre, de se donner la main, d’être ensemble

Portée par des valeurs humanistes propres aux artistes coincés dans l’héritage des Musiques du monde, Kady Diarra, qui a commencé sa carrière de soliste en 1995, se montre nostalgique d’une époque pourtant révolue. Le Burkina vient d’être frappé par un coup d’État, et le Sahel est aujourd’hui miné par l’instabilité. Mais celle qui retourne au pays deux à trois fois par an n’est pas tout à fait déconnectée. « Je suis triste car le Burkina était stable jusqu’à présent. C’est depuis le départ de Blaise Compaoré qu’il n’y a plus la paix, observe-t-elle. Sankara est parti mais son esprit est encore très présent. Je demande à la population africaine d’essayer de se comprendre, de se donner la main, d’être ensemble », pose-t-elle, plus grave.

Un tourbillon de flûte larmoyante – le joueur sanglote franchement dans son instrument – enveloppe la salle. La vocaliste ouvre la ballade « Bi bé kè di » avec un slam soutenu par des chœurs. « Tous les pays d’Afrique de l’Ouest souffrent, lâche-t-elle en introduction. Même si le public ne comprend pas mes paroles, elles leur appartiennent. »

Mais pas question pour l’artiste de sombrer dans le misérabilisme. « Je veux avant tout donner de la joie de vivre aux gens », insiste-elle. Preuve avec le rythmique morceau « Sou » (La nuit), qui soulève le public, contraint à rester assis en raison des restrictions sanitaires, jusqu’à gagner la fosse. Kady Diarra s’empare cette fois d’un tama, instrument dont elle a appris à jouer grâce à son père. Et convainc une poignée de spectateurs, masqués, de danser au rythme de ses frappes de tambour. Comme pour rappeler que l’esprit du Burkina est aussi à la fête.