Politique

Exclusif – Éric Zemmour : les réseaux « africains » du candidat d’extrême droite

En lice pour la présidentielle française, l’ancien polémiste condamné pour provocation à la haine raciale dispose d’un réseau français aux nombreuses ramifications sur le continent. Enquête.

Réservé aux abonnés
Par
Mis à jour le 9 février 2022 à 12:30

Eric Zemmour et Bertrand de la Chesnais, à Abidjan, le 23 décembre 2021. © Compte Twitter Eric Zemmour

Si le candidat Éric Zemmour ne s’est rendu sur le continent qu’une seule fois, à Abidjan, fin décembre, il pourrait ajouter d’autres déplacements à son agenda d’ici au premier tour de l’élection présidentielle française, le 10 avril prochain. Selon nos sources, son avocat, Olivier Pardo, lui a ainsi suggéré de se rendre en Guinée équatoriale. Alors que le président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo et son fils Teodorín sont engagés dans un bras de fer avec Paris, l’ex-polémiste pourrait y trouver une oreille amicale.

Un ami de trente ans

Ancien avocat du chef de l’État équato-guinéen, Olivier Pardo a récemment proposé de nouveau ses services à l’entourage présidentiel dans l’affaire des biens mal acquis (BMA), dans laquelle Teodorín a été condamné en France. Son cabinet, OPlus – au sein duquel travaille également Rachida Dati –, estime que Malabo peut encore remporter le combat judiciaire qui l’oppose à Paris.

À Lire Éric Zemmour, une névrose algérienne

Si leur offensive n’a pas encore porté ses fruits, l’avocat et l’ancienne ministre française sont également actifs à Kinshasa. Le tandem a déposé en août 2021 une demande d’arbitrage contre le magnat israélien Dan Gertler au nom du gouvernement congolais devant la Cour internationale d’arbitrage de la Chambre de commerce internationale, à Paris.

Olivier Pardo, qui a par ailleurs représenté Imad Lahoud dans l’affaire Clearstream, est un ami de trente ans d’Éric Zemmour. Il le défend notamment dans ses fréquents procès en France – où il a encore été condamné le 17 janvier dernier pour provocation à la haine raciale.

L’ombre d’Avisa Partners ?

En Afrique, Éric Zemmour pourrait également bénéficier de sa proximité avec Arnaud Dassier, co-fondateur d’Avisa Partners, cabinet de conseil et d’intelligence stratégique. Fils du polémiste et homme d’affaires Jean-Claude Dassier – qui intervient régulièrement sur la chaîne française CNews, où Zemmour était lui-même chroniqueur –, ce dernier a débuté au sein des équipes de Jacques Chirac en 2002, a dirigé la campagne numérique de Nicolas Sarkozy lors de la présidentielle française de 2007, puis a rallié le centriste François Bayrou en 2012.

À Lire France : Avisa Partners, candidat au rachat de 35°Nord 

Partenaire de l’ancien d’Euro RSCG Matthieu Creux, qui a récemment piloté le rachat par Avisa de l’agence de communication 35°Nord, Arnaud Dassier a été désigné en janvier référent pour le département français du Loiret du mouvement Reconquête, fondé par Éric Zemmour. Il est également proche de la famille Tillinac, dont le père, Denis – aujourd’hui décédé –, a longtemps été un des relais de Jacques Chirac en Afrique. L’un de ses fils, Jean, fait partie de ses associés.

Selon nos informations, Arnaud Dassier a en outre été approché en 2021 par Sarah Knafo, la conseillère du candidat d’extrême droite, qui lui aurait proposé de s’impliquer dans sa campagne. Aucun contrat n’aurait cependant été signé entre Zemmour et Avisa Partners. Arnaud Dassier est toutefois actionnaire – comme Matthieu Creux – du magazine Causeur, réputé favorable aux thèses d’extrême droite.

Olivier Ubéda, expert de la droite française

En Afrique, Avisa Partners est notamment l’organisateur du Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique. Décidé à concurrencer l’Agence pour la diffusion de l’information technologique (ADIT), l’autre mastodonte français de l’intelligence stratégique, il s’est récemment rapproché d’Amarante International – une société de sécurité très présente en Afrique et pour laquelle travaille l’ancien patron de la DGSE Bernard Bajolet – et de son directeur général, Alexandre Hollander. Selon nos sources, les deux sociétés disposent déjà d’un accord empêchant Amarante de signer un contrat contraire aux intérêts d’Avisa Partners.

Pour sa communication officielle, Éric Zemmour s’appuie d’ores et déjà sur un autre professionnel habitué de la droite française : Olivier Ubéda, patron de UB Consultants, qui a travaillé successivement avec François Léotard, Jean-Pierre Raffarin, Alain Juppé, Nicolas Sarkozy, Jean-Louis Borloo et Bruno Le Maire, actuel ministre de l’Économie d’Emmanuel Macron. Conseiller en communication et relations presse du candidat d’extrême droite, Ubéda a travaillé en Guinée, où il a fondé en 2017 l’Agence africaine de communication publique et institutionnelle avec le communicant Ousmane Baldé.

Ex-généraux et forces spéciales

Éric Zemmour ne manque par ailleurs pas de soutiens dans les milieux militaires. Son directeur de campagne, le général Bertrand de la Chesnais, a occupé le poste d’inspecteur général de l’armée française, dont il faisait partie des plus hauts gradés. Encore très apprécié dans les réseaux en treillis, ce parachutiste de formation a effectué plusieurs missions à l’étranger, notamment au Tchad, avant de se reconvertir dans le privé en 2017 et de créer une société de conseil, BLC-Impact Consulting.

À Lire Éric Zemmour en Côte d’Ivoire : l’agenda très discret du candidat

Le général De la Chesnais – qui a travaillé avec le cabinet de conseil Roland Berger avant d’en démissionner en octobre 2021 en raison de son rôle auprès de Zemmour – est le principal organisateur du séjour à Abidjan en décembre. Accompagné de Sarah Knafo, le polémiste y avait rencontré des militaires français et avait bénéficié sur place d’un autre soutien, celui de Jean-Michel Lavoizard, ancien officier des Forces spéciales et patron de la société Aris-Intelligence, basée à Abidjan et spécialisée dans l’intelligence économique.

Le clan Bolloré en arrière-plan

Fort de ces relais, Éric Zemmour peut-il également faire une percée dans le monde des affaires en Afrique ? L’appui de Vincent Bolloré et de sa famille pourrait être décisif. Le magnat breton, dont le groupe reste très présent sur le continent, ne fait pas mystère de son soutien pour le candidat, notamment via différents médias du groupe Vivendi – la chaîne CNews en tête.

À Lire Côte d’Ivoire : ce que Cyrille Bolloré et Nicolas Sarkozy ont dit à Alassane Ouattara

Sa sœur, Chantal Bolloré (membre du conseil d’administration du groupe Bolloré), est une des donatrices de Reconquête, et son frère, Michel-Yves Bolloré, a co-fondé le collège privé pour filles L’École des Vignes avec Isabelle Muller, qui présidait l’établissement jusqu’en 2019. Cette dernière, ex-attachée de presse de Philippe de Villiers et de Denis Tillinac (dont les fils Henri et François dirigent l’agence d’e-réputation Nativiz) et ancienne chroniqueuse de CNews, est aujourd’hui la directrice de la communication d’Éric Zemmour.