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T’as de beaux vieux, tu sais…

La mortalité des adultes a beaucoup régressé en France. Résultat : l’espérance de vie a franchi la barre symbolique des 80 ans.

Il est de bon ton, depuis quelques années, de gloser sur le déclin de la France. À lire ses contempteurs, notamment outre-Atlantique, son économie bat de l’aile et son poids sur la scène internationale ne cesse de diminuer. Quelle que soit la pertinence du diagnostic, force est de constater qu’il est un domaine où ce pays qu’on dit à bout de souffle affiche une santé éclatante : la démographie.
En 2004, l’espérance de vie à la naissance a franchi le seuil symbolique des 80 ans (les deux sexes confondus), s’établissant à 76,7 ans pour les hommes et 83,8 ans pour les femmes. Si on la compare à 2002, elle a augmenté de dix mois, malgré une année 2003 marquée par la surmortalité liée à la canicule. C’est donc une progression sensiblement supérieure à celle des années précédentes : au cours du demi-siècle écoulé, l’espérance de vie a augmenté au rythme de trois mois par an : elle était d’environ 66 ans en 1950.
Mais il faut remonter encore plus loin dans le temps, comme le fait Gilles Pison dans le dernier numéro de Population & Sociétés, le bulletin de l’Institut national d’études démographiques (Ined), pour mesurer le chemin parcouru. Il y a deux cent cinquante ans, les Français vivaient en moyenne jusqu’à 25 ans. Avec une population deux fois moins nombreuse qu’aujourd’hui (62,4 millions d’habitants, dont 60,6 en métropole et 1,8 outre-mer), les naissances étaient sensiblement supérieures : 1 million, contre 765 000 aujourd’hui. Mais, dès l’âge de 10 ans, la moitié des enfants étaient décédés.
C’est donc grâce à la baisse de la mortalité infantile que la longévité s’est peu à peu accrue. On a notamment enregistré une forte progression au tournant des années 1800. Avec l’introduction de la vaccination contre la variole, la mortalité des enfants est tombée, en deux décennies, de 275 pour 1 000 à 185 pour 1 000 (un chiffre, hélas ! qu’on enregistre encore dans beaucoup de pays pauvres, notamment en Afrique).
Aujourd’hui, la mortalité en France est à 3,9 pour 1 000, un taux qui ne devrait plus beaucoup diminuer : les lois naturelles veulent qu’un minimum d’enfants soient condamnés à mourir, quelle que soit la qualité des soins qui leur sont prodigués. L’espérance de vie « ne progresse plus qu’en raison des succès rencontrés dans la lutte contre la mortalité adulte, en particulier aux âges élevés où se concentrent le plus de décès », souligne Gérard Pison.
Jusqu’au milieu du XXe siècle, les maladies infectieuses étaient encore responsables d’une part importante des décès de personnes âgées. Leur recul a entraîné une augmentation sensible de l’espérance de vie à 60 ans. Les principaux facteurs de décès des « vieux » étant désormais les affections cardio-vasculaires et les cancers, ce sont les succès enregistrés dans la prévention et le traitement de ces maladies qui expliquent aujourd’hui l’allongement de la durée de vie.
N’en déplaise aux partisans de la thèse d’une France déprimée, on vit plus longtemps dans ce pays parce qu’on y vit mieux. L’accroissement de la longévité est une conséquence directe des progrès de la médecine, de la qualité des soins disponibles et de l’hygiène de vie de la population. Sur ce plan, la France affiche un bilan flatteur. Seule une poignée de pays industrialisés a atteint le chiffre symbolique de 80 ans en matière de longévité – le record était détenu en 2003 par le Japon, avec 82 ans. Les États-Unis ne dépassent pas 78 ans. Signe de la situation sanitaire dramatique de l’Afrique subsaharienne, l’espérance de vie moyenne y est voisine de 45 ans.
La qualité de vie en France n’est sans doute pas étrangère non plus au dynamisme de la natalité. L’indicateur de fécondité, après avoir régulièrement décliné jusqu’au début des années 1990, ne cesse de remonter depuis, passant de 1,71 enfant par femme en 1995 à 1,90 en 2004. Les Françaises sont, avec les Irlandaises, les Européennes qui font le plus d’enfants. Bientôt, si cette tendance se confirme, elles seront même plus prolifiques que les Tunisiennes, dont l’indice de fécondité est tombé à 2,0 en 2003.

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