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CAN : l’hymne à la foi des Lions indomptables

Mené 3-0 par le Burkina Faso lors de la petite finale, le pays hôte a trouvé les ressources pour terminer sa Coupe d’Afrique sur la troisième marche du podium, samedi à Yaoundé. Une performance renversante marquée du sceau de la persévérance et de la formidable opiniâtreté des Camerounais.

Mis à jour le 9 février 2022 à 11:48

Auteur d’un doublé en moins de trois minutes en toute fin de match, Vincent Aboubakar a été le grand artisan de la révolte et de la victoire camerounaises. © ULRIK PEDERSEN/AFP.

Samedi soir à Yaoundé, on a cru le Cameroun terrassé. Devoir se relever en moins de 72 heures d’une cruelle élimination aux tirs au but en demi-finale face à l’Égypte afin de jouer le match pour la troisième place demandait déjà une résilience infinie ou, à tout le moins, une bonne dose d’abnégation.

Passer si près d’une finale, qui aurait pu rimer avec victoire triomphale et extase nationale, trouver la force morale de ne pas ressasser son amertume, remettre le bleu de chauffe pour tâcher d’apaiser la désillusion et apporter un peu de consolation à tout un pays… et se retrouver mené face au Burkina Faso 3-0 à quelque vingt minutes de la fin du match…

Des airs de la finale Liverpool-Milan de 2005…

Sens aigu du devoir

D’autres équipes auraient sombré corps et biens, et n’auraient pu empêcher la douloureuse de s’alourdir et les buts de s’enfiler comme des perles. Pas le Cameroun. Le Cameroun est une grande nation de football, et les Lions indomptables, qui ne portent décidément pas ce nom-là par hasard, ont puisé dans leurs ressources et leur sens très aigu du devoir pour, en l’espace d’un quart d’heure, renverser totalement la vapeur, revenir à 3-3, l’emporter aux tirs au but et terminer leur Coupe d’Afrique médaillés de bronze.

Tout avait donc très mal commencé pour les Camerounais, les Burkinabè menant 2-0 à la pause après des réalisations de Steeve Yago (24e) et de Kaboré (43e) à la suite d’une incroyable bévue du gardien de but Andre Onana. Au retour des vestiaires (49e), grâce à Djibril Ouattara, les Étalons, qui visaient une place sur le podium pour la troisième fois de leur histoire, pensaient avoir donné le coup de grâce aux Lions.

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Mais c’était sans compter la réaction d’orgueil et la vaillante abnégation de ces derniers, qui réduisaient la marque grâce à l’attaquant du SCO d’Angers Stéphane Bahoken à la 72e. Le match s’emballait, le public de Yaoundé rendu aphone par le froid réalisme burkinabè retrouvait enfin un peu de coffre.

Vincent Aboubakar, capitaine exemplaire

Entré à la mi-temps, le capitaine Vincent Aboubakar allait se charger de leur rendre toute l’étendue de leurs cordes vocales, et de donner à ce match – le plus prolifique de la compétition – des airs de finale de Ligue des champions de 2005, qui avait vu Liverpool remonter un écart de trois buts en deuxième mi-temps face au Milan AC puis l’emporter aux tirs au but. En 150 secondes (85e et 88e), le néo-trentenaire signait, de la tête puis du droit, un doublé digne des plus grands renards des surfaces. En inscrivant ses septième et huitième buts de la CAN, l’ancien de Lorient, Porto et Besiktas finira – sauf septuplé de Salah ou sextuplé de Mané dimanche soir – meilleur buteur du tournoi.

Symbole de cette sélection camerounaise, Andre Onana est resté debout, droit et fier

Toujours prêt à assumer ses responsabilités, disposé à donner l’exemple et enclin à insuffler de la combativité à ses troupes, Vincent Aboubakar décidait en bon capitaine d’ouvrir la séance de tirs au but. Être le premier à se présenter devant Aboubacar Sawadogo, qui au pied levé venait de remplacer Farid Ouedraogo – auteur d’une prestation remarquable jusqu’à ses deux sorties aussi hasardeuses que coûteuses des cinq dernières minutes – exigeait beaucoup de courage et des nerfs en acier trempé. Face à son homonyme, Capitaine Aboubakar marqua, sans trembler, et de fort jolie manière. Laquelle sut inspirer ses quatre coéquipiers (Nicolas Moumi Ngamaleu, Karl Toko Ekambi, Pierre Kunde, Ambroise Oyongo) pour battre le gardien burkinabè et son imposant mètre quatre-vingt douze.

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Si c’est bien Ambroise Oyongo qui a offert la victoire et la troisième place au Cameroun, le joueur décisif de la séance fut Andre Onana, auteur d’un très bel arrêt sur le troisième tir burkinabè. Coupable d’une faute de main aussi grossière que lourde de conséquences en fin de première mi-temps, le brillant gardien de l’Ajax Amsterdam a su se ressaisir, ne pas ruminer son erreur, rester dans son match. Debout, droit et fier. Comme un symbole de cette sélection camerounaise, renversante autant qu’héroïque, qui achève sa compétition invaincue, du bronze rutilant au cou.

De bon augure à moins de deux mois de la double confrontation contre l’Algérie pour la qualification à la Coupe du monde. Face à des Fennecs piqués dans leur orgueil à la suite de leur CAN ratée et de leur élimination prématurée, les valeurs affichées par les hommes de Toni Conceição samedi soir à Yaoundé et tout au long du mois de janvier seront indispensables. Si ces valeurs sont bien au rendez-vous des 26 et 30 mars prochains et que les joueurs de Djamel Belmadi n’offrent pas un autre visage que celui présenté lors de leurs trois matchs de poule, il y a fort à parier que ce sont les Lions indomptables qui rugiront au Qatar en novembre 2022. L’Algérie est prévenue, ne terrasse pas le Cameroun qui veut.