Politique

Maroc-Espagne : un surprenant accord gazier qui met Alger sur la touche

Madrid décide de faire un geste envers Rabat en l’aidant à se fournir en gaz via le gazoduc Maghreb-Europe… fermé par Alger en octobre dernier. Un nouveau signe de détente entre les deux royaumes après la crise diplomatique provoquée par le Ghaligate.

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Mis à jour le 4 février 2022 à 15:24

Depuis octobre 2021, l’Algérie n’alimente plus le gazoduc Maghreb-Europe (GME) © Adam Berry/Bloomberg via Getty Images

La réconciliation entre Rabat et Madrid se confirme : le gouvernement espagnol a annoncé, jeudi 3 février, qu’il allait aider le Maroc à « garantir sa sécurité énergétique » en lui permettant d’acheminer du gaz à travers le Gazoduc Maghreb Europe (GME), que l’Algérie n’alimente plus depuis fin octobre.

« Le Maroc a demandé un soutien pour garantir sa sécurité énergétique sur la base de [nos] relations commerciales, et l’Espagne y a répondu favorablement, comme elle l’aurait fait pour tout partenaire ou tout voisin », a ainsi indiqué le ministère espagnol de la Transition écologique dans un communiqué.

« Le Maroc pourra acquérir du gaz naturel liquéfié (GNL) sur les marchés internationaux, le faire livrer dans une usine de regazéification de l’Espagne péninsulaire et utiliser le gazoduc du Maghreb [GME] pour l’acheminer vers son territoire », a ajouté le ministère, sans donner plus de précisions sur le calendrier ou les volumes de gaz concernés.

Pourparlers

Sollicité, le ministère marocain de l’Énergie n’a pas fourni de détails, notamment financiers, sur cet accord. Mais selon des sources au département dirigé par Leila Benali, le Maroc était en pourparlers avec l’Espagne depuis plusieurs semaines pour utiliser les terminaux GNL des ports espagnols afin d’acheminer du gaz vers le Maroc via le GME.

Cet accord entre Madrid et Rabat intervient après que l’Algérie a décidé, fin octobre, de ne pas renouveler le contrat du GME, qui desservait l’Espagne via le Maroc, sur fond de vives tensions diplomatiques avec son voisin au sujet, notamment, du dossier du Sahara occidental. Des tensions qui ont conduit l’Algérie à rompre ses relations diplomatiques avec le royaume chérifien fin août.

Rabat a par ailleurs signé, fin novembre, un accord avec la société britannique Sound Energy

La décision d’Alger de fermer le robinet du GME a privé Rabat de gaz algérien, alors que, selon les experts, le Maroc couvrait 97 % de ses besoins en prélevant directement du gaz transitant sur son territoire, au titre des droits de passage, et en l’achetant à un tarif préférentiel au géant algérien Sonatrach.

En aidant le Maroc à se fournir en gaz, Madrid fait un geste envers Rabat et tente d’apaiser les tensions suscitées par l’accueil en Espagne, en avril 2021, de Brahim Ghali, le chef du Front Polisario, pour s’y faire soigner. La crise diplomatique majeure que cet épisode a déclenchée a eu pour point culminant l’arrivée, mi-mai, de près de 10 000 migrants dans l’enclave espagnole de Ceuta.

Projet de terminal de GNL à Mohammedia

Rabat a par ailleurs signé fin novembre un accord avec Sound Energy pour que cette société britannique lui fournisse du gaz provenant d’un gisement qu’elle exploite à Tendrara, dans l’est du Maroc. Aux termes de ce contrat, Sound Energy s’engage à produire et à livrer à l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (Onee) jusqu’à 350 millions de mètres cubes de GNL par an, pendant dix ans. Ce gaz transitera par la partie marocaine du GME.

Par ailleurs, un projet de terminal de GNL dans le port de Mohammedia, près de Casablanca, est actuellement à l’étude. L’Espagne continue pour sa part d’être approvisionnée en gaz par l’Algérie, son premier fournisseur, via le gazoduc sous-marin Medgaz, qui relie directement les deux pays et dont la capacité va être augmentée pour compenser l’arrêt du transit via le GME.

Avec l’AFP