Politique

RDC – États-Unis : ces lobbyistes qui aident Fayulu et Katumbi à faire pression sur Tshisekedi

Dans la perspective de la présidentielle de 2023, Martin Fayulu cherche des appuis à Washington, tout comme Moïse Katumbi avant lui.

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Mis à jour le 4 février 2022 à 15:42

Moise Katumbi et Martin Fayulu. © Montage JA; Vincent Fournier/JA; Bruno Lévy pour JA

Est-ce au tour de Martin Fayulu de miser sur le soutien des États-Unis pour faire avancer sa cause ? Selon le contrat de lobbying rendu public par le département américain de la Justice, l’opposant a désormais recours aux services du cabinet Future Pact LLC moyennant 17 500 dollars par mois. Signé le 21 janvier dernier, celui-ci durera jusqu’en décembre 2023, date à laquelle doivent se tenir les prochaines élections générales en RDC.

Jeffrey Smith à la manœuvre

Future Pact LLC est une société dirigée par Bruce Fryer, lequel officiait précédemment pour un autre cabinet baptisé Sanitas International. Pour l’occasion, il travaillera de concert avec Jeffrey Smith, patron de Vanguard Africa, une ONG pro-démocratie qui plaide notamment pour l’organisation d’élections transparentes en RDC et qui soutient de nombreux opposants sur le continent (Tundu Lissu en Tanzanie, Maurice Kamto au Cameroun ou Bobi Wine en Ouganda).

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Avant le scrutin de décembre 2018, Fayulu avait déjà eu recours aux services de lobbyistes américains. Il espère que le département d’État, qui a apporté son soutien à Félix Tshisekedi depuis son arrivée au pouvoir, sera aujourd’hui plus sensible à sa cause. Ces derniers mois, il a notamment alerté sur le choix du président congolais de confirmer la nomination de Denis Kadima, qui lui est réputé proche, à la tête de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni).

Moïse Katumbi a engagé trois cabinets américains pour un montant total de 80 000 dollars par mois

L’opposant n’est pas le seul à s’organiser dans la perspective de 2023 et à chercher un appui du côté de Washington. Officiellement allié au chef de l’État au sein de l’Union sacrée, Moïse Katumbi a engagé pas moins de trois cabinets depuis juin dernier : King & Spalding, le groupe DCI et Brownstein Hyatt – pour un montant total de 80 000 dollars par mois. L’ancien gouverneur du Katanga, par ailleurs homme d’affaires prospère, compte sur eux pour peser sur les « questions liées aux élections libres et équitables ».

Katumbi a notamment essayé de faire en sorte que les États-Unis s’opposent au projet de loi porté par le député Noël Tshiani, qui voulait faire adopter un texte stipulant que la fonction de président était réservée aux personnes nées de deux parents congolais. Né d’un père juif grec, Katumbi n’aurait pas pu briguer la magistrature suprême si le texte était passé.

Les contrats de Kinshasa

Le lobbying de Moïse Katumbi a déjà porté quelques fruits : Chris Smith, un républicain membre de la Commission des affaires étrangères du Congrès, a publié une déclaration avant le début de la dernière session parlementaire congolaise, en septembre, reprenant l’argument de King & Spalding selon lequel la loi Tshiani est contraire au droit international et à la Constitution congolaise.

L’ambassadeur américain en RDC, Mike Hammer, a lui qualifié cette proposition de loi de « ligne rouge » pour les États-Unis. Et fin janvier, une délégation américaine s’est rendue à Kinshasa. Dana Banks, la directrice Afrique du Conseil de sécurité nationale, et Amy Holman, la secrétaire d’État adjointe aux Affaires africaines, ont rencontré Kadima pour discuter de « l’importance de préparer des élections libres, équitables et inclusives en 2023 » et promettre le soutien des États-Unis à « un processus électoral crédible et opportun ».

Le ministère des Finances s’est offert un contrat avec le cabinet Baker & McKenzie estimé à 1,85 million de dollars

Enfin, le gouvernement de Félix Tshisekedi n’est pas en reste. Depuis mai 2020, le ministère des Finances s’offre les services du cabinet d’avocats Baker & McKenzie. Le contrat – évalué à 1,85 million de dollars – est destiné à aider Kinshasa dans ses efforts de restructuration économique et ses relations multilatérales avec le FMI. En novembre, ce même ministère a également signé un contrat de 415 000 dollars avec Endsight Consulting, société basée à Washington, pour l’aider à améliorer ses performances pour être éligible à une subvention de développement de la Millennium Challenge Corporation.

Le 21 janvier 2019, le chef de l’État avait signé un contrat avec Avenue Strategies, une firme de lobbying dirigée par Corey Lewandowski et Barry Bennett, deux collaborateurs de la campagne de son homologue d’alors, Donald Trump. Le contrat, qui a couru jusqu’au 28 février 2019 pour la somme de 90 000 dollars, visait à « faire progresser les relations stratégiques du président et de son gouvernement avec les États-Unis ».