Économie

Côte d’Ivoire : ce que Cyrille Bolloré et Nicolas Sarkozy ont dit à Alassane Ouattara

Lors de leur séjour éclair à Abidjan, les 24 et 25 janvier, le patron du groupe Bolloré Transport and Logistics et l’ex-président français se sont entretenus avec le chef de l’État ivoirien. Voici les coulisses de cette « opération déminage ».

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Mis à jour le 3 février 2022 à 18:02

Alassane Ouattara et Cyrille Bolloré. © Montage JA; ROMUALD MEIGNEUX/SIPA; Issam Zejly pour JA

Cyrille Bolloré était accompagné de son bras droit Philippe Labonne, directeur général de Bolloré Ports, et de Nicolas Sarkozy, ami intime d’Alassane Ouattara. Selon nos informations, les autorités ivoiriennes ont estimé que Bolloré Transport & Logistics (BTL) leur avait manqué de respect dans l’opération de cession à l’italo-suisse Mediterranean Shipping Company (MSC) de leurs activités africaines, composées de trois concessions ferroviaires, seize terminaux à conteneurs, 35 ports secs, deux chantiers navals et sept terminaux roll-on/roll-off.

Agacement

En effet, les autorités ont appris l’existence de cette transaction – toujours en cours et fixée à 5,7 milliards d’euros – dans la presse, alors que Bolloré détient une concession dans chacun des deux terminaux à conteneurs du port d’Abidjan. L’État a investi 1,5 milliard d’euros dans ce dernier, qui se trouve être le cœur des activités africaines de Bolloré. La cession à MSC sans l’aval des autorités ivoiriennes avait suscité l’indignation. Alassane Ouattara n’a donc pas caché son agacement à Cyrille Bolloré et à Philippe Labonne – et donc à Nicolas Sarkozy, qui jouait les médiateurs. « Nous leur avons tiré un peu les oreilles », soutient une source ivoirienne.

Une seconde inquiétude porte sur la situation de monopole de fait dont jouira l’armateur italo-suisse, qui possède déjà une concession à San-Pédro, deuxième plateforme portuaire du pays et numéro un mondial des exportations de fèves de cacao, dans lequel l’État a investi 1,5 milliard d’euros. Bolloré a donc rassuré le président ivoirien et son Premier ministre, Patrick Achi, et leur a assuré qu’ils seraient informés des prochaines étapes du processus.

Séance d’explication

Ce n’est pas la première fois que Nicolas Sarkozy accompagne un patron de groupe occidental rendant visite à son ami Ouattara. En février 2020, il a ainsi épaulé le magnat minier Beny Steinmetz. L’ancien chef d’État a par ailleurs été un acteur du développement en Côte d’Ivoire du groupe hôtelier français Accor, dont le Qatar est le premier actionnaire.

Pour Cyrille Bolloré, la deuxième étape de ce séjour en terre ivoirienne a consisté en une séance d’explications avec l’ensemble des présidents de conseil d’administration et directeurs généraux des régions où BTL est implanté, réunis à Abidjan. Fin décembre, le patron français avait détaillé dans une lettre le choix de MSC, « un partenaire historique » avec lequel son groupe partage « de nombreuses similitudes ».