Politique

Égypte : ex-indic du FBI et ami de Kadyrov, l’incroyable destin du manager de MMA Ali Abdelaziz

Considéré comme l’un des managers les plus puissants du MMA (mixed martial arts), cet Égyptien de 44 ans ne laisse personne indifférent. Son passé sulfureux et sa toute-puissance dans le milieu en ont fait un homme à part dans l’industrie du combat.

Réservé aux abonnés
Mis à jour le 3 février 2022 à 16:03

Ali Abdelaziz, patron de Dominance MMA Management. © DR

« T’es encore soûl mec. Khabib a pris ton âme et ne te l’as jamais rendue, s***** de punk. » Ce petit poème en prose adressé en octobre au combattant de MMA (mixed martial arts) irlandais Conor McGregor n’émane pas d’un internaute abrité derrière l’anonymat des réseaux sociaux, mais de Ali Abdelaziz, le manager égyptien du désormais retraité Khabib Nurmagomedov, le champion russe de la discipline.

Une allusion au légendaire combat qui a opposé, le 6 octobre 2018, McGregor à Nurmagomedov et qui a enregistré le record absolu de 2,4 millions de ventes recensées par le pay-per-view, le système de visionnage à la demande.

À la tête de Dominance MMA Management, le natif du Caire, qui compte dans son écurie pas moins de 300 athlètes, a joué un rôle central dans ce succès d’audience et largement contribué à propulser ce sport relativement marginal sous les feux de la rampe.

L’impresario n’hésite pas à donner de son corps, du poing en particulier, pour défendre ses ouailles

Outre son poulain le plus connu, Khabib Nurmagomedov, le héros du Daguestan, Ali Abdelaziz a également pris sous son aile d’autres stars de la discipline : le Nigérian Kamaru Usman et les Américains Henry Cenjudo et Justin Gaethje. Patron d’un empire basé à New York et à Las Vegas, l’homme impressionne par la puissance qu’il a acquise dans le milieu en quelques années.

« Un manager pas comme les autres »

« Son vivier de combattants est aussi énorme que son influence, explique Alexandre Herbinet, l’un des spécialistes français de la discipline. Lorsqu’il était à la tête du PFL [avec l’UFC, l’autre organisation phare du MMA], il était à la fois promoteur de combats et manager, glisse-t-il. Sa puissance grandissait de jour en jour. Nous n’étions pas loin du conflit d’intérêts. Grâce à son réseau, il a des relations dans toutes les strates des différentes organisations du MMA. »

Pourtant, l’homme ne se destinait pas à être manager. C’est Renzo Gracie, la star de Jiu-Jitsu brésilien, qui, un jour, lui demande de le représenter pour un combat. De fil en aiguille, le bouche à oreille aidant, il se met à élargir son cercle de combattants, jusqu’à devenir aujourd’hui une figure incontournable de la planète MMA.

« Ce n’est pas un manager comme les autres », assure le site internet de son agence. Et dans les faits, force est de constater que l’impresario n’hésite pas à donner de son corps, du poing en particulier, pour défendre ses ouailles. Il a participé à la fameuse altercation qui a opposé l’équipe McGregor et les membres du staff de Khabib après le combat du 6 octobre 2018.

Il faut dire qu’en matière de combat, Ali Abdelaziz en connaît un rayon. Cinq titres de champion national de judo, une participation aux Jeux olympiques d’Atlanta en 1996 et une brève carrière de combattant d’Ultimate Fighting Championship (UFC) (3 défaites pour 1 victoire entre 2004 et 2007) lui confèrent un statut de connaisseur de la discipline.

Il lui arrive de s’entraîner avec ses hommes, dont certains le laissent même avoir accès à leur compte Twitter, preuve du lien de confiance qui les unit à leur mentor.

Indic’ pour le FBI

Mais entre le moment où il a raccroché et ses débuts dans la carrière de manager, Ali Abdelaziz a connu une période plus tumultueuse. Un épisode de sa vie étalée à la face du monde par Conor McGregor en personne. « Terrorist snitch ! » (en français : « balance terroriste »), lui avait-il lancé en marge de la conférence de presse de l’événement face à Khabib Nurmagomedov.

Son amitié avec le sulfureux Ramzan Kadyrov, le chef de la République de Tchétchénie, ne passe pas inaperçue

L’Irlandais faisait référence aux révélations de l’ouvrage Enemies Within: Inside the NYPD’s Secret Spying Unit and bin Laden’s Final Plot Against America, d’Adam Goldman et Matt Appuzzo, publié en 2013 et dans lequel on apprend que le Cairote a été recruté par la police new-yorkaise et le FBI comme informateur au sein de « Muslims of America », une communauté religieuse de Virginie. Alors qu’il purgeait une peine de prison depuis 2001 pour falsification de documents d’identité, il aurait été recruté par la police new-yorkaise en 2003.

Mais il semblerait, toujours selon l’ouvrage, que l’Égyptien ait été soupçonné de connivence avec l’organisation, voire d’être un agent double, ce qui a mis fin à sa collaboration avec les autorités américaines en 2010.

Tout cela est aujourd’hui derrière lui. Et son empire ne se limite pas aux frontières américaines. Le Brésil et la Russie sont ses nouveaux terrains de prospection.

Mais là encore, Ali Abdelaziz ne fait rien comme les autres. Son amitié avec le sulfureux Ramzan Kadyrov, le chef de la République de Tchétchénie, aux ordres de Vladimir Poutine, ne passe pas inaperçue. « Il y a clairement une relation d’affaires entre les deux hommes, explique Alexandre Herbinet. Kadyrov demande à Abdelaziz de recruter des talents tchétchènes et de les insérer dans le circuit américain grâce à son réseau. »

La présence du Tchétchène au premier rang lors du combat entre Khabib Nurmagomedov et l’Américain Dustin Poirier, en septembre 2019, est pratiquement passée inaperçue. Mais elle en dit long sur la relation qu’entretient Kadyrov avec le MMA. Les carrières des combattants parrainés par le président tchétchène sont toutes gérées par Dominance MMA Management…

Francis Ngannou

Loin de ce dossier sensible, l’Égyptien se montre plus à l’aise sur les réseaux sociaux. Sur Twitter, il n’hésite pas à provoquer et à invectiver les futurs adversaires de ses poulains. L’Irlandais Conor McGregor? « Plus un combattant de haut niveau. » La légende du MMA Georges St-Pierre ? Il serait « mis KO » par Kamaru Usman.

Eh Francis Ngannou, tu veux pas perdre de l’argent pour le match de l’Égypte contre le Cameroun ? »

« Ce n’est pas le seul à faire du trash-talking, mais il le fait avec plus de véhémence que les autres managers. C’est juste du business, tempère Alexandre Herbinet. Il sait très bien faire monter la mayonnaise pour valoriser les combats de ses champions. »

Dernière banderille, lorsqu’il chambre le nouveau champion camerounais des poids-lourds de l’UFC : « Eh Francis Ngannou, tu veux pas perdre de l’argent pour le match de l’Égypte contre le Cameroun ? » à l’approche de la demi-finale de la Coupe d’Afrique des nations qui oppose les deux équipes, ce 3 février 2022. Quelle que soit l’issue de ce match, nul doute que l’Égyptien serait ravi de voir l’un de ses gladiateurs défier le nouveau boss de la discipline.