Politique

Maroc-Israël : Einat Levi, cheville ouvrière de la nouvelle relation diplomatique

Ses origines marocaines l’ont conduite sur les traces de ses ancêtres, puis au cœur de la coopération entre l’État hébreu et le royaume. Portrait d’Einat Levi, collaboratrice polyvalente du bureau de liaison israélien à Rabat.

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Mis à jour le 2 février 2022 à 11:46

Einat Levi, collaboratrice polyvalente du bureau de liaison israélien à Rabat. © Doc TV via Youtube

Il y a les figures de la relation maroco-israélienne – Serge Berdugo, l’ambassadeur David Govrin, le rabbin David Pinto ou encore Meir Ben Shabbat. Et il y a les chevilles ouvrières, ceux qui donnent corps à la coopération entre les deux États depuis le rétablissement des liens diplomatiques en 2020. Einat Levi est de ceux-ci.

Chercheuse en sciences politiques, cette Israélienne de 39 ans collabore depuis mars 2021 avec le bureau de liaison israélien à Rabat sur les dossiers économiques. Diplômée de l’université hébraïque de Jérusalem, elle est titulaire d’une licence en relations internationales et Moyen-Orient, ainsi que d’une maîtrise en études de gestion et de règlement des conflits.

Elle est associée à deux think tanks, à la frontière du lobbying et de la recherche. Le premier est l’Institut israélien des politiques extérieures et régionales (Mitvim) avec lequel elle collabore depuis mars 2017 et qui « vise à remodeler les relations d’Israël au Moyen-Orient, en Europe et en Méditerranée ».

Le deuxième, avec qui elle travaille depuis septembre 2019, est le Forum for Regional Thinking, « qui œuvre à élargir le discours en Israël sur les questions liées au Moyen-Orient ».

Dans un papier publié pour Mitvim sur les origines de la coopération israélo-marocaine, elle revient sur les contrats de défense entre les deux pays et confirme la thèse de ventes d’armes conclues avant l’accord de coopération militaire signé le 24 novembre dernier (en 1963 via l’Iran et en 2013 via la France). Des révélations reprises dans les médias d’opinion algériens pour dénoncer la normalisation entre le royaume et l’État hébreu.

Porte-parole officieuse du bureau de liaison

Entre rencontres bilatérales et webinaires, Einat Levi s’emploie, depuis octobre, à promouvoir la coopération culturelle et économique entre les deux pays. Elle a notamment participé à une série de réunions et d’ateliers destinés à mettre au jour les opportunités culturelles et économiques qui s’offrent aux hommes d’affaires des deux pays.

Einat Levi « a beaucoup d’expérience, mais elle n’a pas le statut de diplomate. Elle s’occupe surtout de tout ce qui concerne les questions économiques au bureau de liaison », confirme Eyal David, numéro deux du bureau de liaison israélien à Rabat. « Les deux seuls diplomates israéliens à Rabat sont Monsieur l’Ambassadeur Govrin et moi-même. »

Ses grands-parents ont quitté Meknès en 1952, elle y retourne soixante ans plus tard sur les traces de ses ascendants

Son statut pour le moins flou ne l’empêche pas d’annoncer à plusieurs reprises et en avant-première sur ses réseaux sociaux la signature de contrats de coopération dans les domaines commerciaux, industriels et culturels. Le 28 janvier, elle a été la première à communiquer sur la coopération agricole entre l’université hébraïque de Jérusalem et l’Institut Hassan II d’Agriculture et de Médecine vétérinaire.

Via Facebook et Twitter, elle a annoncé, avant le numéro un du bureau de liaison, David Govrin, la création de la Chambre de commerce israélo-marocaine en juillet, la signature d’accords entre l’université polytechnique Mohammed VI et l’université israélienne Reichman ou encore entre les fédérations marocaine et israélienne de basketball.

Cette native de Haïfa a des origines marocaines, mais aussi tunisiennes, irakiennes et kurdes. Ses grands-parents ont quitté Meknès en 1952. Elle y retourne soixante ans plus tard, sur les traces de ses ascendants. En visitant pour la première fois le village de sa famille, elle aurait découvert que le frère de son grand-père a été victime, en 1954, avec cinq autres juifs de la région, d’un crime judéophobe à Sidi Kacem. Loin d’affaiblir son identité marocaine, elle affirme que cette tragédie familiale l’a au contraire renforcée.

Ambassadrice de la culture judéo-marocaine

Dans le cadre de « Connection to Morocco », l’association qu’elle a fondée, Einat veut renforcer les liens culturels entre les deux pays. « Connection to Morocco » aide par exemple les touristes israéliens à obtenir des visas pour le Maroc, organise des délégations pédagogiques, conseille les voyageurs, ainsi que les entrepreneurs sur les subtilités du Maroc.

Einat Levi, membre du Program for Leadership in Jewish Culture de l’Institut Mandel, est aussi à la tête d’un réseau de juifs marocains dans le monde. Via son association et ses réseaux sociaux, elle propose des conférences sur la culture judéo-marocaine et de la documentation numérique à propos du patrimoine culturel et historique de la communauté juive marocaine.

Son projet digital “The Moroccan Jewish Story in 360”, lancé en mars 2016, rassemble désormais plus de 3 000 documents d’archives et réunit plus de 2 000 membres actifs. Il propose en outre des visites virtuelles immersives en 360° de sites du patrimoine juif marocain.

Cette communauté qui « brise les frontières traditionnelles », proclame le site, se consacre à la reconstruction d’une mémoire judéo-marocaine collective pour « panser les blessures des souvenirs perdus » et créer un pont entre cette génération immigrée et son Maroc d’origine.