Économie

Maroc – Hicham Naciri : Akhannouch, Elalamy, El Majidi… Le réseau de l’avocat du palais

L’avocat d’affaires des grands groupes marocains, très sollicité par les VIP du royaume, est aussi celui du secrétariat du roi Mohammed VI. Un cas unique dans le pays. Enquête.

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Mis à jour le 21 février 2022 à 13:02

Le réseau de Hicham Naciri.

Au Maroc, prononcer le nom d’Hicham Naciri pour tenter d’en savoir plus à son sujet suffit à abréger les conversations. Le fils de l’ancien bâtonnier et ministre de la Justice est à la fois l’avocat le plus puissant du royaume, l’un des plus respectés et des plus discrets.

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Formé à la faculté de droit de Montpellier en même temps que Kamal Nasrollah, son confrère de Baker & McKenzie, puis passé à Paris au sein du cabinet Gide dans la deuxième partie des années 1990, ce spécialiste du droit des affaires ne conseille pas uniquement les élites économiques dans leurs projets d’investissements. Depuis le décès de son père, l’avocat défend les intérêts du roi Mohammed VI.

En 2015, c’est lui qui a endossé le costume d’agent secret pour enregistrer lors de plusieurs rendez-vous les journalistes français Éric Laurent et Catherine Graciet accusés de vouloir faire chanter le palais. Une affaire toujours en cours à Paris, à l’occasion de laquelle il a noué des liens avec le pénaliste Éric Dupond-Moretti, aujourd’hui ministre de la Justice. Cette charge royale, l’avocat l’a hérité de son père, Mohamed Taïeb Naciri, intime d’Hassan II et en son temps, lui aussi avocat du royaume.

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Dans les années 1990, celui-ci avait déjà attaqué la presse française et obtenu la condamnation du quotidien Le Monde pour diffamation parce que l’un de ses journalistes avait relayé des accusations de complicité de l’entourage royal dans le trafic de drogue. Impossible d’en savoir plus sur la relation, probablement personnelle tant ces affaires sont sensibles, qui lie Hicham Naciri et Mohammed VI. Loyal, l’avocat sait qu’il doit le rester en toute circonstance, sous peine d’être révoqué en un claquement de doigt. Au sein du palais, son seul contact officiel est Mohamed Mounir El Majidi, secrétaire particulier du roi, mais également client de l’avocat, quand en 2016, il lui demande de répondre à la presse qui le met en cause dans le dossier des Panama papers. Dans le cadre de ses relations avec le pouvoir, il travaille évidemment régulièrement avec Hassan Ouriagli, à la tête du holding royal Al Mada.

Ses compétences et l’entregent de son père l’ont placé parmi les avocats préférés des VIP marocains

Des prestations juridiques dont a aussi profité la société immobilière Immohold, propriété de la princesse Lalla Meryem, sœur aînée de Mohammed VI. Plus classiquement, l’associé du cabinet londonien Allen & Overy est impliqué, comme le faisait son père avant lui, dans un grand nombre de dossiers qui touchent aux intérêts de l’État. En septembre dernier, il a par exemple été désigné pour représenter son pays devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (Cirdi) de la Banque mondiale dans un arbitrage qui met face-à-face Autoroutes du Maroc et la société française Finetis. Il est également l’avocat du royaume dans l’affaire, toujours en cours devant le Cirdi, qui oppose Rabat à l’investisseur saoudo-éthiopien Mohammed al-Amoudi au sujet de la Samir, société spécialisée dans le raffinage de produits pétroliers.

Lorsque Hicham Naciri a rejoint le cabinet paternel en 2000, il a très vite appliqué les recettes des firmes internationales et développé une activité de conseil en phase avec les attentes des investisseurs. Au fil des dossiers, ses compétences et l’entregent de son père l’ont placé parmi les avocats préférés des VIP marocains.

Il compte parmi ses clients Othman Benjelloun, fondateur du groupe Financecom, premier actionnaire et PDG de la Bank of Africa. En 2021, Hicham Naciri a géré la fusion des affaires du milliardaire et de sa famille pour créer le groupe O CAPITAL. C’est au sein de BMCE que l’avocat a débauché en 2004 Yassir Ghorbal, devenu son bras droit pour la gestion de ses clients internationaux.

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Mohamed Kettani, patron d’Attijariwafabank, et Karim Mounir, actuel dirigeant du groupe Banque populaire (BCP), figurent également dans son carnet d’adresses, tout comme Mohamed Benchaaboun, ex-numéro un de BCP, désormais ambassadeur du Maroc à Paris, après avoir été pendant deux ans ministre de l’Économie.

Autre personnalité qui a profité des conseils du cabinet Naciri : Aziz Akhannouch. L’actuel Premier ministre s’était notamment adressé au père et au fils quand il a intégré le gouvernement en 2007 pour vérifier qu’il pourrait mener de front son rôle de ministre et celui d’actionnaire principal du groupe Akwa. Lors de sa nomination à la primature en septembre 2021, ce dernier a annoncé se retirer de la gestion de ses affaires.

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Des relations qu’il n’affiche pas publiquement, se tenant à l’écart des partis politiques, fuyant les soirées qui réunissent les élites à Casablanca. Moulay Hafid Elalamy, fondateur du groupe Saham et ancien ministre de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Économie numérique, fait aussi partie de cet imposant portefeuille de clients. C’est par son intermédiaire qu’il s’est rapproché de Nadia Fettah Alaoui, ex-patronne de Saham Finances et actuelle ministre de l’Économie. Le patron de l’OCP, Mostafa Terrab, proche du palais et Mohamed Hassan Bensalah, PDG d’Holmarcom et frère cadet de Myriam Bensalah, ancienne patronne des patrons marocains complètent ce groupe de notables incontournables dans le royaume, dont Hicham Naciri défend régulièrement les intérêts.

Une longue liste d’investisseurs étrangers

Dans les milieux financiers, il est par ailleurs connecté à Said Ibrahimi, directeur général de l’autorité Casablanca Finance City, Zineb Abbad El Andaloussi, associée au sein de la société d’investissement Helios, Adil Douiri, patron de la banque CFG et fondateur de Mutandis, auxquels on peut ajouter Mehdi Tazi, ex-dirigeant de Saham, actuel président du courtier Beassur Marsh et vice-président du patronat marocain. Majoritairement centré sur le Maroc, il supervise néanmoins un certain nombre de dossiers panafricains, dont celui de la société minière Managem, dirigé par Imad Toumi et contrôlé par le holding royal Al Mada.

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Des clients marocains auxquels on pourrait ajouter une longue liste d’investisseurs étrangers comme le fonds émirati Mubadala, présidé par le prince héritier et ministre de la Défense d’Abou Dhabi, Mohammed Ben Zayed (MBZ) ou l’énergéticien émirati Taqa, dont la filiale marocaine est dirigée par son ami Majid Iraqi.

En marge de ces dossiers lucratifs, son cabinet prend en charge pro bono des affaires qui le touchent, notamment des cas d’agressions sexuelles sur des enfants. Il est par ailleurs actionnaire de la société de promotion immobilière dirigée par son frère, Omar Naciri, qui met en valeur le patrimoine foncier familial. Mais selon nos sources, il n’intervient pas directement, préférant laisser la main à Jihad Agouram, l’un de ses anciens collaborateurs au sein de Gide.

Pour évacuer la pression du cabinet, Hicham Naciri s’adonne depuis plus d’une dizaine d’années à la course à pied. Il a déjà couru les marathons de Londres, Berlin, Valence et Florence. Quatre à cinq fois par semaine, avant 6 heures du matin, il avale les kilomètres avec ses amis du club marocain des coureurs de fonds.

Parmi ces fous de bitume, Faical Mekouar, président du cabinet marocain d’audit et de conseil Fidaroc Grant Thornton, Ramses Aroub, patron de Wafa Assurances, Ahmed Lalhou, directeur délégué à la présidence au sein du groupe Addoha, Fayçal Bennani, directeur financier du groupe Yamed, ainsi que Mohamed Alaoui, homme d’affaires actif notamment dans l’immobilier et époux de la ministre de l’Économie.

Et quand il ne pratique pas d’autres sports, Hicham Naciri fréquente aussi un petit groupe d’amis, dont fait partie le peintre Mehdi Qotbi, relais de Mohammed VI dans le monde des arts, depuis qu’il a été nommé en 2011 président de la Fondation des Musées du Royaume du Maroc.