Politique

Algérie-Mali : Alger veut desserrer l’étau autour de Bamako

Redevenu un acteur important de la crise malienne, Alger tente de gagner la confiance de la junte pour lui faire accepter une transition de 16 mois.

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Mis à jour le 8 février 2022 à 17:23

Le président Abdelmadjid Tebboune recevant le ministre malien des Affaires étrangères Abdoulaye Diop, à Alger, le 6 janvier 2022. © ALGERIAN PRESIDENCY/Anadolu Agency via AFP

La scène s’est répétée quatre fois cette semaine : un avion-cargo Iliouchine II-76 de l’armée de l’air algérienne embarque des dizaines de palettes de denrées alimentaires et de médicaments, direction Bamako. En tout, ce sont 108 tonnes de denrées de première nécessité et 400 000 doses de vaccin anti-Covid produit en Algérie qui ont été remises aux autorités maliennes.

« Ces opérations de solidarité dénotent la dimension humaine qui caractérise les relations de l’Algérie avec les pays amis, ainsi que son souci permanent de consolider les liens d’amitié entre les peuples malien et algérien », souligne le communiqué du Croissant-Rouge algérien.

Grand écart

Dans les coulisses, c’est la nouvelle Agence algérienne de coopération internationale pour la solidarité et le développement qui est à la manœuvre. À sa tête, Boudjemaa Delmi, qui garde pour le moment son statut d’envoyé spécial pour le Sahel et l’Afrique auprès du ministère des Affaires étrangères. Il serait l’artisan du nouveau plan algérien pour le Mali, un plan censé sauver les meubles après l’accélération des événements ces dernières semaines et le divorce de plus en plus assumé entre Paris et Bamako.

Ce retour de l’Algérie dans le dossier malien s’est traduit ces dernières semaines par des initiatives de médiation entre la junte au pouvoir à Bamako et la Cedeao. Ces efforts ont d’ailleurs été salués par l’Union africaine (UA).

Le risque pour nous est de nous mettre en porte-à-faux vis-à-vis des parties signataires des accords d’Alger », explique un diplomate algérien

Dans un communiqué publié au terme de la réunion tenue le 14 janvier sur la situation au Mali, le Conseil Paix et Sécurité (CPS) « s’est félicité de la proposition de l’Algérie d’accompagner la République du Mali et la Cedeao sur la voie salutaire de la compréhension mutuelle », appelant les autorités de la transition au Mali et la Cedeao à s’engager « ensemble dans cette initiative afin de traiter les points de divergence en suspens en vue de faciliter le retour du Mali à l’ordre constitutionnel dans un délai approprié et réalisable, ne dépassant pas seize mois ».

Ce communiqué du CPS conforte l’initiative algérienne, pourtant compliquée compte tenu des positions inconciliables des deux blocs : le pouvoir malien veut instaurer une transition longue allant jusqu’à 5 ans, la Cedeao exige une transition courte, raison pour laquelle elle a décidé d’appliquer immédiatement des sanctions isolant Bamako.

« La seule crainte aujourd’hui, c’est la mise en danger des accords d’Alger en se rapprochant trop de la junte à Bamako, qui est franchement peu incline à leur application. Le risque pour nous est de nous mettre en porte-à-faux vis-à-vis des parties signataires qui peuvent énormément perdre avec ce pouvoir », explique un diplomate proche du dossier.

« Cette démarche vise d’abord à sauver le Mali, qui connaît une situation proche de l’effondrement, et à conforter la France, qui est un acteur qui fait des choses sur le terrain. L’idée est de revenir à un statu quo ante pour réfléchir tous ensemble, junte, Union africaine, Cedeao, France et partenaires internationaux, à une solution viable dans le cadre de la vision qui a présidé en 2015 aux accords d’Alger. »

« Il s’agit de sauver les murs »

Début janvier, sentant la pression monter à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, le président malien Assimi Goïta a dépêché à Alger Abdoulaye Diop, son ministre des Affaires étrangères, pour tenter d’arracher un soutien à son plan de transition longue.

« L’Algérie, en tant que pays voisin, est plus que concernée par ce qui se passe au Mali. C’est dans ce cadre-là que le président Goïta nous a demandé de venir partager avec son frère aîné les messages et les recommandations de ces assises nationales qui ont vocation à renforcer la démocratie au Mali, mais aussi la paix et la stabilité », avait déclaré Abdoulaye Diop à sa sortie de son entretien avec le président Abdelmadjid Tebboune. Réponse immédiate de l’Algérie : appui à la junte, appel à la levée des sanctions et à la retenue, à condition d’organiser une transition ne dépassant pas les 16 mois.

« Nous avons plusieurs défis face à nous : d’abord faire accepter l’idée de la transition aux différentes parties au Mali, ensuite desserrer l’étau sur Bamako, qui risque d’étouffer à cause des sanctions et de l’encerclement terroriste, apporter un appui à l’armée malienne pour qu’elle parvienne à juguler l’insécurité, surtout au Nord, et le faire conjointement avec les groupes signataires des accords d’Alger, résume notre diplomate algérien. Il s’agit vraiment de sauver les murs et tout le monde devra accepter de faire des sacrifices, y compris la France. »