Politique

Conflit en Casamance : le Sénégal à la recherche de ses soldats disparus

Neuf militaires ont disparu depuis un violent accrochage entre l’armée sénégalaise et les rebelles du Mouvement des forces démocratiques de Casamance commandés par Salif Sadio. Un évènement qui survient alors que des négociations sont en cours avec un groupe concurrent.

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Mis à jour le 28 janvier 2022 à 16:22

Des membres des forces armées sénégalaises devant une base rebelle du MFDC dans la forêt de Blaze, en Casamance, le 9 février 2021. © JOHN WESSELS/AFP

L’affrontement entre la patrouille sénégalaise et les rebelles du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) a eu lieu ce 24 janvier, à proximité de la frontière gambienne, au sud du village gambien de Bwiam. Selon nos informations, un camion de trafiquants chargé de bois a été intercepté par un détachement sénégalais de la Micega, la mission ouest-africaine déployée en Gambie depuis 2017.

Les trafiquants ont alors rebroussé chemin en direction du territoire sénégalais, pénétrant dans la zone contrôlée par le chef rebelle Salif Sadio. C’est là que le combat entre le MFDC et les militaires a éclaté. Selon un bilan communiqué par les forces sénégalaises, un rebelle armé d’une kalachnikov a perdu la vie dans l’affrontement, et trois autres ont été faits prisonniers. Deux soldats sénégalais ont également été tués.

Négociations de paix à la peine

Quelques heures après le face-à-face, un communiqué faisait aussi état d’une disparition inquiétante. « Neuf militaires portés disparus seraient probablement détenus en otage par le MFDC, a ajouté l’armée. Les opérations se poursuivent pour les retrouver et sécuriser la zone. » Dans le territoire contrôlé par Salif Sadio, de tels affrontements étaient prévisibles, mais l’envergure des combats a surpris, d’après une source au fait des négociations. Il est aussi possible que les rebelles retiennent en captivité des militaires sénégalais en guise de représailles.

Les soldats disparus seraient « en bonne santé » et bien « traités »

Le groupe rebelle avait déjà fait des soldats prisonniers en 2011. Ils avaient été libérés plus d’un an plus tard, en décembre 2012, à la suite d’une médiation de la communauté catholique Sant’Egidio.

Les soldats disparus seraient « en bonne santé » et bien « traités », selon Robert Sagna, responsable du Groupe de réflexion pour la paix en Casamance (GRPC). L’ancien maire de Ziguinchor joue un rôle de « facilitateur » dans la région, en proie à un conflit depuis quarante ans. Il affirme que des « prises de contact » ont été établies afin de retrouver les militaires.

En 2019, Salif Sadio dénonçait des négociations qui « piétinaient » avec l’État sénégalais, dans le cadre du processus entamé par Macky Sall. Les discussions avec la branche nord du MFDC, contrôlée par Sadio, très isolé, semblent au point mort depuis lors.

Un lien persiste toutefois avec une autre faction du groupe indépendantiste basée dans le sud de la Casamance et commandée par César Atoute Badiate. En avril 2021, les deux parties s’étaient retrouvées à Praia, la capitale cap-verdienne, pour des pourparlers destinés à trouver une solution au conflit. Selon nos informations, d’autres rencontres entre les rebelles et l’État ont eu lieu depuis, dont une à Banjul, en Gambie. L’armée a mené parallèlement des opérations de « sécurisation » en 2021, visant au retour des populations déplacées ou réfugiées dans leur village d’origine.

Vène, chanvre indien et cocaïne

La normalisation de la situation a été favorisée par l’amélioration des relations diplomatiques entre le Sénégal, la Gambie et la Guinée-Bissau. Les deux pays servaient auparavant de solution de repli et de source de ravitaillement aux rebelles, qui se retrouvent désormais privés de leurs bases arrière.

Selon l’ONG Greenpeace, la Gambie aurait exporté 300 000 tonnes de bois de rose

Pour survivre, une partie d’entre eux tremperaient dans plusieurs trafics illicites, de chanvre indien ou de cocaïne, menés dans la zone. La région est surtout le théâtre d’un trafic de bois de vène à grande échelle, dans lequel la Gambie jouerait un rôle central en participant à sa coupe clandestine en Casamance. Selon l’ONG Greenpeace, le pays aurait exporté 300 000 tonnes de cette essence protégée, communément appelée bois de rose, vers la Chine, entre 2018 et 2021. Le trafic de cette espèce, interdite d’exportation au Sénégal, menace la forêt casamançaise, considérée comme le poumon vert du pays.

« Durant les cinq derniers mois, 77 camions transportant illégalement du bois en provenance du Sénégal ont été immobilisés par le 5e détachement sénégalais déployé au sein de la force internationale en Gambie », a d’ailleurs rappelé l’armée sénégalaise, qui s’est dite « plus que jamais engagée » dans sa mission de protection de la région, et investie pour retrouver les soldats disparus.