Économie

Congo : cap sur les bailleurs pour le plan de développement à 13 milliards d’euros

Brazzaville, désormais soutenue par le FMI, espère convaincre ses partenaires internationaux d’accompagner son Plan national de développement 2022-2026, qui prévoit 8 789 milliards de francs CFA d’investissements (13,4 milliards d’euros).

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Mis à jour le 28 janvier 2022 à 18:22

Le Pont du 15-Août-1960, à Brazzaville, au Congo. © Baudouin Mouanda/JA

Après le Fonds monétaire international (FMI), au tour d’autres organismes internationaux. L’institution de Bretton Woods a approuvé le 21 janvier en conseil d’administration un accord triennal de facilité de crédit (FEC) de 455 millions de dollars (409 millions d’euros), avec un décaissement immédiat de 90 millions de dollars.

C’est donc avec cette confiance regagnée que Brazzaville doit maintenant sécuriser des appuis budgétaires supplémentaires auprès des autres bailleurs de fonds. Pour cette année, l’exécutif de Denis Sassou-Nguesso attend d’eux plus de 407 milliards de francs CFA dans le cadre d’un budget dont l’excédent est projeté à plus de 200 milliards de francs CFA.

Dans la foulée de l’accord avec le FMI, l’ambassadeur de France au Congo, François Barateau, a annoncé l’arrivée prochaine d’une mission française dans le pays pour finaliser un appui budgétaire de Paris à Brazzaville dont le montant n’a pas été communiqué.

Des mois de négociations

Ces contributions doivent aider à la mise en œuvre du Plan national de développement (PND) 2022-2026, récemment adopté par le Parlement et qui prévoit des investissements à hauteur de 8 789 milliards de francs CFA, dont les deux tiers doivent être mobilisés auprès des partenaires financiers.

« En l’absence de reprise de l’appui budgétaire des partenaires au développement et compte tenu du niveau élevé de la dette publique, l’augmentation réalisable des dépenses de développement en vertu de cette stratégie sera largement insuffisante pour permettre à la République du Congo de réduire la pauvreté de façon significative et de sortir de sa situation de fragilité », exposait le FMI dans un récent rapport sur le pays.

L’accord entériné le 21 janvier vient boucler des mois de négociations, qui se sont accélérées à partir de mai 2021 avec la nomination de l’actuel gouvernement. « L’arrivée au ministère des Finances de Rigobert Roger Andély, qui a travaillé au Fonds et connaît les codes de la maison, a boosté les discussions », glisse un cadre de la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac). Ce nouvel accord vise, selon l’institution multilatérale, à maintenir la stabilité macroéconomique et à encourager la reprise économique dans le contexte de la persistance du Covid-19.

Passé par la Banque sino-congolaise pour l’Afrique (BSCA) et par l’Autorité de régulation des marchés publics (ARMP), Rigobert Roger Andély a retrouvé le ministère des Finances congolais en 2021. © Ministère des Finances

Passé par la Banque sino-congolaise pour l’Afrique (BSCA) et par l’Autorité de régulation des marchés publics (ARMP), Rigobert Roger Andély a retrouvé le ministère des Finances congolais en 2021. © Ministère des Finances

Une contre-performance due à la crise sanitaire

La pandémie, en provoquant la baisse de la production pétrolière – 112 millions de barils ont été extraits en 2020 contre une prévision de 140 millions –, a plongé le pays dans la récession. Une contre-performance qui se double des mesures de confinement affectant l’activité.

Le FMI souhaite donc accompagner l’amélioration de la conjoncture, dans la mesure où le taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) a reculé de 0,2 % en 2021, contre – 0,8 % un an plus tôt. Il devrait repasser au vert cette année, avec une prévision du FMI située à + 2,4 % du fait de l’augmentation actuelle des cours du brut.

Brazzaville a en effet conçu la loi de finances 2022 sur la base d’une production de 110 millions de barils d’or noir au prix de 64 dollars l’unité, quand le cours avoisine désormais les 90 dollars et devrait se maintenir à un niveau élevé. Du fait de l’importance du brut dans l’économie congolaise, ce regain dans le secteur pétrolier améliore sensiblement le solde courant, qui est passé de – 0,1 % à 12,1 % sur les deux dernières années et devrait se stabiliser à 6,5 % en 2022.

Briser la dépendance au pétrole

À travers le nouveau programme triennal, le FMI milite aussi pour la réduction des fragilités du pays, à commencer par sa dépendance au pétrole qui représente 90 % des recettes d’exportation et 60 % des recettes budgétaires. La perspective d’une augmentation à court terme de la production, qui devrait culminer à 125 millions de barils en 2024 avant l’amorce d’une décrue si de nouvelles découvertes ne sont pas réalisées, suscite un espoir toutefois ténu.

D’où l’urgence d’une diversification de l’économie et la nécessité de mettre le PND en application au plus tôt. Cette feuille de route a identifié l’agriculture, le numérique, le tourisme, l’immobilier, l’industrie et les zones économiques spéciales comme les secteurs à développer pour réduire la forte exposition aux hydrocarbures.

L’épine de la dette

Dans l’immédiat, Brazzaville doit contenir la pandémie qui risque de compromettre la fragile embellie. L’objectif de 60 % des habitants vaccinés au milieu de cette année, pour un coût estimé à 88 millions de dollars, semble irréalisable alors que le taux de vaccination est d’à peine 5 %. Le tenir aurait pourtant pour effet de desserrer l’étau d’un confinement qui aggrave la précarité – 67 % des Congolais vivent déjà en dessous du seuil de pauvreté.

Le défi le plus conséquent demeure toutefois de sortir de la situation de surendettement dans laquelle le pays est plongé, en ramenant la dette publique de 101 % du PIB en 2020 à 74 % cette année, proche de la norme communautaire de 70 %.

Si le traitement de la dette intérieure a connu une avancée à travers un pool bancaire (BGFI, LCB, Ecobank, BSCA) dénommé le Club de Brazzaville et via le paiement de 332 milliards de francs CFA à des entreprises locales par titrisation en 2020, des efforts se poursuivent avec des négociants pétroliers par le truchement du Club de Londres. Certes, des compromis ont été trouvés avec Orion et Glencore. Mais l’accord avec Trafigura, portant sur 966 millions de dollars, piétine : le consortium bancaire à l’origine des prêts tarde à acter son accord.

À présent que le nouveau programme du FMI est sur les rails, ce sujet de la dette constitue l’un des repères à l’aune desquels Brazzaville sera jugé par les experts de l’institution de Bretton Woods.