Économie

Burkina Faso : les producteurs d’or veulent s’adapter au régime Damiba

Les premières réactions des groupes miniers actifs dans le pays suggèrent que le coup d’État de la junte – menée par Paul-Henri Sandaogo Damiba – pourrait ne pas nuire à leurs activités.

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Mis à jour le 28 janvier 2022 à 14:31

Exploitation du gisement d’or de Taparko-Bouroum, situé au nord-est de Ouagadougou. © REUTERS/Katrina Manson

Le nouveau régime « voudra être considéré comme favorable aux entreprises », déclare Andrew Bell, directeur général de Red Rock Resources, à The Africa Report/Jeune Afrique. Patron du spécialiste du secteur extractif présent en Afrique de l’Ouest et en Afrique de l’Est, il estime également que le nouveau régime conduit par le colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba « semble avoir un esprit patriotique » et que le but du coup d’État « pourrait être une gouvernance plus efficace ».

Le président du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré, a été démis de ses fonctions le 23 janvier. Au pouvoir depuis 2015, Roch Kaboré était pointé du doigt en raison de la vulnérabilité continue du pays face aux djihadistes. Depuis 2015, ces groupes ont en effet tué plus de 2 000 personnes au Burkina Faso, dont 400 soldats, et entraîné des déplacements de population affectant plus de 1,4 million de personnes. « Si les nouveaux dirigeants peuvent apporter une solution aux défaillances sécuritaires », ce serait positif, estime Andrew Bell.

Début janvier, Red Rock a acheté deux projets d’exploration aurifère à Bilbale and Boulon, dans le sud-ouest du pays. La société, qui est cotée sur l’Alternative Investment Market (AIM) de la Bourse de Londres, possède également des actifs d’exploration minière au Kenya et en Australie, ainsi que des actifs d’exploration de cuivre et de cobalt en RDC.

Nous espérons pouvoir nous entendre avec n’importe quel gouvernement

« Nous ne sommes pas pour ou contre le coup d’État », précise son DG de Red Rock Resources. « Il nous faut rester ouverts d’esprit. Nous espérons pouvoir nous entendre avec n’importe quel gouvernement ». Le chef d’entreprise s’attend à ce qu’il y ait une continuité entre l’ancien et le nouveau régime.

Aucune perturbation à l’horizon

Dans un communiqué publié le 24 janvier, Endeavour Mining, le plus grand producteur d’or d’Afrique de l’Ouest, a quant à lui déclaré que ses opérations et ses chaînes d’approvisionnement au Burkina Faso n’ont pas été perturbées, et que ses mines fonctionnent comme à l’accoutumée, pendant que ses projets en développement continuent d’avancer. La société minière, dont les actions sont négociées à Toronto et à Londres, possède également des actifs en Afrique de l’Ouest, au Sénégal et en Côte d’Ivoire.

Pour leur part, les analystes de la banque britannique Barclays – Amos Fletcher, Ian Rossouw et Tom Zhang  – anticipent une hausse du cours des actions Endeavour, avec un objectif de prix de 24,50 livres sterling (29,44 euros), contre 16,45 actuellement. Dans une note du 24 janvier, ces experts indiquent que le titre d’Endeavour se négocie avec une « décote de valorisation significative » par rapport à ses concurrentes dans le monde, malgré ses marges et son bilan solides. « Nous considérons que les inquiétudes des investisseurs concernant le risque géographique et les fusions et acquisitions sont exagérées », expliquent-ils.

Au Burkina Faso, Endeavour exploite les mines de Houndé et de Wahgnion. Deux sites qui ont été les principaux moteurs de la forte performance opérationnelle du groupe aurifère au quatrième trimestre de 2021, selon Barclays, qui note que la rentabilité en terme de liquidités d’Endeavour est de loin la plus élevée parmi les entreprises minières dont elle suit les activités. Les analystes de la banque ont revu à la hausse leurs prévisions sur le bénéfice par action de l’entreprise pour 2021, 2022 et 2023, à respectivement 2,41 dollars US, 1,82 dollar et 1,87 dollar, contre 2,30 dollars, 1,70 dollar et 1,71 dollar auparavant.

En somme, les groupes miniers – et les analystes couvrant le secteur – semblent convaincus que le nouveau régime burkinabè fera de la stabilité et de la sécurité des affaires une priorité.