Politique

Tunisie : Nadia Akacha partie, la famille du président s’avance

L’ex-directrice de cabinet de Kaïs Saïed était omniprésente depuis le début de son mandat. Le cercle présidentiel se resserre maintenant autour de compagnons de route… et de membres de la belle-famille du chef de l’État.

Réservé aux abonnés
Par - à Tunis
Mis à jour le 27 janvier 2022 à 17:14

Nadia Akacha avec le président Kaïs Saïed et Jack Lang, lors d’une visite à l’Institut du monde arabe, à Paris, le 23 juin 2020. © Présidence de Tunisie

Limogée ou démissionnaire, il faudra sans doute du temps pour connaître les circonstances du départ, annoncé le 25 janvier, de Nadia Akacha, directrice de cabinet de Kaïs Saïed. Elle rejoint la cohorte des 13 conseillers, ou assimilés, qui ont quitté l’équipe opérationnelle du président depuis son accession au pouvoir en octobre 2019.

La nouvelle a fait l’effet d’un claquement de porte brutal qui résonne dans le silence présidentiel, lui-même instauré par Nadia Akacha. Elle a d’ailleurs choisi son compte Facebook pour annoncer une démission aux allures de rupture entre le président et l’une de ses plus fidèles collaboratrices.

Contre les critiques, Nadia Akacha a continué à soutenir de manière indéfectible Kaïs Saïed, qu’elle a également contribué à isoler par une stratégie de communication minimaliste. Pour certains, celle qui se comportait comme un président bis, et qui était crainte à ce titre, « a senti le vent tourner et quitte le navire avant le naufrage ».

À Lire Tunisie – Rachida Ennaïfer : « Le chef de cabinet de Kaïs Saïed ne doit pas être un président bis »

Selon une autre lecture des événements, le président ne lui a pas pardonné d’avoir fait valoir sa fonction pour sortir son frère d’une garde à vue pour insulte à agent et état d’ébriété sur la voie publique en octobre 2021. Nadia Akacha n’avait alors dû son salut qu’à ses liens avec la belle-famille du président. Mais Kaïs Saïed n’aurait pas oublié l’incident.

« Protection divine »

Reste que ce sont « les divergences fondamentales sur l’intérêt supérieur de la patrie » qui sont évoquées par Nadia Akacha. Mais le texte prend une tournure inquiétante quand l’ex-« dircab » du président invoque rien de moins que la « protection divine pour préserver le pays des menaces qui le guettent ». Sans en dire plus.

Les observateurs lui reprochent d’avoir mal évalué Hichem Mechichi, qu’elle a imposé comme chef du gouvernement et qui a rallié le camp des islamistes, mais surtout de n’avoir pas su se défaire de son antagonisme, à la fois personnel et opérationnel, avec le ministre de l’Intérieur, Taoufik Charfeddine. Comme lui, elle lorgnait le poste de chef du gouvernement, qui est finalement revenu à Najla Bouden.

Les proches de Nadia Akacha assurent qu’elle a jeté l’éponge car elle voulait que Kaïs Saïed transforme l’essai marqué le 25 juillet, quand il a suspendu l’Assemblée et instauré un état d’exception. La directrice du cabinet présidentiel avait prévu une liste d’arrestations et de mises en résidence surveillée concernant des leaders islamistes, dont Rached Ghannouchi, mais aussi l’homme d’affaires et lobbyiste controversé Kamel Eltaief et l’ancien chef du gouvernement Youssef Chahed, qui doit répondre de plusieurs plaintes.

À Lire Kaïs Saïed : l’épouse, la « dame de fer », la diplomate… qui sont les femmes autour du président ?

Certains glissent que Sonia Chrabti pourrait remplacer Nadia Akacha

Kaïs Saïed ne s’est pas engagé sur cette voie. L’immobilisme du président a eu raison de la patience de Nadia Akacha, la dernière arrivée dans le premier cercle présidentiel. Avec son départ, ce dernier se resserre autour de la famille et des proches du président. « Quand on est coupé de tous et sans appuis, le seul lien qui persiste est la famille », sourit le journaliste et analyste politique Zyed Krichen, qui évoque le frère du président, Naoufel Saïed. Indéboulonnable, c’est Naoufel qui a porté son frère à la présidence en organisant sa campagne.

Le rôle de Atka Chebil

Il y a aussi les amis de toujours, Ridha Mekki, dit Ridha Lenine, et Sonia Charbti dite… Sonia Marx. Cette bande soudée par la politique et des parcours parallèles dans les milieux militants universitaires est devenue une sorte de noyau dur. Au point que certains glissent que Sonia Chrabti pourrait remplacer Nadia Akacha, alors que son époux, Kamel Fekih, vient d’être nommé gouverneur de Tunis.

Ce premier cercle rassure le président, mais il est progressivement consolidé par les Chebil, la famille de son épouse, Ichraf. Si cette dernière a choisi de se faire discrète et de vivre en retrait chez elle à Mnihla plutôt qu’à Carthage, ses sœurs sont très présentes. Les beaux-frères de l’épouse du président, Lotfi Ben Salah et Omar Kacem, s’essaient ainsi, en coulisses, au lobbying en faveur du président.

À Lire [Série] Tunisie : Ichraf Chebil Saïed, la très discrète épouse du chef de l’État (3/3)

De son côté, Atka Chebil, soeur de Ichraf, et avocate à Sousse, connaît Kaïs Saïed depuis l’époque où il était enseignant dans la même ville. C’est elle qui lui a présenté l’actuel ministre de l’Intérieur Taoufik Charfeddine. Elle continuerait à jouer un rôle de conseil auprès du président. Kamel Eltaief compterait parmi ses nombreux clients.