Politique

Algérie-Maroc : Hafid Derradji, un commentateur sportif dans la tourmente

Commentateur des matchs de la CAN sur beIN Sports, le journaliste algérien fait l’objet d’une plainte d’un collectif d’avocats marocains pour des propos injurieux qu’il aurait tenus sur les réseaux sociaux. Des accusations que rejette l’intéressé.

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Mis à jour le 28 janvier 2022 à 18:09

Le journaliste algérien Hafid Derradji. © DR

Hafid Derradji commentera-t-il à nouveau des rencontres de la Coupe d’Afrique des nations ? À 57 ans, le commentateur vedette de l’Algérie est au cœur d’une polémique qui promet de durer, puisqu’un collectif d’avocats marocains a décidé de porter plainte après les propos injurieux qu’il aurait tenus sur les réseaux sociaux, ce que l’intéressé nie.

Ancien joueur professionnel passé par le prestigieux Mouloudia club d’Alger (MCA), où il a évolué aux côtés de l’international algérien Ali Bencheikh, Hafid Derradji abandonne sa carrière à l’âge de 23 ans pour embrasser celle de journaliste sportif. C’est en 1989 qu’il fait ses début dans le métier, à la télévision algérienne, au sein de laquelle il occupera plusieurs fonctions importantes.

Il quitte l’Algérie en 2008 pour le Qatar et rejoint beIN Sports en 2012. Ses prises de position contre les dérives du régime d’Abdelaziz Bouteflika, notamment à partir de 2013 et l’annonce par le président en exercice de sa décision de briguer un troisième mandat, lui valent quelques tracasseries lorsqu’il effectue des séjours dans son pays natal. Il est notamment interdit sur les chaînes de télévision algériennes, et sa voix est même supprimée lors de la rediffusion de certains matchs qu’il avait commentés.

Il affirme avoir soutenu le Hirak dès le début, en 2019, et dit continuer de soutenir l’idée d’un changement. Il n’avait également pas hésité à critiquer la visite du ministre israélien de la Défense Benny Gantz au Maroc, jugeant les propos de ce dernier hostiles à son pays. Toujours sur Twitter, son outil de communication privilégié, il avait alors décrit le Maroc comme une « entité occupante » et « une nation se revendiquant musulmane ».

Captures d’écran

Aujourd’hui suivi par plus de deux millions de personnes sur Twitter, Derradji est devenu une figure du journalisme sportif algérien. Mais depuis quelques jours, le commentateur est au centre d’une polémique. Après la rencontre Algérie-Côte d’Ivoire (1-3), à l’issue de laquelle les Fennecs ont été éliminés de la compétition, une internaute marocaine a adressé sur Twitter un message privé plein d’ironie à Derradji : « Ce n’est pas grave, c’est un complot maroco-sioniste ».

Hafid Derradji assure qu’il sera bien au micro pour commenter la rencontre prévue le 29 janvier entre la Gambie et le Cameroun

Ce dernier lui aurait répondu par une série de propos injurieux, qualifiant les femmes marocaines de « prostituées », et en s’en prenant plus généralement aux citoyens du royaume. L’internaute marocaine a aussitôt posté des captures d’écran, ainsi qu’une vidéo où elle filme la conversation, ce qui a donné lieu à une avalanche de réactions indignées sur les réseaux sociaux.

Joint par Jeune Afrique, l’intéressé, qui a démenti les propos qui lui sont prêtés, affirme qu’il s’agit d’un montage, lequel, en plus de déformer ses paroles, a masqué les insultes que l’internaute aurait proférées à son égard. Il met la polémique sur le compte de l’instrumentalisation du football par la politique, qu’il juge universelle, mais « peut-être un peu plus exagérée en Afrique ». Il se dit également prêt à fournir les identifiants de son compte Twitter aux responsables de la plateforme pour qu’ils vérifient d’eux-mêmes l’authenticité de sa version.

Sur la sellette ?

À la suite de cet incident, le président du Club des avocats au Maroc, Mourad Elajouti, a annoncé le 24 janvier sur Twitter que le collectif a déposé une plainte auprès du procureur général du Qatar à l’encontre de Hafid Derradji, « conformément aux dispositions de l’article 8 de la loi 14/2014 relative à la lutte contre la cybercriminalité ». La sanction encourue pour ce type d’agissement peut aller jusqu’à trois mois de prison et une amende de 1 000 riyals qataris (246 euros).

Le journaliste assure n’avoir à ce jour reçu aucune plainte, et ne pas avoir été sanctionné par la chaîne qui l’emploie. « À Doha, il n’y a pas de polémique », assure-t-il. Son absence lors des huitièmes de finales de la CAN a alimenté plusieurs rumeurs. Le 360, par exemple, a expliqué que Derradji était sur la sellette. Que nenni, selon le concerné. Sans doute dans le but de faire redescendre la pression, le journaliste a twitté ses félicitations aux sélections égyptienne, tunisienne et marocaine après leur qualification pour les quarts de finale.

En 2019, le commentateur vedette avait déjà été à l’origine d’une polémique après avoir rendu visite à la famille de Mohamed Aboutrika, figure du football égyptien, aujourd’hui exilé au Qatar et consultant chez beIN Sports. L’ex-joueur égyptien est accusé de financer les Frères musulmans, un mouvement considéré comme terroriste par le pouvoir égyptien. Aboutrika avait lui aussi défrayé la chronique à la fin de l’année dernière en qualifiant l’homosexualité de « sexualité contre-nature » et d’ »idéologie dangereuse ».